Il existe un Toulouse des saisons régulières et un autre des phases finales. C’est ce second visage qui a encore parlé samedi soir.
On se trompe souvent sur Toulouse. On parle d’une école, d’une philosophie, d’une certaine idée du rugby. « Jeu de mains, jeu de Toulousains », récite même à l’envi notre catéchisme. Tout ça est joli. C’est vrai, aussi. Mais ce n’est jamais ainsi que le roi gagne ses finales. Ces soirs-là, la poésie meurt vite. Le grand Toulouse ne danse plus. Il cogne, il étrangle et il saigne s’il le faut. Samedi, le « Stade » a remporté son quatrième Brennus consécutif comme ça. En grattant neuf ballons au sol, dont quatre pour le seul Jack Willis, qui a aussi volé quatre ballons selon Aia Sports. En s’imposant dans les mauls pénétrants, où Manny Meafou a peu à peu englouti le paquet montpelliérain. En neutralisant une mêlée qui mettait la France au supplice depuis six mois.
Parce qu’en face, Montpellier n’était pas venu pour faire des courbettes. Le MHR fut un rival. Un vrai. Celui qu’il fallait à Toulouse, depuis que Bordeaux avait confondu Champions Cup et fin de saison. Ici, les chiffres de la domination héraultaise sont d’ailleurs explicites : 798 mètres parcourus ballon en main contre 374 à Toulouse. Onze défenseurs battus de plus. 159 passes contre 83. 66 % d’occupation. À Saint-Denis, les Héraultais ont eu presque tout. Le souffle, les jambes, les idées. Mais ils n’ont jamais pu signer leur œuvre. La chistéra de Lenni Nouchi est morte dans les chaussettes d’un coéquipier. Celle d’Auguste Cadot aussi. De son côté, Tyler Duguid a rappelé qu’un deuxième ligne n’est jamais tout à fait chez lui au milieu d’un cinq contre deux. Puis vint cette ultime pénaltouche : Adam Beard culminait à deux mètres ; le lanceur, lui, choisit pourtant Bécognée, l’homme le plus court de l’alignement. Le reste, c’est du roman. « Les gens pensaient qu’on allait ramasser, disait Joan Caudullo après la rencontre. Nous, on avait pourtant des certitudes et tout au long de cette finale, on a regardé Toulouse dans le blanc des yeux. » Lenni Nouchi, son capitaine, allait plus loin : « À 25-6, le public a probablement pensé qu’on allait en prendre soixante. Nous, on s’est simplement regardés dans l’en-but : on s’est dit qu’on ne se lâcherait pas et on a tenu cet engagement. » C’est tout à votre honneur, amis Cistes. Mais regarder un roi dans les yeux ne suffit pas toujours à lui prendre sa couronne.
Contenus de la page
Le meilleur Ramos de la feuille n’était pas celui qu’on croit
Samedi soir, Montpellier a tout donné de ce que lui avaient laissé en cale onze mois de saison et trente-cinq matchs. Mais à Saint-Denis, il est tombé sur le Toulouse des phases finales. Celui qui ne se sent vraiment vivant qu’à l’odeur du sang. Ça s’est vu dès les premiers contacts.
Peato Mauvaka a ouvert le bal en tamponnant Billy Vunipola. Jack Willis s’est chargé de Tyler Duguid. Manny Meafou a plié Mohamed Haouas. Au nord de Paris, les Rouge et Noir avaient choisi leurs cibles et les gros porteurs héraultais furent les premiers à recevoir le courrier. A posteriori, demeura pourtant une énigme : pourquoi Montpellier s’obstina-t-il à porter ses offensives dans la zone de Jack Willis, dont on connaît le goût presque maladif pour les ballons abandonnés au sol ? Dans le 9-3, la scène se reproduisit donc avec une régularité remarquable. Un Héraultais percutait. Un Toulousain ralentissait l’action. Willis apparaissait, comme s’il avait toujours su où le ballon finirait. Puis, dans la touffeur de Saint-Denis, venait le coup de sifflet de Luc Ramos. Une pénalité. Puis une autre. Et une autre. Ramos, hein ? Il a fait son match, bonne mère. Sobre. Juste. Tranquille. Pour une fois, il fut même le meilleur Ramos du terrain. Et puisqu’on parle de lui, le directeur de jeu portait dans son dos le numéro 84, samedi soir. Parce qu’avant la finale, un sondage avait fait remarquer que quatre-vingt-quatre pour cent des Français souhaitaient mieux protéger les arbitres. Très bien. Et les seize autres, alors ? Ils voulaient quoi ? Le goudron, les plumes ou envoyer nos siffleurs casser des cailloux en Guyane ? Car les sondeurs ont ce talent, mes frères : ils interrogent parfois l’opinion sur des évidences, puis s’émerveillent de les retrouver dans les résultats.
On va essayer d’en gagner le plus possible
Toujours est-il que samedi soir, cette finale en fut une. Une vraie. Avec du combat sur le terrain et, tout autour, le folklore qui accompagne désormais ce genre de grand-messe nationale. La cérémonie d’ouverture fit danser des jeunes sur des musiques de jeunes, sans qu’on sache vraiment si l’on ne préférait pas le temps où Max Guazzini, alors chargé des animations de la Ligue, collait des plumes au cul des naïades du Moulin Rouge. Canicule oblige, le Stade de France tournait aussi à l’eau plate mais à les voir remuer en tribunes, on imaginait que les gonzes et donzelles avaient fait le plein avant de monter dans le RER. Puis soudain, le ciel a craqué. De grands coups blancs au-dessus de Saint-Denis. Des rafales. Une pluie tropicale et dix minutes d’arrêt.
Si l’orage interrompit le match, il ne put rien, en revanche, contre la marche de l’histoire. Vous le savez bien, non ? Pendant dix mois, on se raconte des histoires. On s’excite. On fabrique des outsiders, des révolutions, des fins de règne. On annonce que le géant boîte, qu’il a pris un coup de vieux, qu’il respire moins bien. Puis arrive juin. Le soleil cogne. Les tribunes se remplissent. Les rêves des autres se fracassent. Et le Stade toulousain ramasse le Brennus. Le quatrième consécutif. Le sixième en sept ans. Une performance qui dit quelque chose d’une époque. D’un pouvoir. D’une hégémonie qui n’est plus une impression, ni même un sujet de discussion. Simplement un fait. Mais le pire n’était pas là, au fond. Le pire, c’était l’après. « On est encore là pour quelques années, on va essayer d’en gagner le plus possible », lâchait Romain Ntamack dans les entrailles du Stade de France. Au micro de Canal +, Antoine Dupont, interrogé sur un risque éventuel de satiété, racontait de son côté qu’en 2011, il était descendu des tribunes du Stade de France pour toucher le Brennus que Toulouse venait de conquérir. « À mes yeux, il est donc impossible de banaliser un tel titre. » Ces mecs-là ont déjà tout gagné et ils se comportent comme s’ils n’avaient rien, putain… Alors, on dit quoi ? Même endroit, même heure, l’an prochain ?
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