Top 14 – « La Belle et la Bête » : la présentation de la finale Toulouse – Montpellier

Toulouse avance vers un quatrième titre consécutif, porté par un rugby que personne ne sait imiter. Montpellier, lui, n’a qu’une idée en tête : renverser l’empereur. Présentation d’une finale qui oppose le plus beau jeu de France à son plus farouche contradicteur.

Voilà, on y est. Dix mois à se rentrer dans la courge. Cent quatre-vingt-six matchs. Des grands. Des petits. Des qu’on a vite oubliés. Des kilomètres de plaquages, des hectolitres d’hémoglobine, des confs de presse où l’on a entendu mille fois les mots « humilité », « travail » et « résilience ». Cette saison ? Il y a eu des équipes annoncées irrésistibles qui n’ont pas vu Noël. D’autres qu’on croyait mortes à l’automne et qui sont revenues cogner à la porte du printemps. De cette longue sélection naturelle, ne restent aujourd’hui que deux survivants. Montpellier est de ceux-là. Le MHR, c’est le gravier dans la chaussure du géant toulousain. Le relou magnifique. L’emmerdeur public numéro un. Ici, un chiffre suffit. Sans le Brennus décroché par le club de Mohed Altrad en 2022, le Stade toulousain débarquerait samedi à Saint-Denis avec cinq titres consécutifs dans la poche et l’ambition d’en accrocher un sixième. Six, putain. Vous imaginez le délire ? À ce niveau-là, ce n’est même plus une domination. C’est une hégémonie. Comme le PSG en Ligue 1, Nadal à Roland-Garros ou Mercedes en F1. Voilà pourquoi Montpellier compte, à nos yeux : parce que les empires ont à la fois besoin d’une frontière barbare pour leur rappeler qu’ils sont mortels et d’un contre-pouvoir pour sauver notre humble récit de l’ennui.

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À peine le Stade français enterré, Florian Verhaeghe regardait donc déjà vers Saint-Denis. « On monte au Stade de France pour regarder Toulouse droit dans les yeux », a-t-il lâché à Marseille, samedi soir. C’est une phrase de seconde latte, ça. Pas très longue. Pas très compliquée. Mais elle annonce la bagarre sans prononcer le mot. Parce qu’en définitive, le MHR sait exactement où se trouve sa meilleure chance. Devant. Dans cette arme de destruction massive homologuée par la Ligue. Dans cette mêlée qui a tordu sa rivale parisienne, pourtant redoutée et davantage. Dans cette touche qui vit en partie grâce au double mètre de Verhaeghe, long comme un jour sans pain et assez léger pour être catapulté au-dessus des autres. Dans Tyler Duguid, bûcheron certifié. Ou Alexandre Bécognée, le soudard le plus sous-coté du championnat. Il y a du caractère là-dedans. Le club aime ça, on dirait. Ces dernières années, Mohed Altrad et Bernard Laporte ont souvent offert une deuxième vie rugbystique à des joueurs que d’autres considéraient infréquentables. Le sujet continue de faire grincer des dents. C’est normal. Mais Montpellier a toujours revendiqué une approche à la fois pragmatique et irrévérencieuse : le club se conçoit comme une institution sportive, non comme une autorité morale. Pardon ? Oui, on sait. La ligne de trois-quarts héraultaise, en revanche, ne provoque pas d’insomnies à Toulouse. Tom Banks mis à part, aucun de ses membres ne serait même remplaçant chez l’adversaire du soir. Et alors ? Le rugby n’est pas un empilement de talents individuels, que je sache. Le rugby est ce sport étrange où quinze internationaux perdent parfois contre quinze types qui ont simplement décidé d’avancer dans la même direction. Et cette saison, Montpellier semble avoir trouvé quelque chose. Une brutalité organisée. Une solidarité presque suspecte à l’époque du rugby pro. Vu de l’extérieur, c’est difficile à expliquer. Mais c’est précisément ce qui rend cette équipe héraultaise dangereuse.

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Le roi a un mobile

On cause, on cause. On tricote du suspense parce que c’est le moment qui veut ça. Parce qu’une finale ne saurait être jouée avant le coup d’envoi. Une finale, elle doit être indécise, sentir la peur, la poudre, le sang quoi. Mais on a beau appréhender le dossier dans tous les sens, le diagnostic reste le même. On ne voit pas comment Toulouse peut perdre ce match. Non, on ne voit pas. En demi-finale, le triple champion de France en titre a passé soixante et onze points au Racing. Soixante et onze points. En demi-finale. Et encore, le plus inquiétant n’est pas le score. Le plus inquiétant, c’est la manière. Ce rugby-là, personne d’autre ne sait le produire. Pas avec cette vitesse. Pas avec cette précision. Pas avec cette impression permanente que les Toulousains jouent un sport légèrement différent de celui de leurs adversaires. Montpellier le sait. Toulouse aussi. Se l’avouera-t-il ? C’est une autre histoire. Toute la semaine, le roi a naturellement récité son rôle préféré : l’humilité. Le respect de l’adversaire. La vigilance. Dans le même temps, quelqu’un faisait imprimer des tee-shirts « Back 4 Back ». Quatre titres d’affilée. Encore un foutu anglicisme. Comme si « Puissance Quatre » ou je ne sais quel autre maudit slogan n’étaient pas suffisamment clairs. Ces tee-shirts à virgule, ils seront peut-être portés samedi soir devant les caméras du monde entier. Ou alors, ils seront discrètement brûlés sous un pont de l’A 86. Mais ce dernier cas de figure est-il vraiment envisageable ? Car au-delà de posséder une masse salariale à douze millions d’euros hors taxes et le plus beau jeu du continent, « le Stade » a aujourd’hui un mobile. Ou plutôt deux. Le premier porte un nom : Bordeaux. Ce quart de finale de Champions Cup perdu contre l’UBB en avril n’est toujours pas digéré. Car depuis, les Girondins ont remporté l’Europe pour la deuxième année consécutive. Ce qui, aux yeux de beaucoup, les a soudain hissés à hauteur du roi. À Toulouse, ce genre de phrase ne fait rire personne. La seconde raison est plus intéressante encore. Elle concerne une lutte au sein de sa propre maison : quatre Brennus de suite permettraient donc à la génération Dupont de rejoindre la troupe à Novès ayant confisqué le Brennus de 1994 à 1997.

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Le MHR devra jouer son plus grand match de l’année

Reste une question. Montpellier est-il oui ou non capable d’arracher de ses tripes un match à la hauteur de l’événement ? Peut-il produire le plus grand match de sa saison, peut-être même de son histoire ? Parce que c’est bien de ça qu’il s’agit, n’est-ce pas ? Pas simplement résister. Pas simplement ralentir Toulouse. Il faut davantage. Il faut un match immense, épique et prompt à effacer un contexte qui n’aidera personne. Pendant que le football absorbe une fois encore l’attention du pays, le rugby s’apprête ainsi à disputer sa finale dans un brouhaha le ramenant à sa place actuelle dans la chaîne alimentaire. Alors pour exister ce week-end, il lui faudrait un chef-d’œuvre. Un truc capable de soulever Saint-Denis et marquer les esprits. Cela tombe bien, remarquez. Cette finale oppose sans doute les deux visions les plus antagonistes du rugby français contemporain. Le mouvement contre la collision. La fluidité contre la contrainte. Les pinceaux contre le marteau. La caricature est excessive, évidemment. Mais les finales ont souvent besoin de symboles. Celle-ci nous offre aujourd’hui la Belle et la Bête. Et dans les contes, il arrive parfois que la Bête refuse de mourir à la dernière page…

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