D’abord en difficulté dans la couverture du fond de terrain, les deux hommes sont progressivement montés en régime. Quelques petits ratés n’effaçant pas une complicité naissante marquée par une célébration d’essai symbolique, qui ne demande désormais qu’à être confirmée.
Évidemment questionné sur le sujet de l’association Ntamack-Jalibert après la victoire sur l’Australie, le sélectionneur Fabien Galthié n’a pas manqué l’occasion de glisser des petits messages… « Vous, les médias, vous les opposez souvent. Nous, on les associe. L’association de très bons joueurs n’a jamais fait de mal à une équipe, donc on essaie de les associer. Ça vous fait du buzz et de la matière, et nous, ça nous va. » Pour le buzz, on le laissera de côté. Mais pour la matière, alors ? Après six minutes d’entraînement commun lors de l’entraînement la veille du match, n’était-il pas un peu risqué d’associer deux joueurs sans repères, en espérant qu’ils performent ? « Le sport de haut niveau, normalement, c’est s’entraîner et préparer le match ensemble, soufflait Galthié. Ce match, on l’a simplement préparé de manière analytique. » Sans pour autant susciter de crainte chez leurs coéquipiers. « Quand Matthieu est sur le terrain, j’ai beaucoup moins de doutes que quand il n’y est pas, souriait son coéquipier Jefferson Poirot. J’ai connu Matthieu en 15 à l’UBB, parce que c’est là qu’il a démarré. Il n’y avait pas de doute à avoir. »
Et pourtant, pour parler crûment, tout n’a évidemment pas été parfait. À commencer par la couverture du champ profond lors de cette première période pendant laquelle les imprécisions des Bleus, à la main comme au pied, ont précipité des situations dont les Australiens ont bien profité, les « bascules » entre le duo Jalibert-Ntamack et leurs ailiers n’ayant pas été optimales. Parmi les premiers concernés, Romain Ntamack ne pouvait qu’en convenir. « Notre stratégie, c’était d’être forts sur le premier rideau en délaissant un peu le fond du terrain, parce qu’on avait observé que les Australiens ne tapaient pas énormément au pied… » La sentence ne s’est pas fait attendre, avec deux 50-22 et un renvoi d’en-but concédés qui ont pesé très lourd dans la première mi-temps manquée des Bleus, avec deux essais et un carton jaune concédés étroitement liés à ces scories…
La bonne nouvelle ? Elle est que, par la suite, les Bleus n’ont plus donné aux Australiens les occasions de les punir, les ailiers (avec une mention particulière pour Théo Attissogbe) effectuant un gros travail pour soulager le duo Ntamack-Jalibert sous les « box-kicks » adverses. Ce qui a permis aux deux hommes de monter progressivement en régime… « Au vu du système de jeu, l’ouvreur et le 15 se suppléent quand même beaucoup, donc c’est facile de trouver les repères, appréciait Ntamack. Quand ça se passe comme ça, c’est vraiment que du bonheur de jouer avec un joueur comme Matthieu. »
Des scories, puis de la suppléance
Alors certes, on pourra faire remarquer que les deux hommes ont moins permuté que l’on pouvait s’y attendre, le Toulousain ayant le plus souvent gardé la position de premier attaquant, qui l’a d’ailleurs vu sauter « gratuitement » son partenaire, avec qui il s’est marché sur les pieds à deux reprises, sur un lancement de jeu en première période puis lors d’une semi-attaque en seconde. Toutefois, pour une première, force est de constater que les deux joueurs se sont souvent (bien) trouvés, à l’image de cette croisée dans le champ profond qui a permis à Jalibert de contre-attaquer. Il n’est également pas anodin de remarquer que sur l’action qui vit Ntamack rester au sol après un plaquage à retardement, c’est Matthieu Jalibert qui a naturellement repris la conduite du jeu des Bleus. Une suppléance précieuse, puisque c’est bien Jalibert qui offrit au bout de l’action un essai à Aaron Grandidier-Nkanang d’une passe au pied. Comme l’avait fait, en première période, Romain Ntamack d’un maître coup de pied rasant…
En outre ? Il faudrait être aveugle pour ne pas observer que la double menace Ntamack-Jalibert a produit un réel effet sur la défense australienne qui, de par sa tendance à anticiper sur l’extérieur où elle craignait le danger Jalibert, a laissé dans la zone du 10 des espaces où Romain Ntamack n’a jamais hésité à s’engouffrer, au point de marquer son premier essai en bleu depuis presque trois ans, le dernier remontant au 12 août 2023 contre l’Écosse… « La dernière fois que j’ai marqué en bleu, je m’étais fait les croisés, souriait Ntamack. Évidemment qu’il est plaisant de marquer des essais, mais c’est surtout important parce que ça valide le beau travail qui a été effectué en amont. C’est facile de jouer avec tous ces joueurs autour, avec un Max (Lucu) qui est toujours à l’affût pour envoyer les ballons. Sur le coup, je vois juste que, dans le fermé, il y a un pilier et le 9. J’essaie de communiquer avec deux ou trois mecs pour qu’on y reste, puis ça s’ouvre en face de moi, et je n’ai plus qu’à aplatir. » Le premier à l’avoir félicité dans l’en-but n’étant autre que… Matthieu Jalibert, comme pour mieux valider une complicité qui ne demande désormais qu’à croître.
.
