Meurtre de Federico Martin Aramburu – Entretien : « Le cerveau n’est pas prêt pour une telle violence », Shaun Hegarty témoigne de sa reconstruction et de ses attentes avant le procès

Il y a un peu plus de quatre ans, Federico Martin Aramburu était tué en plein Paris, aux côtés de son ami et associé Shaun Hegarty. À l’approche du procès de Loïk Le Priol et Romain Bouvier, qui seront respectivement jugés, à partir du 7 septembre, pour assassinat et tentative d’assassinat, l’ancien président du BO a accepté de prendre la parole. Accompagné de son avocate Véronique Massi, dans les bureaux de sa société à Biarritz, il a raconté son processus de reconstruction et livré ses attentes avant le début des audiences.

Comment allez-vous ?
Je vais bien, j’ai la chance d’être là. J’essaye de rester positif. C’est mon axe de vie, aujourd’hui. Nous étions, avec Federico, deux personnes qui essayaient d’apporter du bonheur autour de nous. Je voudrais continuer à être dans cette direction-là, même si forcément, aujourd’hui, j’ai des traits de caractère peut-être un peu plus méfiants.

Comment vous êtes-vous reconstruit ?
J’ai eu la chance d’avoir des personnes comme mes avocats – Véronique Massi et Christophe Cariou-Martin au départ – qui m’ont beaucoup accompagné. J’ai aussi rencontré des personnes assez exceptionnelles, comme Éric Blondeau (expert des mécanismes comportementaux et décisionnels, N.D.L.R.), qui comprend bien le système du cerveau. J’ai et je continue d’être suivi par une psychologue. Aujourd’hui, j’ai découvert le vrai plus de ces choses-là. Ça a été nécessaire.

Où en êtes-vous sur le plan professionnel ?
Avec Federico, nous avions fondé Esprit Basque (agence de voyage et événementiel, N.D.L.R.) en 2014. Ça me tient à cœur que cette société puisse continuer. Ce ne sera pas la même, puisque Federico n’est plus là. C’est une petite structure, nous étions complémentaires. Aujourd’hui, on essaie de faire en sorte qu’elle soit dans la même lignée que ce que nous avions voulu faire tous les deux.

Un an après les faits, vous nous aviez expliqué avoir trouvé, dans le sport, l’océan ou la montagne, une sorte d’échappatoire…
J’étais encore, le week-end dernier, en haut de la montagne avec des amis. Je vais régulièrement nager en mer, j’essaie d’être autour de mes proches, à faire des choses qui m’aèrent l’esprit et qui me permettent de me dire qu’on a la chance d’être là.

Dans votre processus de reconstruction, en quoi votre passage au BO – lequel a été mouvementé – vous a-t-il aidé à avancer ?
Pour pouvoir avancer, je me suis lancé dans des projets, notamment celui du BO. Il me tenait vraiment à cœur, car c’est mon club de cœur, dans lequel j’ai grandi, où ma famille a joué, où Federico a joué. Ce passage au BO a été, peut-être, une étape nécessaire pour moi, pour pouvoir avancer. J’en suis très content, même si ça a été difficile. J’ai appris beaucoup de choses et aujourd’hui, je souhaite le meilleur et bon courage aux gens qui sont à la tête du club.

À quoi votre quotidien ressemble-t-il depuis que vous avez quitté le BO ?
J’ai un peu plus de temps. Je reprends à 100 % la société Esprit Basque, j’ai quelques projets en tête. Je suis le BO en tant que simple supporter, que j’ai toujours été et que je resterai.

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Vous êtes-vous éloigné du milieu du rugby ?
Forcément, mais je suis attentivement les clubs que j’apprécie.

Quelles relations entretenez-vous avec Maria Aramburu ou la famille de Federico ?
Nos relations sont très bonnes. Là, nous allons passer une étape difficile pour tout le monde, mais surtout pour eux. Ce sont eux qui ont perdu un pilier de leur famille. J’ai toujours essayé de faire ce que je pouvais pour aider la famille. Il y a des gens qui ont pris un relais, avec des actions pour aider la famille et je les félicite. On a eu des gens autour du rugby, et ça me fait plaisir d’être avec vous aujourd’hui, car il y a eu une vraie entraide.

