Le gouvernement a présenté, ce vendredi 4 septembre, un plan d’aide pour compenser les pertes des agriculteurs dues à la canicule. Jérôme Bayle, exploitant à Montesquieu-Volvestre (Haute-Garonne) regrette le manque de solutions structurelles.
La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a annoncé, ce vendredi 4 septembre, plusieurs mesures pour aider le monde agricole à faire face aux canicules à répétition. Parmi les mesures, un plan d’un milliard d’euros pour indemniser les pertes et relancer la production, un fond de réarmement de 235 millions d’euros, les prolongations du guichet d’achat d’intrants jusqu’à décembre et de l’aide à l’achat de carburants jusqu’à fin octobre. Ces propositions sont toutefois jugées insuffisantes pour Jérôme Bayle, un exploitant de Montesquieu-Volvestre (Haute-Garonne) et cofondateur de l’association paysanne des Ultras de l’A64.
Contenus de la page
Que pensez-vous de ces mesures annoncées ? Avez-vous le sentiment d’avoir été entendu ?
Ils n’ont répondu à rien ! Ils aident la forme, mais pas le fond. On a besoin de structuration dans le monde agricole et chaque fois, ils nous répondent avec du conjoncturel. Donc, on fait quoi si cet hiver, on a trop d’eau par exemple, et qu’on ne peut rien cultiver, on va redonner un fonds de solidarité aux agriculteurs ?
Je pense que si on ne structure pas, dans l’agriculture avec une vision sur quatre voire six ans, justement pour la pérenniser et la rendre plus forte, chaque année, ce sera la même histoire. On aura les mêmes rendez-vous. On subit de plus en plus avec le changement climatique. Alors oui, 1 milliard d’euros, c’est conséquent, c’est déjà un premier geste. Mais, il y a encore pleins de point d’interrogation.
France 3 Occitanie : Comment s’est passé cet été marqué par de fortes chaleurs dans votre exploitation ?
Jérôme Bayle : Comme tous les exploitants, c’était compliqué. J’ai eu des problèmes de rendement, j’ai perdu entre 30% et 40% de mes productions. Avec la hausse des températures, ça demande un vrai travail sur les semi-[de prairies], ça demande beaucoup plus d’eau. Mais on le voit ici, comme ailleurs, l’état des animaux à cause d’une mauvaise alimentation. Quelles conséquences il va y avoir sur le lait, la gestation ?
Vous avez l’impression d’être bloqué au même point ?
Aujourd’hui, on nous demande encore de faire des papiers, c’est toujours comme ça pour un oui, pour un non, comme l’aide aux gazoles pour les routiers. Ce n’est pas compliqué : à chaque fois qu’un agriculteur, un exploitant commandait du GNR (Gazole non routier), ça se faisait systématiquement au pied de facture. Quand on a décidé d’être agriculteur, on a choisi d’être producteur, éleveur, cultivateur, on a voulu faire perdurer notre histoire familiale. On a voulu continuer entretenir nos territoires. Malheureusement, on est de plus en plus seul sur nos exploitations. On a de moins en moins de temps à remplir des dossiers et de demander des aides.
Et puis, la ministre de l’Agriculture demande aux Français d’être solidaire en achetant principalement des produits français ? Déjà, pourquoi l’État français ne montre pas l’exemple dans les services publics, que ce soit les hôpitaux, les prisons, l’armée, les écoles, et tant d’autres restaurants collectifs dirigés par l’État, par le service public. On demande tout le temps aux autres de faire des efforts.
Selon vous, quelles pistes devraient être envisagées ?
On a l’idée d’un colloque. Nous les agriculteurs, on est prêt à recevoir tous les politiques, tous les candidats, les partis, les syndicats agricoles, les associations agricoles (qui se montent partout en France) pour se réunir et tout simplement travailler ensemble pour trouver un plan d’avenir agricole.
On ne sera pas d’accord sur tout, mais au moins qu’on puisse sortir des grandes lignes pour préserver notre métier et bien souvent, notre passion, notre histoire familiale, mais aussi préserver l’autonomie alimentaire du pays parce qu’avec le contexte géopolitique qu’on a, je peux vous dire qu’on va bientôt pleurer.
Il faut qu’on crée une loi pour que le monde agricole n’ait plus le droit de vendre à perte parce qu’aujourd’hui, le monde agricole est le seul domaine à avoir le droit de travailler à perte. Donc si on veut sauver l’agriculture, ça commence par là. Et la deuxième des choses, il faut que ce soit les agriculteurs qui fassent leurs factures et non leurs acheteurs.
