Le groupe Suez déploie, à la station d’épuration de Béziers, un laboratoire unique en France pour tester, en conditions réelles, les solutions de purification de l’eau afin de produire une eau recyclée de très haute qualité qui pourrait servir à de nombreux usages.
« Aujourd’hui, le réchauffement climatique est une réalité du quotidien. Il est urgent d’agir pour assurer la disponibilité de l’eau sur le territoire. Il ne faut pas se contenter d’être visionnaire mais il faut lancer des projets pour être prêts à affronter le stress hydrique auquel les territoires sont déjà confrontés », explique Antoine Bréchignac, directeur régional des activités Eau de Suez. Et le Biterrois, terre d’agriculture et de tourisme consommatrice d’eau par définition, ne déroge pas à la règle.
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Le territoire pionnier en matière de sobriété
Il poursuit : « Il est vrai que les collectivités héraultaises sont pionnières en matière de sobriété. Elles ont commencé il y a 15 ans en nous fixant des objectifs ambitieux sur le sujet. Nous avons, par exemple, réduit de 40 % en moyenne sur 15 ans, les pertes sur le réseau d’eau potable que nous gérons sur l’Hérault. Mais aujourd’hui, la sobriété ne suffit plus. Il faut développer des nouvelles ressources en eau. Dont la réutilisation des eaux usées traitées. »
C’est dans ce contexte que le groupe Suez expérimente à la station d’épuration de Béziers des technologies d’avenir pour “produire” une eau recyclée de très haute qualité sanitaire et environnementale à partir des eaux usées du territoire. Une qualité au-delà des exigences les plus strictes actuellement prévues par la réglementation française, pour anticiper l’autorisation de futurs nouveaux usages.
« L’enjeu est d’élargir le champ des possibles »
« L’enjeu est d’élargir le champ des possibles afin d’adapter les solutions de Réutilisation des eaux usées traitées (REUT) aux besoins du territoire. Les résultats de ces travaux contribueront à faire évoluer l’approche de REUT, en France comme à l’étranger, indique Antoine Réchignac. L’enjeu est d’utiliser la bonne technologie, au bon niveau, pour le bon usage. »
Il faut savoir qu’en France, environ 1 % des eaux usées traitées sont réutilisées (le reste est rejeté dans les milieux naturels), contre 12 % en Espagne, 8 % en Italie et jusqu’à 95 % en Israël. Béziers depuis 2024 utilise une petite partie des eaux usées traitées pour arroser les espaces verts et nettoyer les voiries de la ville.
Mais élargir le champ des réutilisations possibles sur un territoire identifié implique une haute qualité adaptée à l’objectif en travaillant sur des solutions de purifications adaptées, elles aussi, aux caractéristiques du territoire.
Une expérimentation en conditions réelles
Parmi elles, le traitement par charbon actif est particulièrement adapté pour les micropolluants, notamment certains PFAS. Le système de l’osmose inverse permet, lui, d’agir sur la salinité de l’eau et la présence de contaminants. Ainsi, là où les procédés classiques peuvent entraîner des pertes d’eau au cours du traitement, ce pilote permet de récupérer 90 à 95 % de l’eau traitée. Ce procédé utilisé par le laboratoire Suez de Béziers vise à tester, en conditions réelles, différentes solutions de traitement, pour épurer l’eau, mais aussi mesurer l’impact environnemental de ces traitements à travers la consommation d’énergie ou le volume d’eau recyclée disponible en sortie de traitement.
Ce projet Suez bénéficie d’un financement de l’État dans le cadre du plan France 2030 opéré par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).
Un projet pour sécuriser la ressource
Les sécheresses sont toujours plus précoces, longues, fréquentes et intenses, notamment sur certains territoires français comme le nôtre. Dans ce contexte, l’Agglo a aussi confié à Suez la réalisation d’une étude visant à préserver durablement la ressource en eau. Il faut savoir que le Biterrois s’appuie principalement sur l’Orb et les nappes souterraines associées (comme la nappe astienne). Suez va donc expérimenter un pilote (machine) d’infiltration qui permettra de “produire” une eau qui pourra être injectée dans l’aquifère pour compenser la baisse de son niveau lors de la période critique d’étiage (la période où l’eau est la plus basse). Une première en France. Sur le site de la station d’épuration, un pilote d’infiltration va être construit autour d’un bassin de 50 m3 pour la réalisation de cette expérimentation à petite échelle. Le protocole de suivi élaboré par les scientifiques de Suez reposera notamment sur des mesures régulières de niveau d’eau et des analyses physico-chimiques et microbiologiques. Il s’appuiera sur l’expertise de scientifiques indépendants mobilisés au sein d’un comité scientifique. « Une année hydrologique complète d’expérimentation est prévue, indique Antoine Bréchignac, le directeur régional des activités Eau de Suez. Un bilan de fin d’expérimentation permettra de conclure sur l’impact du dispositif et les conditions nécessaires pour un éventuel passage à l’échelle réelle. » Le dossier est en cours d’élaboration, pour un démarrage de l’expérimentation prévu en janvier 2027.
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