16 000 hectares brûlés par l’incendie historique de l’Aude, et autant de surface à faire expertiser désormais pour obtenir réparation. Les agriculteurs croulent sous les démarches pour être indemnisés après la catastrophe naturelle. Des associations les accompagnent. L’État leur a promis une enveloppe de huit millions d’euros.
Sur la parcelle, le vert des vignes saines se mélange désormais à l’ocre de celles, nombreuses, qui ont brûlé.
Gaëlle Richter, vigneronne à Fontjoncouse (Aude), a vu une bonne partie de son exploitation partir en fumée lors de l’incendie qui a parcouru 17 000 hectares dans l’Aude, début août.
Depuis, c’est le branle-bas de combat pour être indemnisée pour ces pertes.
« Sur cette parcelle, l’expert peut considérer qu’une grosse partie est préservée, plus de 50 % », décrit Gaëlle Richter. « Le problème, c’est qu’il y a des pieds morts un peu partout, avec un taux de manquement considérable. »
Sur la parcelle, une bonne partie des vignes est carbonisée. • © FTV – Paul Jorge
La vigneronne décrit trois cas de figure. Certaines vignes ne manifestent aucune repousse depuis trois semaines, preuve que « tout est carbonisé ». Dans ce cas, son assurance prendra en charge la perte de récolte, mais pas les frais d’arrachage, de dépalissage et de replantation.
Si c’est trop endommagé, on va être obligé d’arracher, et là c’est pour notre pomme.
Gaëlle Richter
Deuxième cas, pour les vignes dont les fûts montrent des signes de survie, l’assurance doit encore décider du niveau d’indemnisation.
Certaines vignes n’ont été que partiellement brûlées. • © FTV – Paul Jorge
Enfin, pour celles dont les feuillages et les grappes sont intactes, « l’assurance va se désister complètement », ajoute l’agricultrice, considérant qu’elles sont encore vendangeables. Seul problème : contaminées par le goût de fumée, le vin qu’elles produiront « ne sera plus apte à la consommation ».
Dans l’immédiat, la vigneronne a beaucoup de démarches à effectuer pour prétendre à une indemnisation. « C’est à nous de tout déclarer auprès de la MSA, des douanes, de la chambre d’agriculture, de notre banque, de nos comptables et de l’assurance », liste Gaëlle Richter.
Gaëlle Richter doit contacter son assurance, sa banque, la chambre d’agriculture… pour tenter d’obtenir des indemnisations. • © FTV – Paul Jorge
Lister tout le matériel détruit, retrouver les factures et faire constater les dégâts par des spécialistes… Cette charge administrative allonge les journées de l’agricultrice, déjà très chargées. « Ce sont des heures de travail, alors que je suis déjà à 18 heures en cave pour rentrer un maximum de raisin. »
Avec tout ça, Gaëlle Richter n’a pas le temps de se rendre aux réunions d’information aux sinistrés, comme celle organisée ce lundi 25 août 2025 par une association.
Une réunion d’information aux sinistrés a été organisée par une association. • © FTV – Paul Jorge
Dans l’assemblée, chacun dresse le bilan des pertes. « Deux tracteurs, une récolteuse, une planteuse, une remorque… Ça fait 120 000 euros », compte un exploitant de plantes aromatiques. Pour cette autre vigneronne, c’est « le domaine familial, un tractopelle et un tracteur » qui ont brûlé.
On s’interroge sur chaque pied de vigne traversé par un nuage de fumée, sur chaque plante possiblement atteinte par du produit retardant.
Chaque situation est singulière suite aux incendies. • © FTV – Paul Jorge
« Chaque cas est particulier, et les procédures sont complexes », résume Fabrice Barthélémy, directeur général du Fonds de Solidarité aux Sinistrés. Sur cette base, l’association délivre comme elle peut des conseils aux sinistrés.
Mais la situation reste « flou », pour Benjamin Herpe, vigneron. « Aujourd’hui on nous parle de pertes de fonds, de pertes de raisins sur les souches… »
On nous parle de beaucoup de choses, mais nous on attend une réponse concrète d’une somme d’argent.
Benjamin Herpe, vigneron
Au-delà de l’accompagnement, l’association promet un soutien financier, dont les critères ne sont pas encore définis.
De son côté, l’État a débloqué un fonds d’urgence de huit millions d’euros. Les demandes d’aide peuvent être déposées à partir du 1er septembre.
Écrit avec Olivia Frisetti.
