« Pesticides à vie, non merci ! » : son enfant est mort d’un cancer à 4 ans, Laure se bat contre le projet de règlement européen « Omnibus pesticides »

Laure a décidé de se mobiliser face au projet de règlement appelé « Omnibus pesticides ». Pour elle, le combat est personnel. En 2005, elle perd son enfant d’un neuroblastome. Aujourd’hui, elle fait le lien avec son travail au contact des pesticides dans une serre quelques mois avant son accouchement.

Au milieu des organisations et des syndicats, la voix de Laure ne faiblit pas. « Pesticides à vie, non merci ! » Voilà le slogan de la lutte. Elle a décidé de se joindre à la mobilisation nationale contre le projet de règlement européen « Omnibus pesticides ». Au total, ce sont quatre organisations à Perpignan à avoir répondu à l’appel.

Laure travaillait dans les années 2000 dans une exploitation maraîchère où l’usage des pesticides était monnaie courante. « Ils n’étaient pas très regardants, c’est-à-dire que lorsqu’on met des produits phytosanitaires dans une serre, il y a des délais à respecter sanitairement, avant que les ouvriers puissent entrer dans l’exploitation, pour travailler. Là-bas, ces délais n’étaient pas respectés. » Durant ces neuf mois de travail, l’ouvrière ne se posait pas de questions sur l’usage des pesticides.

Quelques mois plus tard, lorsqu’elle accouche de son petit garçon, celui-ci est diagnostiqué d’un neuroblastome, un cancer du système nerveux central. Il décède quatre ans plus tard, et Laure est diagnostiquée d’un glaucome : « J’ai mis du temps avant de réaliser, j’ai donc grandement réfléchi à la causalité qui pouvait exister, et c’est des années plus tard que je me suis dit qu’il pouvait y avoir des liens. Même si rien n’est encore sûr à 100 %. » En France, des recherches sont menées, de nombreux scientifiques se sont penchés sur la question.

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Selon une analyse publiée sur le site de l’Institut national du cancer, la causalité entre l’utilisation de pesticides par la mère et la présence d’un neuroblastome chez l’enfant peut être évoquée. Même si d’autres études devront confirmer ces premières recherches.

Olivier Choully, est arboriculteur paysan bio à Baho, il est membre du syndicat de la Confédération paysanne. Pour lui, il est indispensable de se mobiliser. « Ce projet prévoit de dérégulariser l’utilisation des pesticides, et notamment leur mise en marché. Aujourd’hui ils doivent être renouvelés régulièrement, tous les dix, quinze ans, et là ça passerait à 25 ans, et donc cela veut dire que lorsqu’ils mettent en place cette démarche, ils sont tranquilles pour 25 ans », détaille-t-il. À ses côtés, munis de drapeaux du syndicat, François Douville, vigneron bio à Villemolaque confirme : « Ça signe une immortalité du produit. Au lieu de le réévaluer, on ne pourra pas s’y opposer. Là, c’est d’un point de vue sanitaire, pour l’ensemble de la société. C’est la disparition totale des contrôles, une fois que le produit est sur le marché, on ne peut plus le retirer, on a donc une perte de la connaissance sur les produits utilisés. »

Le large et rapide déclin de la biodiversité en France et dans le monde est attesté par de nombreuses publications scientifiques. En 2019 déjà, le rapport de l’IPBES confirme que la contamination de l’environnement par les pesticides est l’une des causes de ce déclin. « Les conséquences de l’utilisation des pesticides, on les voit déjà : la chute de la biodiversité est terrible. En termes d’espèces, on a certaines espèces qui disparaissent, mais surtout la masse de ces espèces, on le voit au niveau des insectes », détaille Olivier Choully, arboriculteur paysan bio à Baho

Si on détruit nous-mêmes le vivant, à la fin c’est nous qui en pâtissons.

Olivier Choully

arboriculteur paysan bio à Baho

En marge de la fête de l’agriculture, organisée tout le week-end, la mobilisation se poursuit aussi à l’intérieur du salon des expositions à Perpignan. Samy Gosselin, vacher au Canigou, dénonce un système agricole guidé, selon lui, par le profit. « C’est simplement la marge du capitalisme, la marge de l’enrichissement, la marge du bénéfice qui est en route. Et s’il faut tout écraser : les animaux, les hommes, les plantes sur son passage, ben quoi… there’s no alternative, voilà, on est vraiment là-dedans » déplore-t-il.

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Le vote final sur le règlement « Omnibus pesticides » est attendu d’ici la fin de l’année au Parlement européen. D’ici là, les opposants comptent bien maintenir la pression sur les eurodéputés.

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