C’est une pierre qui depuis le Moyen-Age donne une identité visuelle aux villages du Gers. Une couleur chaude et lumineuse, dorée et nuancée de blanc. La pierre du Gers fait partie du patrimoine et continue d’être taillée dans le cadre des chantiers de restauration des monuments du département. Reportage.
Sept mètres de haut pour un poids de 70 tonnes. C’est un géant de pierre, découpé dans la dernière carrière de pierre de construction encore en activité dans le département du Gers, à Biran. La pierre extraite ici est calcaire, avec des caractéristiques uniques. « Elle est unique parce qu’on a ces marbrures ocre, mélangées avec des grains de quartz et ça, c’est vrai que c’est une pierre qu’on ne retrouve pas partout. C’est la spécificité de la pierre du Gers« , explique Julien Sourbes, le président de la Société Gersoise de restauration du patrimoine.
Le village de Biran est un ancien Castelnau du XIIIe siècle, édifié sur un éperon calcaire. C’est précisément cet éperon rocheux qui a fourni la matière première nécessaire à sa propre construction. Le gisement de roche sédimentaire s’est formé il y a plusieurs millions d’années lorsque le Gers était encore sous la mer. La pierre est le résultat de sédiments marins qui se sont lentement agglomérés au fil du temps et au fil des siècles, elle a alimenté la construction en pierre de taille de bon nombre de monuments du département.
La dernière carrière de pierre de construction dans le Gers. • © FTV
Mais avec l’avènement du béton et l’ouverture de grandes carrières de granulats industriels standardisés, les petites structures de pierre de taille vont peu à peu fermer dans le Gers. Mais pas question de laisser disparaître ce gisement d’exception. « C’est un calcaire très argileux, impossible à importer. On ne l’a pas ailleurs. Alors pour moi, c’était indispensable de sauver cette carrière qui allait disparaître« , poursuit Julien Sourbes président de la Société Gersoise de restauration du patrimoine créée en 2004.
Il faut dire que cette pierre locale aide à la conservation du patrimoine, en permettant la rénovation à l’identique des églises, châteaux et monuments comme la cathédrale d’Auch. Alors aujourd’hui, une fois extraits de la carrière, les blocs massifs sont ensuite envoyés à l’atelier pour être façonnés.
Chaque pierre est découpée puis taillée selon un plan précis comme pour la restauration de la collégiale Saint-Pierre de La Romieu, construite au XIVe siècle, classée au Patrimoine mondial de l’Unesco au titre des Chemins de Saint-Jacques de Compostelle.
Depuis deux ans, les équipes de la Société gersoise de restauration du patrimoine remplacent et restaurent des milliers de morceaux d’un immense puzzle vieux de 700 ans. Un travail d’orfèvre qui demande de l’exigence, de la patience et le respect d’un savoir-faire.
« J’ai la chance de travailler sur ce genre d’édifice même si ce n’est pas facile tous les jours. C’est gratifiant de voir le résultat et de savoir que cela va traverser le temps, explique Thibault Treton, le chef d’équipe à l’œuvre ce jour-là. Chaque morceau de pierre que l’on va poser, il n’y en pas un d’identique. Certains sont plus ocres que d’autres. Et d’autres sont plus blancs. C’est ce qui fait le charme, chaque pierre est unique.«
Et la pierre du Gers ne va pas disparaître de sitôt du paysage. Preuve en est, le prochain projet de restauration d’envergure : celui de la cathédrale de Lectoure.
(Article rédigé sur la base d’un reportage réalisé par Louis Perin et Emmanuel Fillon)
