En marge du festival qui visibilise notamment la guerre à Gaza, la mairie de Perpignan dans les Pyrénées-Orientales ouvre, en septembre 2025, sa propre exposition sur les massacres du 7 octobre en Israël. Partiellement consulté, le photographe exposé dénonce l’instrumentalisation politique de ses photos, dont certaines légendes sont erronées.
L’affiche du festival, son code couleur, au même moment, au même endroit… À l’entrée de l’Hôtel de Ville, les visiteurs s’y trompent : ils pensent découvrir l’une des 25 expositions du festival Visa pour l’image, en cours à Perpignan.
« Israël, les massacres du 7 octobre 2023 » est pourtant une exposition indépendante. Si indépendante que même le directeur du festival, Jean-François Leroy, a appris son existence en même temps que le grand public, quand l’unique artiste exposé, lui, regrette la récupération politique de son travail. Explications.
Commandée par le maire de la ville, Louis Aliot (RN), l’exposition rappelle à nos yeux les terribles massacres du 7 octobre 2023, perpétrés par le Hamas sur le sol israélien. « C’est un rappel important sur le début de ce conflit. On ne peut pas parler de Gaza si on ne parle pas du massacre du 7 octobre », estime l’élu RN au micro de notre journaliste, Júlia Taurinya.
Louis Aliot semble en effet gêné par le fait le célèbre festival de photographie, fierté historique de sa ville, visibilise la guerre à Gaza, parmi d’autres conflits en cours sur le globe. L’année précédente déjà, le cadre du rassemblement national avait refusé de remettre le prix du Visa d’Or de la ville au photographe gazaoui Loay Ayyoub, l’accusant d’être « au soutien du Hamas ».
Cette année, l’élu fait renaître la polémique en organisant une contre exposition, sans concertation aucune, avec les organisateurs de Visa pour l’image. Justifiant ainsi sa démarche : « Le festival a sa programmation sur laquelle je n’interviens pas, mais je n’interdis pas à la mairie de faire des expositions en toute liberté ».
En toute liberté, la ville a donc choisi le travail de Maël Benoliel. Ce journaliste franco israélien couvre l’actualité du Proche-Orient pour des médias français depuis 2011. Quand il est contacté par le Collectif du 7 Octobre, intermédiaire entre la mairie et lui, on lui propose de participer à l’exposition de plusieurs photographes ayant documenté les massacres.
Photo de Maël Benoliel exposée à l’hôtel de ville de Perpignan. • © Frédéric Savineau – France Télévisions
Maël Benoliel accepte sans se renseigner sur la couleur politique de la ville, dit-il dans une interview accordée à France 3. « Il s’est passé plusieurs mois sans avoir de nouvelles. Soudainement, tout s’est accéléré cet été et cette exposition a fini par avoir lieu. »
N’ayant pas été invité au vernissage, le journaliste découvre alors le pot aux roses à distance, sur les réseaux sociaux : il est en fait le seul photographe exposé. En outre, certains de ces clichés semblent avoir été mal interprétés. Sous sa photo d’un combattant terroriste du Hamas abattu, mort et gisant sur le sol, il est par exemple inscrit « Victime du Hamas » en légende.
Des erreurs, pour le moins un manque de rigueur, qui auraient été évitées si l’on avait davantage consulté Maël Benoliel au cours des préparatifs. « Ma démarche est purement journalistique, voire artistique », a répété plusieurs fois le photographe. « Là où je me suis senti en quelque sorte berné, c’est par la récupération politique qui a été faite de cette exposition ».
Photos de Maël Benoliel exposée à l’hôtel de ville de Perpignan. • © Frédéric Savineau – France Télévisions
D’après Louis Aliot, le collectif du 7 octobre envisage de déplacer l’exposition dans d’autres villes du sud de la France. Toulouse a été citée en exemple. C’est aussi le souhait de Maël Benoliel, qui aimerait voir son travail dépolitisé.
Il serait opportun que cette exposition voyage dans des mairies qui ne sont pas estampillées RN. Je crois qu’il est nécessaire que les gens de Perpignan et d’ailleurs puissent être informés de ce qu’il s’est passé le 7 octobre sur le territoire israélien.
Maël Benoliel, photojournaliste en Israël
Environ 1200 personnes ont péri dans l’attaque du 7 octobre. Sur les 251 personnes enlevées par le Hamas, 49 restent retenues dans l’enclave selon un décompte de l’AFP. Parmi elles, 27 sont présumées mortes par les autorités israéliennes. Depuis ce jour et l’invasion israélienne, 60 000 personnes ont été tués à Gaza. 80% sont des civils.
