Pour la troisième fois, un classement des eaux de baignade indépendant en France a été publié par l’association Eaux et rivières de Bretagne ce 12 mai. Élaboré avec les prélèvements à partir de données publiques, il définit quatre seuils : de « à éviter » à « recommandé ».
C’est un palmarès différent des « Pavillons bleus » qui seront dévoilés dans quelques jours : « La belle plage » a été publié le 12 mai , un classement des eaux de baignade établit par l’association Eaux et rivières de Bretagne . L’association membre de France nature environnement actualise pour la troisième fois sa carte réalisée en 2024. Selon elle, 36% des plages françaises sont « recommandées », près de 19% sont « déconseillées » et 3% sont « à éviter ».
Eaux et rivières de Bretagne se base sur des données publiques, celles de l’Agence européenne de l’environnement, mais propose une interprétation différente de celle des agences régionales de santé. La carte « vise à informer les baigneurs », précisent les rédacteurs du projet, alors qu’une plage sur cinq est régulièrement polluée par des bactéries. Les investigations d’abord menées dans le Finistère nord se sont élargies à la Bretagne puis à la France entière et conduisent donc à cette carte expliquée en plusieurs langues, en français, anglais, allemand et breton.
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Cette carte est sous licence ETALAB 2.0. Il s’agit d’une version transformée et ne saurait engager la responsabilité du producteur initial. La carte originale se trouve sur le site de La belle plage.
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Quelle méthodologie ?
L’association Eaux et rivière de Bretagne se base sur les prélèvements d’eau de mer des agences régionales de santé sur les quatre dernières années, données qui se trouvent sur le site de l’agence européenne de l’environnement. Les prélèvements sont réalisés pendant la saison estivale, avec quatre à 14 prélèvements réalisés entre les mois de juin et septembre. Deux paramètres microbiologiques sont évalués : les concentrations d’Escherichia coli (EC) et d’entérocoques intestinaux (EI). L’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, les classe ensuite en fonction du risque sanitaire : de bon (pas de risque notable), à moyen, voire mauvais, précise l’association.
L’association classe ensuite les plages en quatre catégories :
- 🔵 Recommandé : au moins 95 % de prélèvements classés « bon », aucun « mauvais »
- 🟢 Peu risqué : plus de 85 % des prélèvements classés « bon »
- 🟠 Déconseillé : entre 85 % et 70 % de prélèvements classés « bon »
- 🔴 À éviter : moins de 70 % des prélèvements classés « bon »
Pour Eaux et rivières de Bretagne, « les baigneurs peuvent se baigner en confiance si la note est supérieure ou égale à 95 (recommandé), et avec un risque limité si la note est supérieure ou égale à 85 (peu risqué). »
67% des prélèvements sans contamination en France
Par ailleurs, l’association a compté le nombre de prélèvements où aucune contamination n’a été décelée au cours des quatre dernières années, cela concernait 67 % des prélèvements en France en 2024 (sachant qu’il peut y avoir plusieurs prélèvements par plage). Quelque 12% des plages françaises ont obtenu 100% de « bons » prélèvements au cours des quatre dernières années ont été relevés sur les plages de Trescao à Trégunc (Finistère), la plage du Gros Jonc aux Portes-en-Ré (Charente-Maritime), Carcans océan en Gironde, Santocha et Preventorium au Pays Basque, la plage de la Vieille Église à Barneville-Carteret (Manche), la plage du Val à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), Pen Bron (Loire-Atlantique), les Cabanes à Fleury (Aude), Baracatoggio à Nonza (Corse), l’Anse de Bonnieu à Martigues (Bouches-du-Rhône), la Gaillarde à Roquebrune-sur-Argens (Var), le Grand travers à la Grande-Motte (Hérault), le Mas Larrieu à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), Cap de Lomy à Lit-et-Mixe (Landes)…
À l’inverse, deux plages ne dépassent pas la note de 40/100 à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais) et à Saint-Laurent-du-Var (Alpes-Maritimes) et sont classées comme « à éviter », d’autres sont en dessous de 50, au Portel (Pas-de-Calais) et à Mimizan (Landes).
Des pollutions venues des terres
Mais, « ce qui est anormal, ce n’est pas qu’il n’y ait pas de traces de pollution », rappelle à ICI Christophe Le Visage, référent sur le sujet à Eaux et rivières de Bretagne, « ce qui est anormal, c’est qu’il y en ait ». Ces pollutions ne viennent quasiment pas de la mer, « les bactéries ne subsistent que quelques heures dans l’eau », mais des terres : assainissement insuffisant ou trop ancien, notamment en zone urbaine, mais aussi fortes fréquentations touristiques et élevages, notamment en Bretagne. C’est lors des forts épisodes pluvieux que ces effluents se retrouvent en mer. Cela explique aussi que deux plages voisines peuvent avoir des résultats différents, si elles ne se trouvent pas sur le même bassin versant.
