Même dans le Gers, son département de production, le floc se fait désormais discret sur de nombreuses tables. Les ventes ont considérablement diminué ces trente dernières années. Pourtant le goût est là, alors la filière appelle restaurateurs et comités des fêtes à davantage le valoriser.
Floc, ça veut dire bouquet de fleurs en gascon. Mais ce bouquet-là fait grise mine ces derniers temps. La filière est en difficultés économiques à cause d’une baisse régulière de la consommation ces trente dernières années.
Cet alcool gersois a même tendance à disparaître des fêtes de village. « Petit à petit, les gens en demandaient de moins en moins. On se retrouvait avec deux bouteilles et à la fin des fêtes on avait toujours les deux bouteilles. (…) C’est devenu un peu trop cher au goût des gens, par rapport à la quantité qu’ils ont dans le verre. Tout ça à cause des fournitures qui ont énormément augmenté, des taxes qu’on a sur cette boisson-là », constate Jérôme Lacave, du comité des fêtes de Bretagne d’Armagnac.
Vin de liqueur emblématique du Gers, cet apéritif autrefois très populaire est moins connu des jeunes générations. Il est composé d’un tiers d’Armagnac et de deux tiers de jus de raisin. Jusqu’à deux millions de bouteilles se vendaient chaque année au début des années 2000. À présent, c’est moitié moins.
Une tendance de consommation à la baisse que connaissent à la plupart des vins de liqueur depuis une quinzaine d’années en France, rappelle Rémi Gratian, vigneron et producteur de Floc au Domaine de Polignac. « On est sur un produit soumis à des taxes d’accises assez élevées : environ 1,60 euro par bouteille. Sur des volumes assez faibles, on fait à peu près 40 hectolitres de Floc par hectare, quand on mélange le jus et l’eau-de-vie. C’est faible, donc on est obligé d’établir un prix assez haut. Une bouteille de floc c’est un prix de revente de 11 euros minimum, c’est plus difficile à placer », explique-t-il.
Il y a quelques semaines, en début d’été, l’interprofession a entrepris une campagne de communication pour inciter les professionnels à le mettre davantage en avant. « Dans d’autres régions, les restaurateurs vont vous proposer que les produits de la région, même s’il y a d’autres choses à la carte. Et ça, c’est quelque chose qu’on aimerait bien amorcer. Les gens qui arrivent dans la région, on peut leur dire, regardez : on a le floc de Gascogne, on a l’Armagnac, on a les côtes de Gascogne. Ce sont nos productions régionales et on en est fiers », s’écrie Carole Garreau, la présidente de l’interprofession du Floc de Gascogne.
Elle ajoute : « On va plus aller vers les restaurateurs, vers les comités des fêtes, et on souhaite qu’ils aient le réflexe floc de Gascogne quand ils passent leurs commandes, quand ils proposent l’apéritif. C’est vraiment une dynamique collective que l’on souhaite relancer ».
Rémi Gratian parvient lui à maintenir ses ventes de floc. Son secret ? Le faire goûter. « On arrive à convaincre environ 70% des personnes qui goûtent, ce qui n’est pas le cas aussi nettement sur les vins », souligne le vigneron. Depuis son installation, il a toujours misé sur la communication. « J’ai engagé une personne à mi-temps ces dernières années pour s’occuper de la partie communication, accueil des particuliers. On a aussi diversifié l’offre au caveau : on propose un escape game, des parcours vignes, des visites de chais (…) Ainsi, on arrive à stabiliser les ventes mais on fournit a minima deux fois plus d’efforts qu’avant », assure-t-il. Il estime aussi que le floc devrait être mieux mis en avant sur le marché national mais aussi à l’export.
Comme ce producteur, l’interprofession entend accentuer la communication autour de cet apéritif régional. Elle espère voir rebondir ses ventes de 10% en 2027.
Propos recueillis le 10 juillet 2026 par Julien Lanchas et Rémy Carayon.
