Forêt des écrivains combattants, dans le massif de l’Espinouse : une mémoire debout malgré les tempêtes

Meurtrie par les tempêtes du printemps, la Forêt des écrivains combattants entame sa reconstruction. À Combes, élus, bénévoles et forestiers s’emploient à préserver ce site unique, à la fois lieu de mémoire, forêt de production et patrimoine naturel exceptionnel.

« Vous voyez, là, sur la crête, on avait comme une muraille de sapins. Aujourd’hui, il n’y a plus rien. » La voix de Marie-Line Geronimo, maire de Combes, ce petit village niché sur les flancs des massifs de l’Espinouse, se voile. Là où s’élevait une épaisse barrière d’arbres, les tempêtes Nils et Pedro ont infligé une immense cicatrice. « C’est comme si on nous avait volé le paysage qu’on contemplait chaque matin. »

Pour l’édile, ce ne sont pas seulement des arbres qui sont tombés. C’est un décor familier, presque une partie de l’identité du village. « Les résineux sont plus fragiles. Tant qu’ils restent groupés, ils représentent une force. Mais quand la première rangée tombe, c’est l’effet domino. Comme sur un champ de bataille… »

La forêt, véritable lieu de vie

La métaphore n’est pas anodine. Quelques centaines de mètres plus loin commence la Forêt des écrivains combattants, où chaque allée rappelle le sacrifice de femmes et d’hommes de lettres, morts pour la France, en 1914-18 ou en 1939-45.

Un double traumatisme

La Forêt des écrivains combattants est l’héritière d’un double traumatisme. Le premier est celui de la Grande Guerre. En 1919, José Germain fonde l’Association des écrivains combattants (ÆC) avec 80 auteurs rescapés des tranchées pour honorer la mémoire des 560 écrivains morts pour la France. En 1930, des inondations mortelles frappent le Midi, attribuées au déboisement. « Il y avait deux gros “prédateurs” du bois, à l’époque, relate Jean Lavastre. Les gentilhommes verriers d’Hérépian ou du Bousquet-d’Orb et les mines de charbon de Graissessac car il fallait des poutres pour étayer les galeries. »
Pour lutter contre l’érosion des sols tout en créant un haut lieu du souvenir, l’AEC, alors présidée par Claude Farrère, lance un vaste projet de reboisement dans le massif du Caroux-Espinouse, avec le Touring Club de France. Pépiniériste et ancien combattant, Francisque Lacarelle offre 10 000 jeunes arbres. Les allées dédiées aux écrivains et la monumentale Croix de guerre du sculpteur Paul Moreau-Vauthier sont inaugurées en juillet 1938. D’autres écrivains rejoignent les rangs après 1939-45 comme Saint-Exupéry ou Irène Nemirovsky.
Depuis 1962, la forêt est gérée par l’Office national des forêts, qui a apposé de nombreux panneaux explicatifs. Un chantier de réhabilitation des stèles et cheminements, bouclé en 2016, a permis de remplacer le béton abîmé des stèles par de la pierre de Madale et de rénover le monument d’accueil.

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Épargné dans son cœur mémoriel mais durement touché sur ses marges, le site offre aujourd’hui un paysage de troncs couchés et de branches arrachées. Pourtant, Marie-Line Geronimo refuse de céder au fatalisme. « Il y a une phase très dure : celle où l’on exploite les arbres tombés. Les chemins sont abîmés, on a l’impression que tout est détruit. Puis vient le temps de la réhabilitation, de la replantation… et la nature reprend toujours ses droits. »

Un patrimoine exceptionnel

Une forêt qu’elle raconte comme un organisme vivant. Pour elle, chaque époque a laissé son empreinte. « Cette forêt a toujours été un lieu de vie. Elle était déjà habitée au Néolithique. Elle produit du bois, accueille des promeneurs, des scolaires, des historiens, des sportifs… Elle continue de vivre. »

