À Pomas dans l’Aude, la tornade du 24 août 2026 a laissé derrière elle de lourds dégâts matériels. Mais pour les enfants un tel évènement peut aussi avoir des conséquences psychologiques durables. Hala Kerbage, pédopsychiatre au CHU de Montpellier, explique l’importance de restaurer les routines et de ne jamais forcer un enfant à parler pour l’aider à aller mieux.
Lundi 24 août 2026, une tornade s’est abattue sur le village de Pomas, dans l’Aude. L’intempérie n’a fait aucun mort, mais 300 maisons sur les 476 de la commune ont été endommagées.
Derrière ces dégâts matériels, les conséquences de ces évènements peuvent s’avérer parfois complexes à gérer psychologiquement, en partie pour les enfants, qui n’ont également plus d’école.
Hala Kerbage, pédopsychiatre et responsable du centre régional de psychotraumatisme enfants et adolescents au CHU de Montpellier, décortique les conséquences psychologiques potentielles de ces évènements traumatiques sur les enfants et comment les gérer au mieux.
France 3 Occitanie : Comment qualifiez-vous l’évènement de la tornade de Pomas ?
Hala Kerbage : C’est un évènement traumatique parce que ça met en danger la vie de la personne qui est exposée, et ce de manière sérieuse et grave. C’est important de dire que vivre ce genre d’évènements ne nécessite pas forcément de développer derrière un trouble de stress post-traumatique et que beaucoup d’enfants vont avoir des réactions de stress aigu dans les premières semaines. Mais il ne faut pas les pathologiser : ce sont des réactions normales, adaptatives à un évènement effrayant qui est cette tornade.
France 3 Occitanie : Les enfants qui vivent un évènement traumatique ne développent pas forcément de séquelles psychologiques importantes ?
Hala Kerbage : Non, car il faut séparer un évènement traumatique et un syndrome de stress post-traumatique. Indéniablement, l’événement de la tornade est un événement traumatique, mais ça ne veut pas dire que tous les enfants vont être traumatisés. Bien au contraire, les enfants, en général, récupèrent rapidement. La résilience est plus la norme que l’exception, les études démontrent que, dans le cas d’un évènement traumatique ponctuel qui a un début et une fin (pas dans le cas d’évènement traumatique chronique), 80% des enfants, des adolescents et même des adultes retrouvent un état de fonctionnement normal.
« 80% des enfants, des adolescents et même des adultes retrouvent un état de fonctionnement normal après un évènement traumatique », affirme Hala Kerbage, pédopsychiatre. – 28 août 2026. • © Frédéric Guibal – France Télévisions
France 3 Occitanie : Quelles peuvent être les conséquences de ce type d’évènements traumatiques chez les enfants ?
Hala Kerbage : Ces symptômes peuvent apparaître à travers des cauchemars, des images de l’évènement qui reviennent, un phénomène d’évitement de ce qui rappelle la catastrophe ou un besoin constant d’être rassuré, ça peut s’accompagner d’une forme d’hypervigilance, de sursauts, de réactions de peur, de difficultés de concentration et d’un manque de sommeil.
Ça, en général, ce sont les premières semaines, mais si la sécurité est restaurée assez vite, la plupart des enfants vont retrouver leur fonctionnement normal. Seulement 20 à 30% peuvent être à risque de développer ce qu’on appelle un stress post-traumatique. C’est-à-dire que ces symptômes initiaux vont s’installer dans le temps, persister et avoir un impact sur le fonctionnement de l’enfant et sa vie quotidienne. Dans ces cas-là, il ne faut pas avoir le même niveau d’exigence et s’attendre à ce que l’enfant retourne avec le même niveau de fonctionnement, il faut être un peu flexible durant cette période-là.
France 3 Occitanie : Les enfants peuvent-ils faire un déni de cet évènement traumatique ?
Hala Kerbage : La réaction n’est pas forcément immédiate chez l’enfant. Cela varie d’un enfant à l’autre : certains vont pleurer, d’autres vont sembler étonnamment calmes. Ça ne signifie pas qu’ils sont dans le déni ou qu’ils ne sont pas affectés, parfois, ça prend un peu de temps pour se manifester.
Certaines réactions peuvent apparaître secondairement dans les jours ou les semaines à venir.
Hala Kerbage
La compréhension de l’évènement dépend aussi beaucoup de l’âge, du niveau de développement et de ce que les parents vont dire. L’enfant est comme une éponge qui va absorber tout ce qui se passe dans son environnement, certaines réactions peuvent apparaître secondairement dans les jours ou les semaines à venir.
France 3 Occitanie : Quelle est la meilleure manière, pour les parents ou les proches, d’accompagner un enfant qui a vécu un évènement traumatique ?
Hala Kerbage : Il ne faut jamais chercher à faire parler un enfant à tout prix. Il faut ouvrir la porte à la parole, mais ne pas forcer l’enfant à parler de l’évènement. L’idéal, c’est de restaurer un sentiment de sécurité et de rétablir les routines : sommeil, repas, activités.
Le facteur protecteur le plus important pour un enfant après une exposition traumatique, c’est la qualité du soutien familial et social, mais aussi communautaire.
Hala Kerbage
Toutes les études, dans tous les contextes socioculturels, ont démontré que le facteur protecteur le plus important pour un enfant après une exposition traumatique, c’est la qualité du soutien familial et social, mais aussi communautaire dans ce cas de la tornade, quel a été le soutien de la mairie ou encore de l’État ? Cette mobilisation collective, dans le cas de catastrophes naturelles, joue un rôle important dans le rétablissement du sentiment de sécurité de l’enfant.
Pour les parents, il ne faut pas dire « Arrête, n’aie pas peur », on ne peut pas empêcher un enfant d’avoir des émotions, mais on peut les accueillir et lui expliquer ce qu’il peut en faire. Il faut aussi limiter l’exposition aux images liées à la catastrophe, ne pas rester en boucle devant les informations, car ça peut affecter les enfants.