J’ai eu une dissociation. Cela veut dire qu’à un moment donné, le cerveau se bloque. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas toutes les images, elles me sont revenues.

On dit que dans la période du deuil, il y a plusieurs étapes. Où vous situez-vous ?
Je ne sais pas, je suis toujours dans la reconstruction. J’ai passé toutes les étapes de colère. Aujourd’hui, je veux juste que ça puisse apaiser, d’une certaine manière, la famille de Federico, mais je ne sais pas si c’est possible. Je veux que l’on puisse avoir un procès digne, pour lui.

Souffrez-vous toujours du manque de sommeil, comme lors des mois qui ont suivi ce drame ?
Il y a eu différentes phases. Aujourd’hui, j’ai des réveils nocturnes qui reviennent, car le procès approche. On est sur une remise en route de toute cette nuit-là. Le cerveau travaille et, de temps en temps, il m’empêche de dormir. En ce moment, c’est un peu plus difficile, mais ça va aller.

Avec le temps, que vous reste-t-il de cette soirée ?
J’ai eu une dissociation. Cela veut dire qu’à un moment donné, le cerveau se bloque. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas toutes les images, elles me sont revenues. Heureusement, tout a été filmé. Ça a permis aux souvenirs de se remettre en ordre de marche. Quand Federico a pris les balles de Romain Bouvier, pour moi, je ne pouvais pas comprendre qu’il s’agissait de vraies balles. Pour moi, il n’avait pas reçu ces balles… Je sais que c’était le cas, mais je n’arrivais pas à me dire que c’était possible. Le cerveau n’est pas prêt pour une telle violence. […] Ce n’est pas que je n’avais pas les choses. J’avais toute la scène globale, mais au ralenti. J’ai tout en tête et maintenant, il me tarde de pouvoir assister à ce procès.

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Qu’en attendez-vous ?
Cela fait quatre ans que nous attendons tous que ce procès ait lieu. C’est sûrement le temps de la justice, mais pour nous, c’est long. Je n’attends pas grand-chose, car ce n’est pas ça qui ramènera Federico, mais j’espère juste que le procès sera digne, que l’on respecte sa mémoire.

Shaun Hegarty accompagné de son avocate Véronique Massi. Midi Olympique – Pablo ORDAS

Ce procès peut-il refermer une blessure ?
Ce sera une nouvelle étape à passer, un nouveau point. Je suis accompagné de mon avocate, au travers de ces quatre années, nous avons passé différentes étapes : la confrontation, la reconstitution. À chaque fois, c’étaient des moments plus que compliqués. Je ne souhaite à personne de les vivre. Là, je sais que le procès sera une nouvelle étape difficile, mais il semblerait que ce soit la fin d’un chapitre important. Il s’agira de clore une vraie attente. Quand il y a un drame comme ça, on attend le procès pour que la justice se prononce.

Y a-t-il de la peur avant le procès ?
Moi, je n’ai pas peur. J’ai juste envie que ça se passe. Il y a certains moments où on peut être très en colère et surpris de la défense choisie par les autres. C’est vrai qu’on a eu des moments où c’était inaudible, insupportable. Ça nous met dans des états de colère, d’énervement. J’espère juste qu’on sera tous assez courageux pour passer ces moments…

Il y aura un procès pour assassinat. C’est ce que vous vouliez…
C’est ce que je crois, ce que je pense plus que tout, pas ce que je voulais.

La défense a contesté cette notion de préméditation et donc d’assassinat. Comment avez-vous accueilli ce moment-là ?
C’est leur version. Je sais ce que nous avons vécu. On en débattra au procès. On part tranquillement à l’hôtel après la première scène de bagarre, pour nous c’est fini, on est en train de marcher, de réfléchir à ce qui va se passer le lendemain… Eux en ont décidé autrement. L’un nous a couru après, l’autre est venu avec une Jeep. Ils ont des armes sur eux. Ils ont décidé de les sortir, de les utiliser.

Romain Bouvier sera jugé pour tentative d’assassinat. Loïk Le Priol pour assassinat. Les mettez-vous dans le même panier ?
Ah oui, oui. Je mets dans le panier des gens qui portent des armes, qui ont décidé de les utiliser et qui ont pris la vie de quelqu’un.

