Dans les Pyrénées-Orientales, un agent immobilier vend la quasi-totalité de ses biens grâce à des vidéos sur les réseaux sociaux, séduisant des acheteurs de tous âges. Si cette méthode crée un nouveau lien avec les clients, la profession alerte sur les risques de voir des non-professionnels s’improviser agents.
L’immobilier traverse les crises, évolue avec le marché et doit aussi composer avec les nouvelles habitudes des acheteurs. Pour les agents, la visibilité est devenue un enjeu majeur et les réseaux sociaux offrent une vitrine accessible 24h/24, 7 jours sur 7 via un smartphone.
Avec près de 40 000 abonnés toutes plateformes confondues, Mickaël Martin, agent dans les Pyrénées-Orientales, s’est ainsi construit une véritable communauté. Avec l’aide de son vidéaste Kévin, il soigne chaque publication pour donner envie de découvrir les biens qu’il propose à la vente.
Mickaël Martin, agent immobilier (à gauche) et Kévin le vidéaste (à droite). • © Frédéric Savineau
Dans une villa de Saint-Cyprien près de la mer, la visite est minutieusement préparée. Pas question pour l’agent immobilier de filmer au hasard. Chaque séquence est pensée pour accrocher dès les premières secondes.
« L’objectif de mes vidéos, c’est qu’en 10-15 secondes, les gens puissent savoir où c’est, à quoi ça ressemble et combien ça coûte », explique Mickaël Martin.
Le professionnel surveille même les statistiques de ses publications pour voir si à moment donné les internautes décrochent. Il faut trouver le bon « hook », cette accroche qui doit retenir l’attention.
« Si jamais on les capte mal ou qu’on fait mal son introduction de la vidéo, on se rend compte qu’au fur et à mesure des secondes, on perd les personnes », poursuit-il.
Avec près de 40 000 abonnés, toutes plateformes confondues, Mickaël Martin, agent dans les Pyrénées-Orientales, s’est construit une véritable communauté. • © Frédéric Savineau
La visite virtuelle devient donc une nouvelle manière de présenter un bien. « Le meilleur angle en premier », précise l’agent. Une façon de concevoir la présentation d’un logement complètement différente de celle d’une visite classique. La vidéo est pensée pour montrer immédiatement ce qui peut provoquer le coup de cœur.
Quelques kilomètres plus au nord du département, à Claira, Mylène et Nicolas sont venus visiter une maison découverte sur Facebook. Le couple n’est pourtant pas particulièrement adepte des réseaux sociaux.
« On a vu Mickaël avec ses vidéos sur Facebook. Il présentait la maison et du coup on s’est dit : ‘elle a l’air super’. Donc on l’a contacté. Ça donne plus envie que sur Leboncoin, par exemple », raconte Mylène.
Ils ne sont pas particulièrement adepte des réseaux sociaux, pourtant c’est à travers une vidéo postée sur Instagram que Mylène et Nicolas ont eu le coup de cœur pour cette maison à Claira. • © Frédéric Savineau
Pour Nicolas, le réseau social a aussi permis de découvrir la personnalité de l’agent avant même de le rencontrer.
« Ce qui nous a plu chez Mickaël, c’était ce côté très humain, très simple », explique-t-il. Une proximité qui, selon lui, facilite ensuite les échanges et permet d’installer rapidement un climat de confiance.
De son côté, Mickaël Martin dresse exactement le même constat lorsqu’il accueille les visiteurs. « Quand le client arrive et qu’il a vu la maison en vidéo, il a déjà l’impression de me connaître », dit-il avec le sourire. Le contact se veut alors plus direct, plus spontané, et la frontière entre le commerçant et son client semble déjà en partie effacée.
En dix ans de métier, l’agent immobilier estime avoir profondément changé sa manière de travailler. Aujourd’hui, il considère être devenu aussi bien communicant qu’agent immobilier.
Et les chiffres qu’il avance témoignent de cette mutation : « Aujourd’hui, je pense que je vends entre 80 et 90 % du parc via les réseaux sociaux », indique-t-il, avec une prédominance d’Instagram, devant Facebook et TikTok.
En 2025, il estime que près de 74 % de ses ventes provenaient déjà des réseaux sociaux.
Contrairement aux idées reçues, cette clientèle n’est d’ailleurs pas uniquement composée de jeunes. Mickaël Martin affirme rencontrer de nombreux acheteurs âgés de 40, 50, 60 ans et plus.
« À partir du moment où ils ont vu la vidéo et où on a déjà fait, entre guillemets, la visite virtuelle ensemble, lorsqu’ils viennent, c’est plus que la finalité », explique-t-il. Le déplacement physique devient alors l’étape qui permet de confirmer ou non une impression déjà construite derrière l’écran du smartphone.
Pour Catherine Fondeville, présidente du Syndicat des professionnels de l’immobilier dans les Pyrénées-Orientales, les réseaux sociaux ne doivent pas faire oublier le cadre professionnel qui entoure le métier d’agent immobilier. • © Frédéric Savineau
Mais cette nouvelle vitrine numérique a aussi ses limites. Pour Catherine Fondeville, présidente du Syndicat des professionnels de l’immobilier 66, les réseaux sociaux ne doivent pas faire oublier le cadre professionnel qui entoure le métier d’agent immobilier.
Elle alerte notamment sur le risque de voir apparaître des personnes qui se présentent comme agents sans pour autant disposer du statut ou des garanties nécessaires.
« La faille de ces réseaux sociaux, c’est que n’importe qui peut se projeter agent immobilier, peut expliquer qu’il fait de l’immobilier et dire : j’ai un bien à vendre, je le présente, il est comme ci, comme ça… » Pour la Présidente du syndicat, « ça, ce n’est pas possible. »
Les réseaux sociaux sont donc en train de modifier la manière de vendre et d’acheter une maison. Ils permettent de toucher davantage de monde, de raconter un bien autrement et parfois même de créer une relation agent/client avant même la première poignée de main.
Parce que la première visite ne commence plus devant la porte, le prochain défi pour l’ensemble des professionnels de l’immobilier sera peut-être de réussir à conjuguer l’efficacité de cette vitrine 2.0 avec les exigences d’une profession réglementée et qui requiert des connaissances bien spécifiques.
