Théo Bonnafous est un passionné de l’observation et de l’étude de la faune sauvage. Il constate des changements de comportement en cet été particulièrement sec et chaud.
Cet été, les canicules à répétition, les feux de forêt, la sécheresse et les cours d’eau asséchés menacent la survie de nombreuses espèces. La faune sauvage doit s’adapter afin de trouver de l’eau pour s’hydrater et se rafraîchir. La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) a d’ailleurs lancé un grand mouvement de mobilisation « Des abreuvoirs pour la faune sauvage » en cet été 2026.
Théo Bonnefous utilise de grands bidons pour acheminer des milliers de litres d’eau en forêt. • © Théo Bonnefous
De son côté, le photographe animalier Théo Bonnafous , sensibilise les internautes aux besoins de la faune sauvage. Écologue habitant à Rodez (Aveyron), il est chargé de mission faune au sein du bureau d’études ruthénois Rural Concept. mais aussi photographe animalier. Sur ses réseaux sociaux, le jeune Aveyronnais de 25 ans partage ses découvertes. Il vient par exemple de mettre en ligne une vidéo – réalisée avec son ami Florian Poulard-, pour expliquer comment ils apportent de l’eau en forêt pendant les canicules. Interview.
France 3 Occitanie : Que constatez-vous lors de vos observations auprès de la faune sauvage cet été ?
Théo Bonnefous : Sur le terrain, on se rend compte que la faune s’adapte au climat sec et chaud de cet été mais aussi qu’elle souffre. Cette année, la première canicule a eu lieu fin mai dans notre région, de nombreux ruisseaux sont à sec, et cela dure, il pleut très peu. Cela les met en difficulté, en particulier les jeunes qui connaissent moins bien leur territoire que les adultes. Mais les animaux s’adaptent, et sont loin d’être bêtes, ils cherchent de la rosée du matin par exemple.
Comment les animaux s’adaptent-ils au manque d’eau ?
Théo Bonnefous : Cette année je constate que les animaux que j’observe ont décalé leurs activités pour s’adapter aux chaleurs. Au printemps et en début d’été, habituellement, j’arrive à observer des cerfs, des biches, des renards dès 19h ou 20h. Mais pendant les fortes chaleurs, je patiente et ils ne sortent qu’entre 23h et 8h.
Renard venu boire dans une mare dans une forêt du Var, à l’été 2026. • © Florian Poulard
J’étudie aussi un terrier de blaireau depuis un moment. Habituellement ils dorment à l’intérieur de ce terrier. Mais en ce moment, s’il y a un orage, ils sortent dormir au-dessus de leur terrier, afin de capter un peu d’humidité. C’est un comportement que je ne voyais pas avant.
J’ai aussi remarqué des espèces que je n’observe pas habituellement. Grâce à des pièges photo ou vidéo, j’ai observé un hibou grand-duc venir boire dans un bassin mis à disposition dans les bois, alors que normalement cette espèce privilégie des points d’eau ouverts, mais nombre d’entre eux sont aujourd’hui à sec. Sur les images, on peut même voir un loup, qui lui non plus ne vient pas boire à ce type d’endroit habituellement.
Comment peut-on aider les animaux sauvages ? Que faut-il faire ou ne pas faire ?
Théo Bonnefous : La première chose à faire avant d’apporter de l’eau sur un terrain est de s’assurer d’avoir l’accord de son propriétaire. Si c’est un particulier, il faut le lui demander, et si c’est un terrain communal, il faut contacter la mairie et/ou les agents de l’Office National des Forêts (ONF) qui s’occupent de ce territoire. Le plus pratique est ensuite de puiser de l’eau le plus proche possible, dans un puits communal par exemple, puis de l’acheminer mais là aussi, il faut avoir l’accord du propriétaire du puits en amont. Puiser de l’eau dans de grands bidons demande un minimum de moyens matériels.
Geai des chênes venu s’abreuver au bord d’une mare alimentée en eau, photographié dans l’Aveyron à l’été 2026. • © Théo Bonnefous
Mais chacun peut aider à son échelle. Les personnes qui ont un jardin peuvent construire une mare, qui sera en eau toute l’année. C’est l’idéal car les animaux connaissent leur territoire et vont se souvenir de ce point d’eau. Dans l’urgence, on peut aussi installer une grande bassine d’eau dans son jardin, mais dans ce cas il faut impérativement y placer des rochers et des branchages pour éviter que celle-ci devienne un piège pour les petits mammifères et les reptiles.
En ville, déposer une coupelle remplie d’eau sur son balcon ou le bord d’une fenêtre peut permettre aux oiseaux de s’y baigner et boire, ainsi qu’aux insectes. Dans ce cas, il faut changer l’eau chaque jour pour ne pas attirer les moustiques.
Comment repérer un bon endroit où laisser de l’eau ?
Théo Bonnefous : Pendant une période de canicule, on peut placer des bassins d’eau en forêt, près des passages empruntés par les animaux sauvages afin qu’ils les trouvent plus facilement. Il faut être attentif pour repérer ces sentiers. Les premiers à s’apercevoir de la présence de l’eau sont souvent les oiseaux, puis les mammifères. Si l’on souhaite installer une mare, tous les endroits du jardin sont propices, de préférence à l’ombre.
Genette commune venue boire au bord d’une mare alimentée en eau durant l’été 2026. • © Théo Bonnefous
J’espère que la météo que nous connaissons en cet été 2026 et ses conséquences pour la faune et la flore feront changer les mentalités de ceux qui nient encore la réalité du changement climatique.
