Au port de Valras-Plage, les pêcheurs proposent de la vente directe de poissons tous les jours de la semaine, au retour de leur sortie en mer. Un quotidien intense et fatigant, qui dépend de ce que la météo et la mer leur offrent.
Installés le long d’un ponton sur le boulevard Dauga de Valras-Plage, les ateliers des dix derniers pêcheurs se succèdent, avec quelques locaux accoudés aux étals. Des passionnés qui, par habitude, tiennent compagnie aux pêcheurs toute la matinée. Car c’est de 9 h à 12 h que chaque jour, il est possible de venir acheter son poisson frais, pêché quelques heures plus tôt. Et Jérémy Pace, pêcheur et chef de la prud’homie prévient : « Premier arrivé, premier servi ! »
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Plusieurs types de poissons proposés
Les variétés de poissons proposées changent selon les saisons, et alternent entre seiche, raie, sole, merlan, loup, dorade, poulpe… Les prix varient selon les pêcheurs et la période de l’année. À titre d’exemple, le murex est en ce moment vendu à 12 euros le kilo, la dorade entre 20 et 25 euros et la seiche 15 euros, contre 12 pendant l’hiver. Jérémy Pace explique ces fluctuations par « la loi de l’offre et la demande », et par la « rareté du poisson ».
Ce trentenaire grand et massif a fait ses armes à l’école de Sète en 2006, avant d’acheter son premier bateau en 2009, et de se lancer en mer. Depuis 2025, il est responsable de la prud’homie des pêcheurs de Valras-Plage, communauté professionnelle dont le but est d’organiser le consensus sur les droits d’usage, d’apporter des secours mutuels et d’assurer la transmission des bonnes pratiques. Il apprécie souligner « le point fort » des pêcheurs de Valras-Plage, qui reste selon lui « la fraîcheur du poisson du jour » qui ne passe pas en chambre froide.
Un quotidien basé sur l’instabilité de la pêche
Toutefois, les quantités varient selon les jours, et les professionnels sont unanimes sur l’imprévisibilité de la pêche. Sam, 27 ans, crâne rasé et lunettes de soleil sur le front, rappelle que « la météo reste le plus gros risque du métier » et que la pêche en dépend largement. « C’est l’un des métiers les plus risqués du monde […] le climat reste le facteur numéro un. C’est rare que tous les éléments s’alignent pour faire une bonne pêche », détaille le jeune pêcheur, lui aussi formé à l’école de Sète.
C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles Aurore, pêcheuse avec son mari à Valras depuis six ans, n’a pas fait une journée satisfaisante. Debout derrière les quelques poissons déposés dans les bacs de glaçons, elle explique que cette année est plus compliquée que d’autres, pendant que des collègues remballent leurs étals : « Il y a moins de touristes que d’habitude, donc la vente est plus compliquée, et il y a moins de poissons. On est obligé d’aller loin pour en avoir. » Pour elle, une journée à l’équilibre s’envisage à partir de 250 euros de ventes.
Mais aujourd’hui, en plus d’une pêche mitigée, les quelques poissons proposés peinent à trouver preneur. Malgré ce, l’ambiance du port reste un moteur, et la mère de famille reconnaît que voir des habitués et discuter quotidiennement avec eux demeure primordial : « Ça crée de la convivialité, de la cohésion, et du partage. Au moins, ils ne restent pas isolés chez eux, et c’est aussi un plaisir pour nous. »
Pierrot Dissento, un Agathois issu d’une famille de pêcheurs depuis six générations
Entré dans le monde de la pêche dès ses quinze ans, Pierrot Dissento termine officiellement sa carrière dans dix jours. Mais la réalité est toute autre : « Il faut continuer à vendre. Un bateau qui ne tourne plus est un bateau qui perd de la valeur. » Pêcheur depuis ses 15 ans, il travaille à Valras-Plage avec sa compagne, Aurore. « Je lève le pied parce que je commence à fatiguer, j’atteins déjà 37 ans de service ! », reconnaît Pierrot. Issu d’une lignée de pêcheurs depuis six générations, il transmet cette passion à son fils. « Adolescent, je pêchais à la ligne, comme lui », se souvient-il. Les mains plongées dans le filet et cigarette à la bouche, il reste à l’affût des tentatives de pêche du jeune garçon, assis sur le bateau, casquette et lunettes de soleil sur le nez. « Je viens presque tous les jours avec mes parents. Mais aujourd’hui, ça ne mord presque pas », lâche le fils, sous le regard fier de son père.
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