Dans un rapport sévère, la Chambre régionale des comptes Occitanie étrille la gestion du Domaine de Bayssan, près de Béziers, jugé trop coûteux et peu rentable. Le modèle économique du site culturel porté par le département de l’Hérault est jugé « non viable », rendant son avenir incertain sans une profonde refonte stratégique.
Le Domaine de Bayssan, géré par le département de l’Hérault et Hérault Culture, est un lieu culturel offrant spectacles, médiathèque, restaurant et espaces de loisirs, situé au sud de Béziers.
Le rapport de la Chambre régionale des comptes pointe un site coûteux, peu rentable, avec des rentrées propres en baisse pour des charges stables, une approche stratégique à revoir et un modèle d’exploitation qui ne peut assurer un réel avenir.
Créé en 2006, le site de 55 hectares qui comprend également un parc et des bâtiments historiques évolue en 2015, quand le Département perd la gestion du Domaine d’O à Montpellier, dans le cadre du transfert de compétences à la métropole. Bayssan devient alors le nouvel outil culturel départemental. Entre 2020 et 2021, les infrastructures vétustes et démontables sont remplacées par des constructions neuves et les bâtiments historiques sont rénovés. Plusieurs projets qui devaient voir le jour en 2023 et 2025 sont finalement repoussés, abandonnés ou revus à la baisse.
Car Béziers n’est pas Montpellier. Et malgré un investissement de 48 millions d’euros en 6 ans et des infrastructures modernes, la fréquentation du site est faible, moins de 20 000 visiteurs par an, la rentabilité est loin des attentes et le modèle économique très fragile.
Béziers (Hérault) – l’amphithéâtre Claude Nougaro dans le Domaine de Bayssan – 2026. • © CRC
Depuis 2021, le Domaine départemental de Bayssan comprend le théâtre couvert Michel Galabru (plus de 400 places assises ou près de 1 000 personnes en concert), l’amphithéâtre semi-couvert Claude Nougaro (1 444 places assises), avec des équipements scéniques associés haut de gamme.
Il y a aussi, la Villa David pour l’accueil d’artistes en résidence, l’Espace Hervé Di Rosa pour les expositions temporaires, la chapelle Saint Félix du XIIème siècle dont l’utilisation est polyvalente, un bâtiment chapiteau pour la restauration, le bar et la billetterie, un bâtiment d’accueil, la Cour Georges Brassens qui permet d’accueillir des concerts, un jardin, une aire de jeux, un parcours sportif, des bureaux, des salles de réunion et un parc de stationnement.
L’agencement du Domaine départemental de Bayssan, près de Béziers. • © Hérault Culture
Plus de 94 % des spectateurs et visiteurs sont générés par la diffusion de spectacles, théâtre, musique, danse et cirque.
Problème, au fil des années, il y a de moins en moins de représentations et donc d’entrées. 228 représentations en 2021 pour près de 22 000 spectateurs, contre 94 événements en 2025 et seulement 10 515 spectateurs.
Les taux de remplissage, selon les scènes et les spectacles, varient entre 26 % et 60 % au mieux, avec une moyenne de 45 %.
Le modèle économique, sans hausses des subventions, n’est pas viable.
Évolution du nombre de spectateurs et de représentations • © Données EPA Hérault Culture, retraitements CRC Occitanie
Outre un rayonnement géographie trop faible, bien en deçà des ambitions initiales, la chambre régionale des comptes pointe « des activités mal coordonnées » et « une dépendance financière au département » trop importante.
Sans changements, l’avenir du domaine est incertain. L’organisme de contrôle propose de clarifier la gouvernance et l’identité du site et surtout de repenser le financement et les partenariats pour assurer sa pérennité du Domaine.
La Chambre a également contrôlé les comptes d’Hérault Culture (devenu un établissement public administratif en 2023) et du Conseil départemental de l’Hérault, propriétaire du Domaine de Bayssan.
Elle explique que côté financement, entre 2020 et 2024, le département a versé 9,2 % de ses subventions à Hérault Culture, dont 54 % pour la culture. Pourtant, la part des dépenses artistiques du domaine par rapport aux charges sont en baisse constante. 30 % en 2021 contre 13,6 % en 2025.
La part des dépenses artistiques dans les charges. • © CRC, d’après les données d’Hérault Culture.
Pour les dépenses salariales, elle constate que la baisse des effectifs ne s’est pas accompagnée d’une diminution proportionnelle des charges de personnels.
« Après être passées d’1,7 M€ en 2021 à 1,4 M€ en 2022, les dépenses de personnel sont reparties à la hausse en 2023 (1,5 M€) et 2024 (1,6 M€). En 2025, une réduction d’un tiers des personnels permanents (7 postes dont 2 postes non pourvus depuis plusieurs mois) s’est accompagnée d’une baisse des dépenses y afférentes d’environ 0,23 M€. En 2026, première année pleine où cette réduction sera effective, les charges de personnel prévisionnelles sont estimées à 1,2 M€ » rapporte la Chambre régionale.
Au final, le rapport émet des recommandations à destination du département de l’Hérault. Améliorer la qualité de son information budgétaire et comptable en intégrant au titre de la culture, les dépenses liées à cet établissement culturel. Respecter le code de la commande publique car « des fragilités et des irrégularités » existent. Et définir avec Hérault Culture, une stratégie artistique et culturelle, claire et identifiable, visant à développer l’activité trop faible sur le site de Bayssan.
