Affaire Lyhanna : « Une loi ou quelques têtes ne suffiront pas », avertit le maire de Fleurance après son audience à l’Élysée

Il est sous le feu des projecteurs depuis l’affaire Lyhanna. Le maire de Fleurance (Gers), Grégory Bobbato s’est beaucoup exprimé après l’enlèvement et l’assassinat de la collégienne de 11 ans. L’élu, qui a dénoncé les dysfonctionnements et le silence de l’État, a été reçu hier 22 juin 2026, par l’Élysée.

Depuis la disparition et l’assassinat de la petite Lyhanna, dans le Gers, il est sur tous les fronts. Grégory Bobbato, le maire de Fleurance – ville où la collégienne de 11 ans a été enlevée – n’a eu de cesse que de dénoncer le silence des autorités, les dysfonctionnements de l’État, le rappelant à ses devoirs en matière de protection des mineurs. Hier soir, 23 juin 2026, il a été reçu pour la deuxième fois en quinze jours par l’Élysée. Nous l’avons rencontré juste après.

France 3 : Comment s’est passée l’entrevue ? Et par qui avez-vous été reçu ?

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Grégory Bobbato : C’est la deuxième fois qu’on est reçus, puisqu’il y a déjà eu une première rencontre il y a une quinzaine de jours. Il me semble évident qu’il y a un sujet de fond à traiter et à travailler. Aujourd’hui, on a eu certains rapports qui sont sortis, des notes, des défaillances individuelles qui ne suffiront pas à répondre à l’ampleur du problème. Si on ne prend pas le mal à la racine, on n’y arrivera pas. L’échange a été cordial et courtois.

France 3 : Vous avez pu rencontrer le président de la République ?

Grégory Bobbato : Non je ne l’ai pas vu, mais il y avait d’autres personnes. On a essayé de faire passer des messages de la base. Cela va bien au-delà des frontières du Gers et du département, puisqu’on voit que la colère est générale et donc je pense que le mal est plus profond. Si on ne traite pas le mal à la racine, on n’y arrivera pas. Donc je pense qu’il y a une vraie défaillance sociétale. Que ce soit Fleurance ou Paris, je dis la même chose. Parce que je pense sincèrement qu’il ne faut pas s’arrêter là, qu’il faut continuer et je crois que l’opinion publique est derrière nous pour continuer à porter cette parole.

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France 3 : Vous avez eu des mots assez durs dans le passé. Aujourd’hui, ce rapport, il va plutôt dans votre sens. Qu’est-ce que vous répondez ?

Grégory Bobbato : Vous savez, j’ai un profond respect des instances républicaines, du gouvernement, du Président de la République, des personnes qui essaient, je crois, aujourd’hui de prendre la mesure de ce que le peuple attend. Je pense qu’ils ont encore des choses à faire et à voir pour vraiment ressentir ce que le peuple ressent. Et il me semble qu’il est de mon devoir aujourd’hui de porter cette parole parce qu’on a vécu ça de l’intérieur. Une loi ou quelques têtes ne suffiront pas à calmer les gens. Et surtout, surtout, aujourd’hui que l’émotion est dépassée, il y a un véritable sujet de fond. Quand est-ce qu’on va vraiment considérer la parole des enfants ? L’écouter c’est bien, l’entendre ça va mieux.

France 3 : Vous sentez vous entendu ?

Grégory Bobbato : Oui, je me sens entendu. Maintenant, il faudra voir dans les actes et dans les faits ce qui va se traduire. Ce qui est sûr, c’est que le personnel politique actuel aura du mal à incarner ce que le peuple ressent, ça, on le sait. Avec les échéances électorales qui arrivent dans quelques mois, le soufflé ne retombera pas. Et à mon avis, il faut se garder de toute récupération politique parce que c’est un sujet de fond, c’est un sujet sérieux, qui demande vraiment des réflexions de fond pour apporter une réponse complète au problème. C’est-à-dire forcément une réponse qui, comme je le disais au début, prendra le mal à la racine, le traitera, et surtout, ne se limitera pas à des réponses individuelles.

Aujourd’hui, les vraies questions à se poser sont : comment on fait pour éloigner les pédo-criminels des enfants ? comment on fait pour prendre le mal à la racine ?

Grégory Bobbato, Maire de Fleurance (Gers)

France 3 : Est-ce que vous estimez que le rapport d’inspection met suffisamment en lumière les dysfonctionnements que vous dénonciez ?

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Grégory Bobbato : Vous savez, ce rapport se focalise essentiellement sur les défaillances individuelles dans la chaîne. Je crois que le débat n’est pas là, il n’a jamais été là. Aujourd’hui, les vraies questions à se poser sont : comment on fait aujourd’hui pour éloigner les pédocriminels des enfants ? Comment on fait pour prendre le mal à la racine ? Comment on fait pour traiter ça avant que ça n’arrive ? Le débat n’est pas de savoir combien de temps un criminel doit rester derrière les barreaux. Le débat est de savoir comment on éloigne des potentiels agresseurs des enfants et comment on prévient. Allons sur la prévention. Aujourd’hui, il n’y a que les associations qui portent cette prévention. Pourquoi l’État ne prend pas conscience de tout ça et pourquoi il ne le met pas en place. C’est autant de questions qu’on a posées sur la table et que je suis prêt à porter personnellement. Parce que la parole politique est décrédibilisée aujourd’hui et que les Français ont besoin de gens qui incarnent les choses et qui les ont ressenties, qu’ils ont vécu.

France 3 : On vient d’apprendre que des gendarmes ont été mutés sur demande du ministre de l’Intérieur parce qu’ils avaient manqué de discernement. Comment vous réagissez à cette décision ?

Grégory Bobbato : Je ne suis pas au courant de cette décision. Les forces de gendarmerie ont été présentes depuis le début de cette affaire aux côtés des Gersois, des gens du pays. Et vous savez, quand on vit dans le monde dans lequel on vit chez nous en province, parfois on a l’impression de devoir jouer des coudes pour écouter les provinciaux. Les gens chez nous ont un immense respect pour la gendarmerie parce qu’ils ont été là dès le premier jour. Ensuite, je ne suis personne pour commenter les décisions et les sanctions éventuelles prises par les ministres. Moi j’ai un profond respect pour le travail des gendarmes sur le terrain et ils ont toute ma confiance parce que ce sont des gens dévoués et qui sont là pour faire avancer les choses. Vous savez quand on demande à des gens de mettre en garde à vue des dizaines et des dizaines d’heures des agriculteurs qui étaient sur les barrages, j’y étais moi-même car je suis viticulteur, alors qu’ils auraient dû peut-être traiter ces cas-là… Que les décideurs et les donneurs d’ordres ne se défilent pas dans cette affaire, c’est ça le principal je crois.

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