Perrier contraint à de nouvelles destructions de bouteilles, depuis le début de l’année, à cause de problèmes sanitaires. Sans compter certains stocks bloqués sur le site pour les mêmes raisons. Face aux décisions du préfet du Gard et de l’ARS Occitanie, de poursuivre la production et de valider le label « eau minérale naturelle », des concurrents de Nestlé lancent des actions.
Près de trois millions de bouteilles Perrier produites sur le site de Vergèze, près de Nîmes, ont été détruites depuis 10 mois ou sont actuellement bloquées dans l’usine gardoise. Ce n’est pas la première fois que Nestlé Waters rencontre ce genre de problème depuis 2024, à cause de contaminations et pollutions à répétition diverses.
En cause, la détection de bactéries pathogènes ou d’indicateurs de possible contamination microbiologique, de son eau révèle la cellule d’investigation de Radio France
Perrier est la première marque mondiale d’eaux gazeuses embouteillées en termes de bouteilles produites. 1 milliard en 2013 pour les 150 ans de la marque. 1,2 milliard en 2023.
Ainsi, 900 000 bouteilles ont été détruites depuis le début de l’année, et plus de deux millions d’autres sont encore bloquées dans l’usine.
Selon nos confrères, le 23 janvier 2026, Nestlé Waters a détruit 401 palettes, soit environ 370 000 bouteilles de 75 cl en verre, après la détection de bactéries coliformes qui peuvent constituer un risque sanitaire.
Le 29 janvier, 237 palettes de bouteilles en plastique d’un litre, soit plus de 200 000 bouteilles, ont été détruites après la détection d’une bactérie, la Pseudomonas aeruginosa, susceptible de provoquer des infections graves chez les personnes fragiles.
Des destructions directement liées à un épisode de contamination repéré fin novembre 2025.
C’est cette mention « eau minérale naturelle » qui était au cœur de la décision judiciaire de ce mardi 18 novembre, car les eaux Perrier sont filtrées. • © France Télévision
Par ailleurs, plus de 14 millions de bouteilles ou de canettes ayant fait l’objet de détections de « bactéries pathogènes ou de germes revivifiables » ont finalement été commercialisées après des décisions de « déblocage » de la préfecture du Gard. Ainsi, fin janvier, le préfet a autorisé Nestlé Waters à mettre sur le marché près de 400 000 bouteilles malgré la détection d’une contamination sur un forage.
À l’époque, interrogée par Radio France, Nestlé Waters affirmait qu’une « anomalie avait été détectée » mais que « l’ensemble des analyses de vérification réalisées par la suite » avaient « finalement écarté une quelconque contamination ».
Les tests et contrôles réguliers, les mises en attente temporaires de produits ainsi que des destructions ciblées de produits font partie de la gestion intégrée de la qualité au quotidien dans toute usine agroalimentaire, et en particulier pour un produit naturel. Les allégations infondées qui établissent un lien entre des produits bloqués ou détruits et un risque pour le consommateur sont inacceptables.
Communiqué de Nestlé Waters mai 2026.
Nestlé Waters ajoute aujourd’hui, « En 2025, par exemple, une proportion très limitée de produits a été détruite car ils n’atteignaient pas les standards stricts de qualité attendus. Si des produits peuvent être bloqués en attente de contrôles, dans la vaste majorité des cas ces produits se sont finalement avérés conformes, comme le confirme l’ARS dans ses réponses à France Info ».
Que se passe-t-il vraiment à l’usine Perrier de Vergèze dans le Gard? Retour sur les révélations des derniers mois. • ©A. Grellier / F. Frankel
Face aux dérogations accordées à Nestlé Waters par les préfectures du Gard et des Vosges, pour Perrier, Vittel et Contrex, le groupe Bonneval, producteur d’eau minérale basé en Savoie, a déposé le 6 mai 2026 des recours devant les tribunaux administratifs des Vosges et du Gard.
Au cœur de l’argumentaire de ce concurrent : l’autorisation pour Nestlé Waters de recourir à l’utilisation de filtres fins pour sécuriser son eau. « Ce procédé est contraire à la réglementation, qui stipule clairement que l’eau doit être pure à la source, et donc n’autorise pas de procédés de désinfection partielle ou totale », détaille David Merle, directeur général de la société Bonneval.
Ce 27 mai, Bonneval confirme ses actions en justice, invoquant, outre l’aspect financier, la concurrence déloyale de Nestlé, « un enjeu de transparence pour le consommateur ».
Bonneval considère que ces décisions remettent en cause l’intégrité même de l’appellation « eau minérale naturelle », dont la valeur pour le consommateur repose précisément sur l’absence de traitement, la pureté originelle de la ressource et la provenance exclusivement naturelle du produit.
Communiqué du groupe Bonneval.27 mai 2026.
La société Bonneval attaque Perrier en justice. • © FTV
L’entreprise ajoute : « En autorisant la commercialisation sous l’appellation « eau minérale naturelle » d’eaux ayant nécessité une filtration éliminant partiellement la charge bactérienne, ces décisions préfectorales permettent une situation où une eau traitée industriellement peut être vendue comme un produit naturel, à un prix pouvant atteindre jusqu’à 150 fois celui de l’eau du robinet qui est aussi une eau traitée industriellement ».
Bonneval met donc aussi en avant « une distorsion majeure au sein du marché des eaux minérales naturelles, récompensant ainsi les entreprises ne respectant pas la réglementation au détriment du consommateur ». Sans oublier le caractère « illégal » des décisions préfectorales, voire de l’ARS, donc de l’Etat.
Avant de saisir les tribunaux administratifs, Bonneval avait d’abord adressé des recours gracieux aux préfets du Gard et des Vosges pour demander le retrait des autorisations accordées à Nestlé Waters. La préfecture des Vosges a rejeté cette demande, tandis que celle du Gard n’aurait pas répondu, à ce jour, ce qui vaut refus implicite.
D’autres minéraliers ont quant à eux saisi la ministre de la Santé. Dans un courrier que Radio France a pu consulter, ils dénoncent des contaminations incompatibles avec le label « eau minérale naturelle ».
Dans sa réponse, la ministre Stéphanie Rist renvoie les industriels vers les préfectures qui ont accordé les autorisations, sans répondre sur le fond.