L’esprit de la forêt

Bien avant de devenir un haut lieu de mémoire, le massif était déjà occupé par les hommes dès le Néolithique. Les contreforts de l’Espinouse conservent de nombreux vestiges préhistoriques : dolmens, tombes mégalithiques, pierres dressées et même une rare statue-menhir évoquant la maternité. « Mais désormais, on ne les signale plus pour éviter des chasseurs de trésor intempestifs », sourit Marie-Line Geronimo. Sans oublier la « pierre de santé », qui émettrait une énergie magnétique particulière. Occupant une position géographique singulière avec, selon le versant, un partage des eaux entre Atlantique et Méditerranée, le site était fréquenté par les marchands. « Sur cette ancienne voie reliant Cahors aux foires du Bas-Languedoc, ils empruntaient ces lignes de crête ; les ornières creusées par les charrettes sont encore visibles dans la roche. » À proximité se dressent également les ruines de la chapelle Saint-Vital, halte des voyageurs au Moyen Âge, dont le fonts baptismal est aujourd’hui conservé à Villemagne-l’Argentière. Autant de témoins qui racontent une histoire ininterrompue de plusieurs millénaires.

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À ses côtés, Jean Lavastre veille sur une autre mémoire. Président de la Clefec (Connaissance et lecture des écrivains de la Forêt des écrivains combattants), il œuvre depuis des années pour faire connaître ces écrivains dont les noms jalonnent les allées.

Entre mémoire et territoire

« Nous sommes une petite association, mais nous voulons faire vivre ce patrimoine exceptionnel. Il ne s’agit pas seulement d’entretenir des stèles. Il faut transmettre les œuvres et l’histoire de ces écrivains. » Expositions itinérantes, conférences, lectures publiques… la Clefec s’efforce de faire dialoguer littérature et territoire.

Cette transmission passe aussi par le site lui-même. Réhabilité en 2016, grâce à l’implication des associations locales (Clefec, Souvenir français…), de l’ONF, de la mairie et du Département, le parcours mémoriel, grâce au travail du général David, accueille désormais des QR codes permettant de découvrir la biographie des écrivains.

En faire un site accessible à tous

Demain, tous espèrent aller plus loin encore. Leur rêve ? Faire de la Forêt des écrivains combattants l’un des premiers grands sites mémoriels forestiers entièrement accessibles aux personnes à mobilité réduite, aux déficients visuels et aux curistes de Lamalou-les-Bains.

« Ce lieu appartient à tout le monde. Si chacun pouvait le parcourir librement, ce serait la plus belle manière de faire vivre cette mémoire », concluent nos deux passionnés. Comme la forêt, la mémoire, elle aussi, peut écrire une nouvelle page mais pour cela, il lui faut un sérieux coup de main.

Que devient le bois des arbres abattus ?

Les centaines d’arbres renversés par les tempêtes ne sont pas abandonnées sur place. Dans cette forêt domaniale gérée par l’Office national des forêts (ONF), les bois sont d’abord exploités selon leur qualité. Les plus beaux résineux (20-25 ans) deviennent des bois d’œuvre destinés à la charpente ou à la construction, tandis que les sujets les plus âgés sont orientés vers l’industrie papetière. Une fois les coupes réalisées, commence un long travail de remise en état des pistes, puis de reboisement. Une part importante des recettes issues de la vente du bois (40 % environ) est d’ailleurs réinvestie dans ces plantations. Désormais, les forestiers privilégient des peuplements plus diversifiés, mêlant résineux et feuillus, ce qui a permis l’apparition d’un cèpe endémique et unique en son genre. L’objectif est de rendre le massif plus résilient et résistant face aux incendies, aux tempêtes et au changement climatique. Mais il reste encore beaucoup à faire…

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https://www.midilibre.fr/2026/07/12/foret-des-ecrivains-combattants-dans-le-massif-de-lespinouse-une-memoire-debout-malgre-les-tempetes-13451000.php

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