Il estime également qu’avec les prélèvements existants, « on loupe trois pollutions sur quatre ». Christophe Le Visage estime qu’il faudrait faire des prélèvements tous les deux jours plutôt que quatre à quatorze par an. Il y a peu de pollutions constantes, sauf pour certaines plages urbaines.
Pourquoi les plages ne sont pas notées de la même façon
Ce classement est donc différent du classement européen, avec les catégories excellent, bon, suffisant et insuffisant. La différence d’interprétation des résultats se trouve sur le site officiel Eaux de baignade : « Les eaux de qualité insuffisante peuvent rester temporairement conformes à la directive si des mesures de gestion sont prises telles que : l’identification des causes de cette mauvaise qualité, des mesures pour réduire la pollution, l’interdiction ou l’avis déconseillant la baignade. Cependant, si la qualité des eaux est de qualité insuffisante pendant cinq années à la suite, une interdiction ou un avis déconseillant la baignade de manière permanente doit être prononcé et il est considéré que ces eaux sont définitivement non conformes. »
C’est cette méthode qui est fustigée par Eaux et rivières de Bretagne. « Nous avons soulevé une affaire préoccupante, celle du ‘tripatouillage’ de l’utilisation des résultats d’analyses des eaux de baignade », expliquait en 2023 l’association qui venait de faire condamner l’agence régionale de santé Bretagne à corriger son classement des eaux de Bretagne dans la région , rappelait ICI Armorique. L’ARS était accusée d’avoir « manipulé » ce classement, d’avoir retiré du classement les pollutions à court terme, liées notamment à la pluie, pour réduire les chiffres de pollution sur les plages bretonnes. « L’information des usagers est parfois inexistante, trop souvent peu visible et n’est jamais transparente », estime l’association, qui estime que , « trop de données publiques sont écartées sans raison valable pour obtenir des résultats conformes à la baignade. D’autres ne sont pas mises à jour alors qu’elles le devraient. Trop d’élus, décideurs, organismes de promotion du tourisme ne prennent pas ce sujet à bras le corps. »
Un classement « complémentaire » mais une méthode décriée par l’ARS Bretagne
« On est passé au-delà de cette affaire », précise Christophe Le Visage, d’Eaux et rivières,« l’ARS ne fait plus cette erreur, elle n’enlève plus ces épisodes quand elle n’en a pas d’explications. Le classement est désormais honnête. Les insuffisances sont le classement en lui-même, le nôtre est complémentaire. »
Pour l’agence régionale de santé Bretagne , il s’agit d’un « classement alternatif non officiel » . Selon les autorités, « il laisse à penser à tort que les sites de baignade « déconseillés » ou « à éviter » sont de mauvaise qualité alors qu’ils peuvent être classés « bons » ou « suffisants » au regard de la directive européenne 2006/7/CE et de la qualité sanitaire réglementaire des eaux de baignade qui en découle ». L’ARS renvoie vers le classement officiel des eaux de baignade sur le site du ministère de la Santé.
Eaux et rivières souhaiterait également plus de communication des autorités sur la qualité des eaux de baignade, mais également que les municipalités s’en saisissent davantage, même si ce n’est pas forcément une bonne publicité : l’association demande à ce que les arrêtés lorsque les plages sont fermées soient plus visibles, que le pavillon violet soit systématiquement hissé, que les policiers municipaux viennent sur les plages empêcher les gens de se baigner.
Elle rappelle aussi que depuis deux ans et le premier classement, « des municipalités ont bougé », et cela se remarque sur la nouvelle carte. Elles ont pris contact pour se plaindre, ont écouté les arguments et modifié l’assainissement.
Une différence avec le classement des Pavillons Bleus
Le classement des Pavillons bleus , qui flottent au bord des plages et des ports de plaisance depuis 40 ans, est encore différent, et prend en compte les mesures de gestion. Il découle d’une démarche volontaire des communes autour d’une trentaine de critères pour les ports, 10 de plus pour les plages, incluant des visites sur site : « Eau et assainissement, biodiversité, sécurité, gestion des déchets, éducation et formation au développement durable, accessibilité, sobriété, … » Les communes doivent verser des frais de candidatures et des frais de dossiers depuis 2001 , ils se montent de quelques centaines d’euros à 2.900 euros par candidature.
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