Une quarantaine de militants, dont des « Faucheurs volontaires », ont mené ce mercredi 15 juillet 2026, une « inspection citoyenne » de l’usine Monsanto-Bayer de Trèbes (Aude). Ils annonçaient vouloir contrôler la nature des pesticides utilisés dans l’enrobage des semences.
Ce mercredi, vers 10 heures du matin, une quarantaine de personnes se sont rassemblées devant l’usine Monsanto-Bayer de Trèbes, près de Carcassonne, dans l’Aude. Quelques militants du « Collectif des Faucheurs volontaires », sont parvenus à entrer sur le site, indiquent les gendarmes de l’Aude à France 3 Occitanie.
Selon le Collectif, ils sont venus mener ce qu’ils appellent une « inspection citoyenne« .
Interrogé par France 3 Occitanie, l’un des porte-parole du mouvement, décrit l’opération. « Il s’agit de ce qu’on appelle communément une inspection citoyenne, pour vérifier les produits d’enrobage utilisés, qui sont tous des pesticides ».
Concrètement, sur place, les militants cherchaient à documenter ce qu’ils trouvent, « en regardant tous les stocks sur les palettes, et les étiquettes, parce que c’est forcément marqué à ce niveau-là : les produits utilisés pour les semences, la nature des semences, et également la nature des enrobages ».
Pourquoi s’intéresser spécifiquement à l’enrobage ? Parce que, toujours selon ce militant, c’est devenu la porte d’entrée systématique des pesticides dans les semences industrielles.
Toutes les semences industrielles sont enrobées de pesticides, et c’est la nature de ces pesticides utilisés que nous souhaitons mettre un peu en lumière.
Un militant des « Faucheurs volontaires »,à France 3 Occitanie.
Le site de Monsanto-Bayer à Trèbes est une usine de conditionnement de semences de maïs et de colza. Concrètement, elle reçoit des graines produites par des agriculteurs partenaires, puis les nettoie, les trie, les calibre, les traite et les enrobe avant de les reconditionner pour la vente. C’est cet enrobage, une fine couche de produits phytosanitaires appliquée directement sur la graine, qui cristallise les critiques des militants.
Le combat des Faucheurs volontaires a changé de nature ces dernières années. Longtemps, leur cible privilégiée a été les OGM transgéniques classiques, faciles à repérer avec les outils de détection existants. Le « faucheur volontaire » interrogé par France 3 l’explique ainsi : « le contexte a complètement changé, puisque ce qu’on savait trouver très facilement, parce qu’on avait des moyens de détection, c’étaient les OGM transgéniques, ce fameux maïs MON810 mais il n’y a plus de ça ».
Le maïs MON810, seul OGM autrefois cultivé en Europe, est en effet aujourd’hui interdit de culture en France depuis un moratoire reconduit chaque année depuis 2008.
Carcassonne – action des « Faucheurs Volontaires » dans l’usine Monsanto-Bayer de Trèbes – 15 juillet 2026. • © ED JONES / AFP
L’action des Faucheurs consiste, entre autres, à traquer des substances interdites qui circuleraient malgré les réglementations. Le « faucheur volontaire » évoque un possible trafic international : « il y a des molécules qui sont produites en France et qui sont normalement interdites à la commercialisation, en tout cas en France et en Europe pour certaines, et qui reviennent par le trafic international. On va les retrouver sur des semences, par exemple, ou sur du soja venant d’Amérique du Sud ».
Ce n’est pas une première pour le site audois. Le militant interrogé par France 3 rappelle la récurrence de ces visites : « ça fait peut-être une dizaine de fois qu’on vient les visiter sur dix ou quinze ans ». L’usine de Trèbes a en effet déjà fait l’objet de plusieurs occupations ces dernières années : en 2019, une soixantaine de militants y avaient dénoncé une contamination de champs européens par du colza OGM ; en 2020, une nouvelle occupation avait nécessité l’intervention de gendarmes mobiles héliportés sur le toit du bâtiment ; en 2022, une mobilisation nationale intitulée « Bye bye Bayer, Ciao Monsanto » avait rassemblé plusieurs associations locales devant le site.
Dans un communiqué adressé aux rédactions au sujet de l’action de ce mercredi 15 juillet, le collectif recense trois principales revendications : ils accusent la firme Monsanto-Bayer « de provoquer en toute conscience homicides et écocides », ils « dénoncent la complicité du gouvernement » et « demandent à l’État qu’il prenne des mesures strictes pour empêcher la production et l’exportation de ces substances hautement toxiques« .
Le mouvement, né au début des années 2000, revendique la désobéissance civile non-violente comme mode d’action contre les OGM et, plus largement, contre ce qu’il appelle la privatisation du vivant. Le militant interrogé par France 3 Occitanie décrit un mouvement composé de profils très divers, unis par une même cause : « des gens de toute origine, de tout milieu, très différents, et qui sont unis par ce combat contre la privatisation du vivant et l’utilisation sans vergogne de tous ces produits biocides ».
Contactée par France 3, l’entreprise Monsanto-Bayer a réagi dans un communiqué : « Bayer condamne fermement toute intrusion ou action illégale sur ses sites« , écrit l’entreprise. Elle précise : « la sécurité de nos collaborateurs est notre priorité absolue. Nos sites opèrent dans le strict respect de la réglementation en vigueur et sous le contrôle des autorités compétentes. Tout en restant ouverts au dialogue, nous rappelons que le débat démocratique ne peut s’exercer au mépris de la loi et de la sécurité des personnes ».
