Les pêcheurs de Méditerranée dénoncent la répartition, faite par le ministère de la Mer, des surplus de pêche au thon rouge, favorable à la façade atlantique, au détriment de la façade méditerranéenne. Ils préparent une grève en ce début septembre, face à l’accumulation des difficultés cette année.
Les pêcheurs de Méditerranée sont en colère ! Asphyxiés par le prix du gazole et la baisse de l’activité à cause de la canicule cet été, ils préparent un mouvement de grève en ce début septembre. Le dernier dossier en date concerne la pêche au thon rouge. Le ministère de la Mer a changé, début août, la répartition de cette pêche, en faveur de l’Atlantique, et donc au détriment de la Méditerranée. Une décision que les pêcheurs méditerranéens ne comprennent pas.
Pour comprendre, chaque année, les professionnels de la mer ont une quantité limitée de thon rouge qu’ils sont autorisés à pêcher. Le Ministère de la Mer établit ce quota, et depuis sa mise en place en 2009, les pêcheurs méditerranéens bénéficient de 89% de ce quota, la façade atlantique a 10%, et la pêche de loisir a 1%. En 2025, les bateaux français ont pêché moins de thon que prévu, et ils ont donc le droit en 2026 à un rattrapage.
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Une répartition soudainement déséquilibrée
« Comme on représente 89% du quota, si on a moins pêché en France, c’est principalement grâce à la bonne gestion des bateaux méditerranéens, pointe Carmen Battez, membre de l’OP du Sud, qui représente 34 navires pêcheurs de thon rouge en Méditerranée. On s’attendait donc à bénéficier de la plupart du surplus, c’était la logique. »
Mais surprise, au lieu de garder le découpage habituel, le Ministère de la Mer a attribué les deux tiers de ce surplus aux pêcheurs de la façade atlantique, et donc seulement un tiers à la Méditerranée. « Pourtant, le thon rouge représente 30% des volumes pêchés sur la côte méditerranéenne, détaille Bertrand Wendling, directeur de la coopérative Sathoan, à Sète. C’est l’espère majeure et prioritaire. »
Les petits métiers victimes
Avec ce nouveau découpage, en 2026, la Méditerranée perd 130 tonnes de thon. C’est d’autant plus impactant que ces surplus sont destinés aux petits métiers, « des bateaux de pêche artisanale, avec un ou deux marins à bord, où on pêche à l’hameçon », affirme Bertrand Wendling. Pour ces petites entreprises, quelques centaines de kilos de thon sont très importants sur le bilan comptable. Par ricochet, toute la côte est touchée, car ce sont ces petits bateaux qui font vivre les petits ports, en dehors des grandes criées.
Le Ministère de la Mer justifie son choix : avec le réchauffement climatique, les équilibres de pêche changent entre les différentes façades maritimes. En Méditerranée, on entend l’argument, « mais il n’y a pas de réciprocité, on prend à la Méditerranée pour donner à l’Atlantique, mais l’Atlantique ne peut rien nous donner en échange », pointe Bertrand Wendling. Pour cause, le thon rouge est la seule espèce commune aux deux façades.
Le quota total de pêche au thon rouge augmente
La crainte, désormais, est que cette nouvelle répartition soit appliquée aux quotas globaux (les plus de 7.000 tonnes par an). Le Ministère de la Mer a d’ailleurs refusé cet été 15 nouvelles autorisations de pêche au thon rouge à des petits métiers méditerranéens, ce qui fait dire au Comité régional des pêches d’Occitanie que l’État « veut tuer la pêche en Méditerranée ». Le Ministère de la Mer rappelle tout de même que le quota total de pêche au thon rouge augmente depuis plusieurs années en France, et que cette augmentation profite à tout le monde, en Atlantique et en Méditerranée.
Plus généralement, le secteur de la pêche se sent fragile. En plus des augmentations de prix du gazole avec la guerre en Iran, et des faibles prises cet été en raison de la canicule, les pêcheurs protestent contre les conséquences du plan West-Med, qui oblige les chalutiers de Méditerranée à adapter leur prise du merlu, et leur « fait perdre 25% de chiffre d’affaires », estime l’OP du Sud.
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