Quid de Lyson R., la compagne de Loïk Le Priol, qui sera jugée pour complicité de tentative d’assassinat ?
Je constate juste qu’à différentes étapes de la soirée, avant, pendant et après, elle a accompagné.

Avec une forme de conscience ?
Je ne peux pas le savoir. En tout cas, elle les a clairement accompagnés.

Comment se prépare-t-on à un procès de cette envergure ?
Je fais confiance à mon avocate et à l’ensemble des personnes qui sont autour de nous pour ce procès. Petit à petit, on va essayer de prendre le temps de bien tout se remémorer pour être le plus sincère et honnête possible lorsqu’on nous posera les questions et que ce sera à mon tour de parler.

J’ai l’impression que les faits, s’ils se déroulaient de la même manière, arriveraient au même point final. Tout cela me fait dire qu’ils sont dangereux et qu’ils doivent être enfermés. À aucun moment, ils ne se remettent en question.

Le procès durera trois semaines…
Oui et j’y serai tous les jours. Je serai là pour écouter, de la première phase au point final.

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Est-ce un défi logistique, aussi ?
Oui, c’est un défi logistique, professionnel, mais je ne me vois pas être autre part que dans la salle d’audience. Je veux écouter tout ce qui y sera dit. J’espère que ce procès sera digne.

Redoutez-vous ce procès par rapport à ce que la défense pourrait avancer ?
Je ne le redoute pas, mais je sais qu’il sera difficile. Je sais qu’en face, ils vont avoir des mots sur lesquels je vais avoir du mal à rester tranquille. Je sais ce qu’ils vont dire. Je pense que toute la famille aura du mal, ainsi que ceux qui participeront au procès en tant que spectateurs.

Avez-vous visionné les vidéos qui seront diffusées pendant le procès ?
Oui, dès qu’elles ont été disponibles.

Quelle peine attendez-vous pour les accusés ?
Moi, je sais juste qu’ils sont dangereux. Je l’ai vu lors des différents moments pendant lesquels je les ai croisés, que ce soit à la confrontation ou lors de la reconstitution. J’ai l’impression que les faits, s’ils se déroulaient de la même manière, arriveraient au même point final. Tout cela me fait dire qu’ils sont dangereux et qu’ils doivent être enfermés. À aucun moment, ils ne se remettent en question.

Les accusés ont-ils demandé pardon ?
Non.

Un an après les faits, vous étiez hanté par ces questions : « Pourquoi lui, pourquoi pas moi… » Avez-vous trouvé la paix par rapport à ça ?
Je ne sais pas si on peut trouver la paix par rapport à ça. En tout cas, je l’ai accepté. Aujourd’hui, je suis là. J’ai cette chance. La question que je me pose, c’est : « Est-ce que Federico ne m’a pas sauvé de quelque chose ? »

Attendez-vous une réponse par rapport à ça ?
Personne ne pourra me donner de réponse, même eux. À moins qu’ils ne disent « oui, on visait Federico », mais je ne crois pas qu’ils le diront…

Ce procès risque d’être très suivi sur le plan médiatique. Comment appréhendez-vous cet aspect-là ?
J’ai fait peu de passages médiatiques lors des quatre dernières années. Je vais en faire quelques-uns, là. Lorsque le procès sera lancé, je laisserai mon avocate et les conseils prendre le relais. Je serai, je pense, très discret.

Avez-vous pu échanger avec la famille de Federico sur leur façon de se préparer à ce procès ?
Honnêtement, pas vraiment. Chacun fait sa préparation personnelle. On ne sait pas vraiment où on va. Ce sera une nouvelle expérience pour tout le monde et on sera tous là, les uns à côté des autres.

Plus de quatre ans après les faits et à quelques jours du procès, quels sentiments vous animent ?
(Il réfléchit longuement) J’ai hâte de traverser ce moment. On l’attend depuis quatre ans et demi. J’ai envie que ce soit passé. Ce sera une étape importante pour tout le monde.

https://www.rugbyrama.fr/2026/08/30/meurtre-de-federico-martin-aramburu-entretien-le-cerveau-nest-pas-pret-pour-une-telle-violence-shaun-hegarty-temoigne-de-sa-reconstruction-et-de-ses-13521395.php

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