Les canicules successives engendrent aussi des dégâts dans le réseau d’eau potable. À Meyrueis, en Lozère, le traitement de l’eau au chlore, combiné à la chaleur, serait à l’origine de la formation de chlorate qui, à trop fortes doses, peut présenter un risque pour la santé. L’eau du robinet est donc interdite à la consommation dans ce village de 884 habitants et une distribution de bouteilles d’eau a été mise en place.
Depuis maintenant trois semaines, David Hérard, le maire du village, charge tous les jours des packs d’eau dans le coffre des habitants de sa commune. L’eau du robinet est interdite à la consommation, alors toute l’après-midi, les habitants défilent. Ils bénéficient de deux bouteilles d’eau par jour et par personne.
« Vous êtes combien dans le logement ? Huit ? Donc, là on va vous donner pour trois jours, donc ça vous fait huit packs« .
Dans le gymnase du village de Meyrueis, à l’est de Millau aux confins de la Lozère, du Gard et de l’Aveyron, local improvisé en point de ravitaillement, deux personnes issues des équipes de la communauté des communes Gorges Causses Cévennes et de la municipalité accueillent tous les jours les habitants pour une distribution de bouteilles.
Jean-Baptiste est venu récupérer plusieurs packs d’eau. « Ça se passe très bien. Ça suffit très largement ce qui nous est donné. C’est une permanence quotidienne et avec le sourire en plus !« .
L’eau avait déjà été signalée par l’ARS Occitanie comme impropre à la consommation, à la fin de l’été dernier. Une nouvelle alerte a été lancée cette année, cette fois le 22 juillet. Alors chacun s’adapte. « À la maison on ne fonctionne qu’avec les bouteilles d’eau, pour nos gourdes, pour tout ce qui est café et thé. Quand on se lave les dents, on se rince sans avaler l’eau du robinet« , témoigne Maude qui vient tous les étés dans sa maison de famille en Lozère, depuis l’enfance. Une situation qui n’alarme pas pour autant la jeune femme. « Ils mettent plein de choses en place pour régler ce problème donc aucune inquiétude !« .
David Hérard, maire de la commune, aide chaque jour les habitants à récupérer leur pack d’eau. – Meyrueis le 11 août 2026 • © FTV L. Guideau
Dans le gymnase, le stock de palettes de bouteilles d’eau impressionne. Et pour cause, neuf à dix palettes sont ainsi distribuées chaque jour, financées par la communauté de communes. « Nous gérons la logistique qui est énorme pour un village comme Meyrueis. On travaille avec la communauté de communes et le préfet, qui nous ont également aidés et que je remercie ».
Mais c’est l’entraide entre voisins qui marque aussi ce maire, fraîchement élu aux dernières élections municipales de 2026. « Les habitants vont nous dire : ‘Ah ben tiens, je prends un pack pour ma voisine’, ou ‘ça fait longtemps que je n l’ai pas vu ouvrir ses volets’. C’est un village qui reste quand même très solidaire« . La question qui lui est le plus souvent posée reste : « est-ce que ça s’améliore ? », mais malgré des analyses tous les deux jours, les résultats ne sont toujours pas probants. « Ils mettent plein de choses en place pour régler ce problème donc je ne suis pas du tout inquiète« .
Pour l’instant, ça ne bouge pas. Une nouvelle canicule est annoncée. On le dit en rigolant, mais il faudrait presque qu’il neige pour tout refroidir ! Ce qui est sûr c’est qu’il faudrait une bonne pluie pour redonner du moral aux rivières et à la végétation qui souffre beaucoup cette année.
David Hérard, maire de Meyrueis et vice-président de la ressource en eau à la communauté de commune du Gorges Causses Cévennes.
Dans ce village cévenol de près de 900 habitants, l’eau n’est pas puisée dans des nappes phréatiques, mais pompée dans des rivières. Avec des niveaux particulièrement bas cette année, en raison des canicules successives, le traitement de cette eau au chlore, combiné à la chaleur, serait à l’origine du phénomène.
« La problématique, c’est que le chlorate a tendance à se produire dans le chlore qui est utilisé quand l’eau est trop chaude. Ces paramètres-là, en sachant qu’en plus les canalisations transitent sous la chaussée, donc sous le bitume, ont aussi tendance à monter en température avec la canicule, génèrent un taux de chlorate qui est supérieur aux normes légales dans le réseau d’eau potable« , analyse Etienne Amegnigan, chef du service Eau et Assainissement de la communauté de communes Gorges Causses Cévennes.
Le village puise son eau potable depuis différentes rivières, dont le niveau est particulièrement bas suite aux canicules successives – Meyrueis le 11 août 2026. • © FTV C. Pierre
L’origine du problème doit toutefois être confirmée de façon définitive. « J’ai demandé une aide à Monsieur le Préfet, pour qu’il nous mandate un expert pour qu’on soit sûr à 100%. Et là, cela pourra vraiment avancer« , appui David Hérard qui est par ailleurs vice-président de la ressource en eau à la communauté de communes du Gorges Causses Cévennes. Mais tous insistent, il ne s’agit pas là d’une pollution de l’eau.
« Le chlore qui est utilisé est adapté pour le traitement de l’eau potable. Malheureusement, les différents phénomènes qui se percutent génèrent une production de chlorate. Le chlorate, c’est la production chimique du chlore, qui survient en cas d’oxydation du chlore« , assure Etienne Amegnigan.
Le risque de boire cette eau n’est toutefois pas immédiat, et n’aurait des effets sur la santé que sur le long terme. « C’est la concentration et le fait d’en boire régulièrement qui présente des risques. Mais on ne plaisante pas avec ça, s’il y a un risque sanitaire, on ne prend aucun risque », appui le technicien.
La population de ce village de Lozère quadruple l’été grâce au tourisme – Meyrueis le 11 août 2026. • © FTV L. Guideau
Une situation qui a aussi un impact sur le tourisme, alors que la commune de 884 habitants, quadruple sa population l’été. Dans le village, campings et hôtels affichent tous complets. À l’hôtel de l’Europe, Frédéric Robert, propriétaire, distribue à chaque client sa bouteille d’eau. « Je leur fournis de l’eau chaque fois qu’ils en ont besoin« , précise l’hôtelier, qui est livré par la communauté de communes directement à son établissement.
Des clients arrivent justement à son comptoir pour s’enregistrer. Frédéric Robert leur tend alors une bouteille d’eau. « C’est offert donc ne la jetez pas, ne la gaspillez pas et finissez toute la bouteille !« . Les clients sont compréhensifs et la situation n’a aucun impact direct sur le taux de réservation de cet hôtel.
Mais Frédéric Robert espère que cette situation ne sera pas amenée à devenir récurrente. « Ce sera problématique car ça se rajoute à tout ce que nous faisons déjà pour tenir l’affaire. On est toujours en train de donner une bouteille d’eau ou d’en récupérer une à jeter. Ça se rajoute au travail qu’on fait déjà« .
Pour résoudre définitivement le problème, la communauté de communes réfléchit à des solutions pour changer de système de traitement d’eau potable. « Il y a plusieurs systèmes de chloration. Soit la chloration avec de la javel, c’est ce qu’on utilise actuellement, mais il y a aussi de la chloration par traitement gazeux, par UV, qui sont des solutions alternatives et qui pourrait améliorer cette production de chlorate en lien avec l’augmentation de la température de l’eau« .
Un arrêté préfectoral classe aussi le village de Meyrueis en état de crise sécheresse, interdisant l’irrigation aux agriculteurs et limitant les usages domestiques.
