Le staff du XV de France a rendez-vous cette semaine à Perpignan, pour un séminaire de préparation de la deuxième partie du Championnat des Nations qui débute le 7 novembre prochain, contre les Fidji. Mais déjà plane l’ombre de l’Afrique du Sud. Un rendez-vous que Fabien Galthié ne veut surtout pas rater.
Plus d’un mois après les écoliers, le staff du XV de France fait sa rentrée à Perpignan cette semaine. Le rendez-vous a été fixé mardi soir. Au grand complet (lire par ailleurs), Fabien Galthié et ses adjoints s’offrent une parenthèse studieuse avec, déjà, une ombre qui plane sur toutes les discussions : l’Afrique du Sud.
Le programme ? Mercredi, les techniciens tricolores travailleront sur leur plan de bataille. Jeudi, ils échangeront avec leurs homologues de l’Usap. Deux jours pour prendre de la hauteur, disséquer, anticiper et surtout préparer la deuxième partie du Championnat des Nations, qui verra les Bleus affronter les Fidji, l’Afrique du Sud et l’Argentine.
Évidemment, si les Français occupent actuellement la tête de la poule Nord — grâce à un mois de juillet couronné de deux succès bonifiés contre l’Australie (26-42) et le Japon (15-42), et d’un double bonus défensif et offensif glané lors du revers inaugural face aux Blacks (34-32) —, leur véritable juge de paix se profile déjà. Pour accéder à la finale de Twickenham, il faudra vraisemblablement franchir le mur sud-africain. Un obstacle XXL. Et pour Fabien Galthié, l’enjeu dépasse largement une simple qualification.
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L’impact psychologique
Par deux fois ces trois dernières années, les Bleus ont buté sur les doubles champions du monde en titre. Deux fois, ils ont quitté le terrain avec cette sensation d’être passés tout près sans jamais parvenir à renverser la montagne. En 2023 d’abord, lors de ce quart de finale de Coupe du monde irrespirable perdu d’un point (28-29) au Stade de France. Puis en novembre 2025, lorsque les Springboks avaient à nouveau imposé leur loi à Saint-Denis (17-32).
Le compteur reste bloqué à un seul succès sous l’ère Galthié (30-26 en novembre 2022). À l’approche des échéances futures, le sélectionneur aimerait évidemment doubler la mise. Pas uniquement pour solder une dette, mais parce que battre l’Afrique du Sud constituerait un acte de pouvoir. Une manière de signifier que les Bleus ne veulent plus seulement rivaliser avec les meilleurs : ils veulent aussi les faire tomber.
Galthié ne s’en cache d’ailleurs pas. Son regard est presque celui d’un chercheur face à l’ultime équation: « Pour moi, c’est la meilleure équipe au monde, peut-être la meilleure équipe qui n’ait jamais existé. Quand on joue contre eux, il n’y a pas d’espace en l’air, pas d’espace au sol et il y a du combat tout le temps. Ils sont là pour détruire leurs adversaires en mêlée, en touche et sur le défi physique. Mais quand on est à ce niveau-là, on n’a qu’une envie : c’est défier les meilleurs. Il n’y a rien de plus beau. »
Reste un autre verrou, plus insidieux : celui du rapport de force psychologique. Face à l’Afrique du Sud, les Bleus ne devront pas seulement affronter une équipe, mais aussi l’image qu’ils s’en sont construite. Matthieu Jalibert le reconnaît : « Ça reste la nation qui domine le plus aujourd’hui. » Avant de préciser que les Français « ne vont pas partir perdants » et qu’ils ont « les capacités, les qualités pour les mettre à mal ». Le Bordelais sait toutefois que ce sera « toujours difficile » face à une équipe qui « maîtrise tellement bien son sujet ».
Tout est là. Le respect ne doit pas se transformer en inhibition. Car à force de subir la puissance, la maîtrise et la constance des Springboks, les Bleus pourraient finir par les regarder d’un peu trop bas. Les titiller, comme le dit Jalibert, ne suffira plus. Il faudra parvenir à les regarder dans les yeux.
Des Boks pas si invincibles ?
Les Boks ont longtemps donné l’impression d’être une forteresse sans fissure. Leur rugby de collision, leur défense suffocante, leur maîtrise de la conquête et cette capacité à survivre aux scénarios les plus hostiles ont bâti leur légende. Mais aucune muraille n’est inexpugnable (voir ci-contre). L’Australie vient d’en apporter la démonstration en s’imposant 42-38, au terme d’un match où elle a refusé de laisser les Sud-Africains dicter le tempo. Du mouvement, du rythme, du jeu dans les espaces : les Wallabies ont montré une autre voie que le défi frontal. C’est précisément ce que le staff français cherchera à disséquer. Avec, toutefois, une nuance de taille : Rassie Erasmus avait largement fait tourner son effectif ce jour-là.
Pour l’heure, à Perpignan, il s’agira d’élaborer le plan de bataille français. Même si, en vertu des récents accords FFR-LNR, Fabien Galthié s’est engagé à limiter à neuf le nombre de matchs de ses cadres cette saison, nul doute que les meilleurs éléments seront alignés au Stade de France le 13 novembre prochain face à l’Afrique du Sud. La stratégie envisagée consiste même à lancer l’équipe type face aux Fidji pour monter en puissance avant le choc contre les Boks une semaine plus tard, la gestion du temps de jeu n’intervenant qu’à l’occasion du troisième test face à l’Argentine.
Parce que la finale du Championnat des Nations reste l’objectif comptable de cet automne, la réception des Springboks pourrait bien être le moment de vérité des Bleus.
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