Airbus repousse la réduction du télétravail sous la pression des grèves espagnoles, les syndicats à Toulouse restent sur leurs gardes

Face aux grèves à répétition en Espagne et aux rassemblements organisés à Toulouse et Labège, la direction d’Airbus met en pause le passage à quatre jours de présence sur site prévu en septembre. Les salariés devraient conserver deux jours de télétravail hebdomadaires.

Reculade ou simple pause ? La direction d’Airbus a assoupli le durcissement des règles de présence au bureau qu’elle voulait imposer à ses cols blancs dès la rentrée. Les managers ont été informés qu’ils pouvaient laisser leurs équipes conserver les dispositions actuelles, soit une moyenne de deux jours de télétravail par semaine. La limite obligatoire d’un seul jour, initialement prévue, serait ainsi suspendue de fait, selon des sources proches du dossier. Un revirement qui concerne au premier chef la région toulousaine, où l’avionneur emploie quelque 27.000 personnes, essentiellement sur les sites de Blagnac, Saint-Martin-du-Touch, Colomiers et Labège.

« Cela semble en effet le cas, confirme Florent Veletchy, secrétaire général de la CFTC Airbus à Toulouse. Nous restons malgré tout méfiants et attentifs à la façon dont les managers agiront en septembre, date à laquelle Guillaume Faury souhaitait que cette décision s’applique. »

Car à la tête du groupe, la volonté reste la même. « Nous visons une présence accrue sur site afin d’assurer une meilleure efficacité collective, un meilleur transfert de connaissances et une prise de décision plus rapide« , a déclaré un porte-parole d’Airbus à l’agence Reuters. « Toutefois, un changement efficace nécessite d’écouter nos employés. Sur la base de leurs commentaires, nous avons décidé de mettre en œuvre cette transition de manière plus progressive« , a-t-il ajouté.

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Le projet, annoncé en juin par le PDG Guillaume Faury dans une note interne, prévoyait de faire passer la présence obligatoire de trois à quatre jours par semaine à compter du 1er septembre, pour les fonctions administratives et tertiaires, ingénieurs et informaticiens pour l’essentiel. Le dirigeant y défendait l’idée que le télétravail, vital pendant la pandémie de Covid-19 lorsqu’il fallait limiter les contacts, ne répondait plus aux besoins d’une entreprise industrielle qui conçoit des produits complexes et intègre massivement de nouveaux collaborateurs. Selon les syndicats français, entre un quart et un tiers des effectifs d’Airbus ont rejoint le groupe au cours des trois dernières années.

En Occitanie, la mobilisation était montée d’un cran dès le mois de juin. Le 25, une centaine de salariés s’étaient rassemblés sur les sites de Toulouse et de Labège, en Haute-Garonne, pour défendre leurs deux jours de télétravail. La CGT dénonçait alors des directives envoyées aux managers prévoyant des sanctions en cas de refus, et les organisations syndicales voyaient dans cette décision unilatérale une remise en cause de l’accord d’entreprise signé en 2024, valable jusqu’en 2028.

C’est toutefois en Espagne que le bras de fer est le plus dur. Les salariés y multiplient les grèves tournantes depuis juillet : selon les chiffres syndicaux, environ 40 % des quelque 14.000 employés d’Airbus dans le pays y ont participé, sur fond de revendications élargies aux transports, aux congés payés et aux salaires. Trois syndicats espagnols ont appelé à un arrêt de travail de trois heures lundi, destiné à faire voter un mouvement plus long. La production n’a jusqu’ici pas été affectée par ces perturbations, cantonnées aux fonctions support.

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Selon Reuters, l’ampleur du conflit espagnol aurait ébranlé la direction et suscité des interrogations, au sommet du groupe, sur la gestion locale du dossier. Principale conséquence visible : le responsable RH d’Airbus Espagne a été remplacé en plein cœur de l’été.

Mais l’inquiétude n’est toujours pas levée. Malgré des négociations en cours, jeudi 20 août et vendredi 21 août, entre la direction et les salariés espagnols, un nouvel appel à la grève est lancé pour lundi 24 août afin de voter la poursuite du mouvement sur une période plus longue. Une mobilisation suivie de près sur les bords de Garonne, où l’on redoute d’éventuelles répercussions sur la production toulousaine du constructeur européen.

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