Le parquet de Cahors a ouvert une procédure judiciaire après la diffusion d’une vidéo où un homme recharge un fusil à pompe en interpellant l’eurodéputée Rima Hassan. La procureure annonce mardi 13 octobre 2026 que l’individu, adhérent de Reconquête, sera interpellé très prochainement.
Les menaces visant la députée LFI Rima Hassan rebondissent dans le département du Lot, mardi 13 octobre. Contactée par ICI Occitanie, la procureure de la République de Cahors, Clara Ribeiro, confirme l’ouverture d’une procédure judiciaire. Cette enquête n’est pas la conséquence de la plainte de la députée LFI ou sa transmission par le parquet de Paris à celui de Cahors. Elle fait suite à un signalement de la préfète du Lot au titre de l’article 40 du code de procédure pénale. La magistrate précise que l’individu « sera très prochainement interpellé« .
L’eurodéputée LFI avait déposé plainte contre X le 8 octobre 2026 auprès du parquet de Paris pour menace de mort contre une élue et pour provocation directe à commettre des atteintes à la vie ou à l’intégrité de la personne. Le pôle national de lutte contre la haine en ligne (PNLH), qui s’était saisi de cette plainte, assurait l’avoir ensuite transmise au parquet de Cahors. Dans un communiqué publié le lundi 12 octobre, l’avocat de Rima Hassan, Me Vincent Brengarth, dénonçait la situation. Aucun acte d’enquête n’avait été accompli par le parquet de Cahors à sa connaissance : « Celui-ci attend manifestement de recevoir la procédure pour pouvoir agir. Ainsi, au moment même où la réactivité est la plus nécessaire, celui qui suit immédiatement les menaces, la plainte se trouve en transit d’un parquet à l’autre, sans qu’aucun acte d’enquête n’ait, à notre connaissance, été accompli. »
Plainte de @RimaHas pour menaces de mort : une procédure en transit, une inégalité de traitement qui sidère. https://t.co/cxuGXD4r8T
— Vincent Brengarth (@v_brengarth) October 12, 2026
Mais ces dernières heures, la procédure semble s’être accélérée avec le signalement de la préfète locale.
La vidéo, publiée sur le compte Instagram « Aux armes citoyens« , montre un homme rechargeant un fusil à pompe en s’adressant nommément à Rima Hassan. Elle a été tournée après une polémique au Parlement européen, où l’élue était accusée d’avoir décroché un drapeau israélien lors d’une exposition en hommage aux victimes de l’attaque du 7 octobre 2023. L’auteur, qui conteste toute menace, a depuis retiré la vidéo. Il reste présumé innocent.
Cet individu armé d’un fusil et arborant un drapeau israélien menace la députée européenne Rima Hassan. Si cette vidéo est authentique, cet homme doit être arrêté et jugé. Soutien à @RimaHas ! @PoliceNationale @Gendarmerie @Interieur_Gouv @justice_gouv https://t.co/gEoljxnLls
— Abel Transon (@_AbelTranson) October 8, 2026
Libération identifié l’auteur de la vidéo. Adrien J. a une quarantaine d’années et se présente comme un passionné de tir et anime plusieurs comptes sur les réseaux sociaux. Le plus suivi, « Aux armes citoyen« , a été lancé en mai 2024 et compte près de 29.000 abonnés sur Instagram. Il tient aussi un compte consacré à ses armes, créé en avril 2024. De 2018 à 2023, il a publié sur YouTube des tutoriels de bricolage et de réparation de carabines. Il affirme pratiquer le tir depuis l’enfance et détenir des armes de catégorie B, soumises à autorisation préfectorale, depuis 2024.
Que sait-on d’Adrien J., l’homme qui s’en prend à Rima Hassan dans une vidéo en exhibant un fusil à pompe ?
https://t.co/kBArlwk5Bl— Jacques Pezet (@Jacques_Pezet) October 8, 2026
Toujours selon le quotidien, il se revendique identitaire et d’extrême droite. Ses publications s’en prennent aux élus de La France insoumise, au gouvernement, aux musulmans et aux étrangers. Il y affiche aussi un soutien appuyé au gouvernement israélien de Benyamin Nétanyahou.
