En Biterrois, les vins bio séduisent mais les vignerons n’ont pas tous le sourire

Alors que le salon Millésime bio bat son plein à Montpellier, si certains vignerons du Biterrois ne regrettent pas d’avoir franchi le pas du bio, d’autres souffrent d’un marché qui a tendance à stagner.

Coûts de production, nombre de bouteilles en stock, hectares de vignes, hectolitres… Un sourire aussi triste qu’amer au bord des lèvres, Marc Royo, du domaine Emile et Rose, à Corneilhan, égrène chiffres, nombres et statistiques. À l’heure où le salon Millésime bio de Montpellier bat son plein et où ses organisateurs martèlent que les vins bio ont le vent en poupe, le vigneron de Corneilhan fait grise mine : « Je suis triste et malheureux car je suis convaincu que produire du bio, c’est ce qu’il faut, assure le vigneron qui peine à joindre les deux bouts. Mais on nous a abandonnés après nous avoir encouragés à s’engager dans la démarche… »

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« De 20 000 à 70 000 bouteilles puis… »

Marc Royo a repris le domaine Emile et Rose en 2018. La propriété ne produisait que du bio depuis les années 2000 : « 10 hectares et 20 000 bouteilles, raconte le vigneron. Tous les voyants étaient alors au vert. C’était un petit domaine qui avait énormément de potentiel. » Le vigneron investit alors et étend son vignoble sur 34 hectares. L’avenir est florissant. En rendement moyen, sur les cépages méditerranéens qu’il cultive, il s’appuie sur une production de 35 hectolitres par hectare. 70 000 bouteilles sortent de sa cave « dont 25 000 qui partent à l’exportation vers les États-Unis, 35 000 sur Paris et 10 000 dans le reste de la France. »

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Le coup de frein du Covid

Le Covid-19 mettra finalement un grand coup de frein à la production du vigneron. Le commerce vers l’étranger s’enraye. L’inflation du coût des matières première, dès le début de la guerre en Ukraine, porte l’estocade. Le domaine se retrouve avec un stock de 100 000 bouteilles à écouler : « Dès la première année, nous avons perdu 300 000 € de trésorerie, raconte Marc Royo. En 2022, nous avons vendu l’hectolitre de vrac à 85 € eu lieu des 180 à 200 € habituels. Sachant que pour nous, le coût de production est de 160 € l’hectolitre. Nous avons perdu 100 000 € en 2022. Le marché du bio s’est effondré. »

Pour faire face à la crise, Marc Royo décide d’arracher 14 hectares. Il en a conservé dix en bio et vinifie les dix autres en conventionnel (non bio), en cave coopérative : « Nous nous sentons abandonnés par les collectivités, l’État et les syndicats… » martèle-t-il à regret. Aujourd’hui, notre objectif est de ne pas gagner de l’argent mais de ne pas en perdre. »

« Nous ne regrettons pas d’être passés en bio »

Au domaine Chamboredon, à Béziers, installés depuis 2002, Guillaume et Vanessa ont basculé en bio en 2018. Ils cultivent 11 hectares de vignes, vinifiés en cave particulière. D’abord cubis et vrac vendus aux négociants en vin, ils se sont ensuite tournés vers la production de bouteilles. Ils en produisent, chaque année, entre 25 000 et 30 000 en moyenne, concédant que la tâche n’est pas toujours facile. Ils assurent ne « pas regretter notre choix, même si c’est parfois compliqué par rapport à la culture de la vigne, car il faut suivre un certain cahier des charges contraignant et qu’il faut beaucoup de travail manuel. Lorsque l’on passe tout notre temps dans les vignes, on n’est pas en train de vendre la production… Notre but est d’augmenter le chiffre d’affaires afin justement de pouvoir embaucher pour nous consacrer un peu plus à la vente. »

Le domaine Chamboredon vend la majeure partie de sa production chez les cavistes. Cette année, donc, Guillaume et Vanessa ont décidé de ne pas participer au salon Millésime bio. Leur but : économiser la participation à l’événement afin de miser ultérieurement sur une démarche commerciale. « Les cavistes et les grossîtes représentent 90 % de nos ventes, explique Guillaume Chamboredon. En mars, nous irons donc à la rencontre des cavistes de nouvelles régions pour leur présenter nos vins. » « Quand on est petit comme nous, le contact est important, assure Vanessa, sa compagne. D’autant que le marché se resserre, notamment au niveau de l’international et que la vente du vrac en bio s’est complètement effondrée. C’est d’ailleurs pour cette raison que depuis deux ans, nous avons arrêté de produire du vrac. Il faut se battre. »

« Le bio, une philosophie »

Du côté d’Anne-Laure Gauch et de Sébastien Borras, du domaine du Nouveau monde, à Vendres, le moral est au beau fixe. La production du couple, qui participe au salon Millésime bio et travaille 20 hectares de vigne a été labellisée en 2020. Il ne regrette nullement cette conversion : « Passer en bio n’a pas été un pari, c’est une philosophie, un respect environnemental, une envie de travailler proprement, explique, enthousiaste, la vigneronne. Nous étions déjà dans la démarche, nous mangions bio et buvions bio. Nous ne l’avons pas fait dans le cadre de la recherche d’une valorisation pécuniaire. Et nous sommes ravis. Cela nous a permis de pénétrer des marchés que nous n’avions pas, comme des commerces bio. Des clients que nous avions, avant de passer en bio, nous ont aussi suivis. »

Au niveau des coûts de production, Anne-Laure Gauch assure qu’ils sont « quasiment identiques à du conventionnel. Sachant que nous avons été subventionnés pour l’achat de matériel. Là où cela coûte plus cher, c’est en termes d’investissement humain. Nous n’avons pas augmenté nos tarifs. Si c’était à refaire, nous le referions. »

« Le bio ne fait pas le goût »

 Le vin bio intéresse particulièrement les cavistes. Au-delà des amateurs de ce critère, qui ne sont pas particulièrement légion, ils apprécient vendre des produits qu’ils savent, très souvent, travaillés avec soin. « Le bio est un label qui aide les vignerons à vendre leurs vins sur certains marchés, analyse Cyrille Romero des Caves Notre-Dame à Béziers. Quand le bio est sorti sur le marché, il y a eu une ruée sur ces vins, c’est vrai. Ce n’est plus trop le cas, aujourd’hui. Souvent, ceux qui en demandent aujourd’hui se rassurent avec le label bio mais méconnaissent, en général, le travail du vigneron. Sachant que le bio ne fait pas le goût. » Le caviste explique toutefois que 80 % des vins vendus sont labélisés dans sa boutique où il compte 1 200 références : « Lorsque nous faisons notre sélection, nous ne regardons pas si ce sont des vins bio ou pas mais il s’avère, qu’en général, ils le sont, précise Cyrille Romero. L’important, pour nous, est le rapport prix/plaisir. Le critère reste le vin et pas le label. »

https://www.midilibre.fr/2025/01/29/en-biterrois-les-vins-bio-seduisent-mais-les-vignerons-nont-pas-tous-le-sourire-12473675.php

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