Un policier municipal de Carcassonne, également membre du service de sécurité du RN, s’est filmé par erreur tenant des propos racistes, misogynes, complotistes, d’une violence inouïe. La révélation de l’affaire par nos confrères de Midi Libre, provoque une vague d’indignation et des appels à sa suspension. Une enquête est ouverte.
« C’est un bougnoule qui pue le kebab », « Bicot », « Nègre », pendant six heures un policier municipal de Carcassonne (Aude) s’est filmé par inadvertance avec sa caméra piéton et a tenu des propos d’une extrême violence. Des extraits d’une durée de cinq minutes au total ont été diffusés par nos confrères de Midi Libre, qui ont enquêté sur le profil de ce policier.
Les faits remontent au 6 novembre 2025. Le policier municipal mis en cause active la caméra individuelle qu’il porte sur son uniforme, pour vérifier son fonctionnement. Mais il oublie de l’éteindre. Durant les six heures de cette patrouille de nuit, il va enchaîner les propos racistes, misogynes, transphobes, complotistes et antidémocratiques.
Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Carcassonne depuis le mois de janvier 2026.
Le policier mis en cause est décrit comme très proche du RN et de son service d’ordre. Ancien parachutiste, C.R. participe au Département protection sécurité (DPS) du Rassemblement national et a notamment assuré la sécurité de Jordan Bardella lors de déplacements dans l’Aude. L’article de Midi Libre souligne également sa proximité avec le nouveau maire RN de Carcassonne, Christophe Barthès.
Jordan Bardella déambule aux côtés de Christophe Barthès à Carcassonne, le 7 septembre 2026, pendant la campagne des municipales. • © LUDO CHARLES / Hans Lucas
Selon nos informations, le quinquagénaire soupçonné d’avoir tenu ces propos, aurait également assuré la sécurité de Marine Le Pen lors d’un déplacement à Narbonne en 2022.
Marine Le Pen, candidate à l’élection présidentielle de 2022, photographiée à Narbonne le 8 avril 2022, pendant sa campagne. • © LIONEL BONAVENTURE / AFP
Son activité autour du RN s’est poursuivie malgré un arrêt maladie et après son retour à la police municipale. Selon Midi Libre, le policier, en arrêt maladie de janvier à mars 2026, aurait effectué sur cette période des missions de garde du corps, notamment pour le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, lors d’un déplacement à Agde en février.
Le président du RN Jordan Bardella en déplacement à Agde le 7 février 2026, lors de la campagne des municipales, en soutien au candidat local Aurélien Lopez-Liguori. • © SYLVAIN THOMAS / AFP
Il serait retourné en poste le 16 mars 2026, au lendemain du premier tour des élections municipales. Le 22 mars, jours de l’accession au pouvoir du maire Rassemblement National Christophe Barthès, le policier est en fonction, juste derrière le nouvel édile.
La Ville de Carcassonne condamne, dans un communiqué ce mercredi 9 septembre 2026, les propos racistes tenus par un policier municipal. Près d’un an après les faits, le maire et l’ensemble de la municipalité qualifient « les propos racistes qui y sont tenus » d’ »inacceptables » et affirment vouloir que les responsabilités soient établies.
COMMUNIQUÉ DE PRESSE
9 septembre 2026
La Ville réagit face aux propos à caractère raciste tenus par un policier municipal en 2025. ⬇️ pic.twitter.com/9tDgDYlg9P— Ville de Carcassonne (@CarcaInfos) September 9, 2026
Dans ce communiqué, la Ville s’indigne, tout d’abord, des conditions dans lesquelles les vidéos ont été récupérées et diffusées. Elle affirme que la caméra individuelle à l’origine des images avait été « dérobée », et soulève donc des « interrogations » sur la manière dont les vidéos ont ensuite été récupérées puis rendues publiques.
La municipalité actuelle – le maire RN Christophe Bartès a été élu en mars 2026 – insiste sur le fait que les images datent de 2025 et que les faits se sont déroulés « sous la précédente municipalité ».
La Ville affirme avoir engagé « une remise à plat du fonctionnement de la police municipale » depuis mars 2026 sans préciser quelles mesures auraient été prises.
Au sujet de sa place de garde du corps pour le Rassemblement National, le parti a annoncé son exclusion immédiate « du parti et de toutes ses fonctions bénévoles, notamment au sein du service d’ordre » à France Télévision.
Depuis la publication de ces images, les réactions sont nombreuses sur les réseaux sociaux et dans la presse. Sophie Mazas, avocate et représentante de la Ligue des droits de l’Homme dans l’Hérault, s’indigne de ce discours haineux : « Les masques tombent, c’est la fin de l’apparence du respect de la démocratie que se donnent les extrêmes droites, dès lors qu’elles arrivent au pouvoir », affirme-t-elle.
L’avocate déplore le retour en poste du policier lors de l’arrivée du Rassemblement national à la mairie et demande sa suspension immédiate. « Il ne faut pas que les citoyens aient peur de regarder la réalité en face. Il faut regarder ce qui se passe dans les villes RN », s’indigne Sophie Mazas. L’association n’exclut pas une constitution de partie civile en cas d’évolution de l’enquête.
« Nous Carcassonne », collectif humaniste et féministe de la cité médiévale a également réagi : « On est nombreux à avoir honte de ce qu’est devenue Carcassonne. Depuis hier, beaucoup de personnes réagissent, on sent le climat de défiance et de méfiance envers la municipalité, le dégoût de voir les valeurs républicaines bafouées », s’attriste Yassim El Kdim, coordinateur du collectif, auprès de France 3 Occitanie.
Beaucoup de nos concitoyens ont peur de la police, ce genre de fait les conforte dans cette crainte. C’est absolument choquant ça vient de la police qui est censée protéger tous concitoyens. Ça ne participe pas de la paix sociale.
Clara Diamant-Berger, chargée de développement SOS Racisme dans le sud de la France
Côté politique, les réactions sont nombreuses. Carole Delga, la présidente de la région Occitanie, se dit « écœurée par ces propos racistes, misogynes et ces appels à la violence de policiers municipaux de Carcassonne. » Dans un message sur le réseau social X, elle ajoute : « Quelle honte. Des sanctions doivent être prises. Porter l’uniforme, c’est servir la République. Pas la salir. »
« On ne peut pas tolérer ça », a par ailleurs réagi auprès de l’AFP Louis Alliot, maire RN de Perpignan et vice-président du parti. « Ces gens-là sont des irresponsables dangereux. Ils jettent la suspicion sur l’ensemble du corps de la police municipale. C’est évidemment un cas isolé », a-t-il assuré.
Le maire PS de Montpellier a lui aussi condamné les propos. « La gravité des propos provenant de la caméra piéton relatée par cette vidéo doit conduire à des poursuites immédiates, et des sanctions exemplaires. Il ne peut y avoir la moindre complaisance face au racisme et à la misogynie décomplexés de ce fonctionnaire dépositaire de l’autorité publique. »
Le député de la France Insoumise, Manuel Bompard à publier sur X : « Que ceux qui passent leur temps à dédiaboliser le Rassemblement national ouvrent les yeux : rien n’a changé dans ce parti infesté par le racisme et le fascisme. »
Dans cette vidéo filmée par sa caméra piéton, le chef de la police municipale de Carcassonne, membre du service de sécurité du Rassemblement national, vomit ses propos racistes, islamophobes, sexistes et homophobes.
Lui et ses collègues présents dans la vidéo doivent être… https://t.co/99ILLlgbhf— Manuel Bompard (@mbompard) September 8, 2026
Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations s’est exprimé sur RMC, demandant elle aussi la suspension du policier.