Selon les informations d’ICI Occitanie TV, Adrien J. milite également politiquement. En avril 2025, il affiche sa nouvelle carte d’adhérent du parti Reconquête d’Éric Zemmour. Contacté, le délégué départemental du parti dans le Lot, François Tesson, confirme cette adhésion. Sans avoir visionné la vidéo contre Rima Hassan, l’ancien candidat Reconquête aux dernières législatives se déclare « totalement solidaire de Monsieur Adrien J. » « Il faut virer tous les gauchiasses. Rima Hassan aurait dû être expulsée de France depuis longtemps« , ajoute-t-il.
En avril 2025, Adrien J. affiche sa nouvelle carte d’adhérent du parti Reconquête d’Éric Zemmour. • © Capture d’écran Instagram @aux_armes_citoyens
Le vendredi 9 octobre, Rima Hassan a révélé sur X avoir longuement échangé avec l’auteur de la vidéo. Elle décrit au bout du fil « un père de famille, un mari, un homme avec ses sensibilités et ses contradictions« , qui regrettait sa vidéo et lui aurait confié avoir eu d’elle une image très éloignée de ce que leur conversation lui a révélé. « Je suis convaincue qu’on ne pourra pas lutter contre les idées d’extrême droite et leur propagation sans ces moments de confrontation directe« , explique l’eurodéputée. Elle dit avoir raccroché avec le sentiment d’avoir, peut-être, « semé une graine de sensibilité sur la Palestine« .
J’ai longuement échangé avec Adrien. Je suis convaincue qu’on ne pourra pas lutter contre les idées d’extrême droite et leur propagation sans ces moments de confrontation directe, qui passent aussi par des échanges « humains », au-delà du virtuel, des postures et des représentations sur les réseaux sociaux. Durant cet appel, j’ai eu au bout du fil un père de famille, un mari, un homme avec ses sensibilités et ses contradictions. Un homme qui regrettait sa vidéo, qui semblait profondément troublé de me sentir à l’écoute malgré son geste et ses positions. Il m’a aussi confié avoir de moi une image extrêmement éloignée de ce que notre échange lui révélait, et regretté de m’avoir enfermée dans les caricatures que peuvent relayer les sphères politique et médiatique. J’ai beaucoup de peine de voir autant de personnes se perdre dans des mécanismes de manipulation de l’opinion. Cela ne signifie évidemment pas les déresponsabiliser : chacun conserve une responsabilité individuelle et des marges de manœuvre pour questionner ses engagements, ce qu’il partage et ce qu’il choisit de croire. Mais je crois profondément à la nécessité de recréer des espaces où l’on puisse se parler autrement. Parfois, une conversation suffit à faire apparaître ce que la confrontation virtuelle nous empêche de voir. J’ai raccroché avec le sentiment d’avoir, peut-être, semé une graine de sensibilité sur la Palestine et ouvert une réflexion sur la ligne portée par une gauche de rupture, qui se bat pour les droits du plus grand nombre. Et c’est aussi ça faire de la politique : ne jamais renoncer à convaincre.
— Rima Hassan (@RimaHas) October 8, 2026
Selon l’élue, l’homme ne lui a pas demandé de retirer sa plainte et souhaite « assumer les conséquences« . La veille, auprès de l’AFP, il dénonçait pourtant une « honteuse déformation » de ses propos. Il assurait n’avoir « en aucune façon » menacé l’eurodéputée et affirmait que sa posture était « manifestement défensive« .
Pour l’avocat de Rima Hassan, ces regrets ne changent rien à la procédure. « Même si cette personne semble avoir exprimé des regrets, ceux-ci seront pris en compte, le cas échéant, au moment opportun. Cela ne saurait toutefois justifier un quelconque relâchement dans la procédure judiciaire« , a réagi Me Vincent Brengarth auprès de l’AFP. « Il en va du respect de la loi, de la responsabilité de chacun et du principe selon lequel nul ne peut menacer autrui en pensant rester impuni« , a-t-il ajouté.

