Mardi soir, Ma’a Nonu (44 ans) a affronté les All Blacks pour un moment fort de l’histoire du rugby néo-zélandais. Son haka mythique, une percussion impressionnante, les yeux admiratifs de ses adversaires et des retrouvailles émouvantes : la soirée de la légende neo-zélandaise fut chargée en émotions.
Quelle aubaine. Deux événements rares ont failli se téléscoper en cette semaine du 15 août. Bien heureuse l’éclipse solaire partielle de ne pas avoir eu lieu mardi soir, elle aurait pu elle-même être… éclipsée par un événement presque aussi peu commun : un All Black a affronté les All Blacks. Le légendaire trois-quarts centre Ma’a Nonu, deux Coupes du monde au compteur, a disputé une rencontre avec sa nouvelle équipe des Sharks contre sa sélection, la Nouvelle-Zélande. Fait assez singulier à ce niveau : à 44 ans révolus, l’ancien joueur du Rugby club toulonnais était du même âge que l’arbitre du jour Karl Dickson.
Capé à 103 reprises sous la tunique noire entre 2003 et la finale mondiale en 2015, Nonu est entré encore un peu plus dans l’histoire avec une scène devenue désormais mythique. Portant le numéro 23 blanc et noir des Sharks, l’homme aux dreads colorées a d’abord contemplé avec un immense respect le Ka Mate de ses cadets. Avant de surprendre les spectateurs du Kings Park Stadium en répondant d’un Kapa o Pongo majestueux. Seul face à la meute maorie, seul aussi face à l’immensité que représente ce rituel sacré au pays du long nuage blanc. Un moment chargé en émotion, au vu des regards de ces jeunes hommes qui ont grandi en admirant les prouesses du monumental joueur des Hurricanes. Bryan Habana, monument du rugby sud-africain et ex-coéquipier de Nonu, était aussi présent dans les tribunes pour vivre ce moment à part.
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« Sur le groupe WhatsApp avec d’autres joueurs néo-zélandais, on échangeait avant le match et on voulait à tout prix que les All Blacks gagnent, mais on souhaitait aussi absolument que Ma’a Nonu fasse un grand match »
Par ses crochets singuliers, ses charges dévastatrices aussi, Nonu a marqué des générations. L’un des joueurs de notre Top 14, lui aussi All Black, Jack Goodhue nous a raconté ce que cela représente pour lui : « Quand j’ai appris qu’il se passerait ça, j’ai trouvé ça vraiment génial. Ça fait plus de 10 ans qu’il n’a plus joué pour les All Blacks, et le voir jouer contre eux, c’est l’une des plus belles histoires du rugby pour moi. Si j’en avais eu l’occasion, je l’aurais saisie, que ce soit pour les Barbarians ou pour une autre équipe. Jouer pour les All Blacks ou jouer contre eux, ce sont deux grands honneurs. » Il confirme l’engouement que l’on pouvait imaginer pour ce jour spécial. « Faire le haka en retour est une très bonne chose et c’est une marque de respect. Sur le groupe WhatsApp avec d’autres joueurs néo-zélandais, on échangeait avant le match et on voulait à tout prix que les All Blacks gagnent, mais on souhaitait aussi absolument que Ma’a Nonu fasse un grand match. Quand j’ai joué contre lui l’année dernière lorsqu’il était à Toulon, il fallait bien serrer le protège-dents et fermer les épaules, parce qu’il est encore très puissant. »
Narawa, l’heureux élu
Et comme souvent quand on parle de rugby, les Néo-Zélandais ne se trompent que rarement. Entré en jeu à la 62ᵉ minute sous les acclamations du public, Nonu a marqué les esprits et les corps. En témoigne son impact impressionnant sur l’ouvreur des Hurricanes Ruben Love, qui n’a pas non plus forcément fait l’effort de se baisser. On n’a cesse de le répéter dans les écoles de rugby : « baissez-vous ». Alors imaginez avec le quintal hors taxe de Nonu en face : vraiment, baissez-vous. Au sortir d’une cinglante victoire 54 à 0, les acteurs du match, tous en file indienne attendant patiemment leur tour, n’avaient qu’une chose en tête : aller saluer l’idole. Les accolades étaient toutes complices, d’autres davantage encore comme celle avec Rieko Ioane ou encore Beauden Barrett.
Les yeux des joueurs brillaient, à l’instar d’Emoni Narawa (27 ans) et Timoci Tavatavanawai (28 ans) filmés en plein débat pour connaître l’heureux élu qui aurait la chance d’échanger son maillot avec la star du jour. Finalement, c’est le joueur des Chiefs, numéro 23 dans le dos, qui a remporté le gros lot. Une tunique qui ne devrait sans doute pas traîner dans des cartons au fond d’une pièce. Après la rencontre, le sélectionneur Dave Rennie est venu en conférence de presse pour prendre la parole sur le sujet du soir : « On savait que ça allait arriver, il a retrouvé Sonny Bill (Williams) hier soir. Nous en avons discuté car il voulait être respectueux. Il se demandait quelle était la meilleure manière de répondre à ça. Ils l’ont donc encouragé à le faire s’il pensait que c’était approprié, je pense que ça l’était et j’ai trouvé ce moment très fort. Nous allons le retrouver ce soir pour partager un moment avec lui. » Une fête à la hauteur de l’homme, du joueur et de l’institution All Black.
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