Pour la deuxième année de suite, les riziculteurs bénéficient d’une dérogation pour pouvoir utiliser de l’Avanza. Cet herbicide est décrié par des associations environnementales, qui n’ont finalement pas obtenu gain de cause, devant le tribunal administratif de Melun.
Dans les rizières de Camargue, l’heure est encore aux semis. Pour répandre les graines, à la volée, le semoir et ses roues squelettes multiplie les allers-retours. Mais avant-lui, c’est une autre machine qui a fait le même trajet, en pulvérisant les sols d’Avanza.
Cet herbicide, utilisé pour tuer les mauvaises herbes dans les cultures de riz, est au cœur d’une longue bataille entre ceux qui le plébiscitent et ceux qui le dénoncent, comme plusieurs associations environnementales. Mais un référé de justice, prononcé par le tribunal administratif de Melun (Seine-et-Marne) vient de rejeter leur demande de suspendre son utilisation, faute d’avoir apporté la preuve de sa dangerosité.
« Enfermé dans nos rizières au bout d’un mois, le produit s’autodétruit complètement, assure Marc Bermond, trésorier du Centre français du Riz. Aujourd’hui, on a quasiment six ans de recul, en Europe, entre les essais microparcelles et les essais grandeur nature, et on n’a pas de résidus ».
Dans un communiqué de presse, l’association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB) et le Syndicat des Riziculteurs de France et Filière saluent cette décision, qu’ils jugent comme »une victoire importante pour les riziculteurs français, confrontés depuis plusieurs années à une situation phytosanitaire particulièrement critique, marquée par la prolifération d’adventices résistantes et l’absence de solutions alternatives efficaces pour protéger les cultures ».
Au contraire, pour les ONG engagées contre l’herbicide, l’urgence phytosanitaire invoquée par le juge des référés est jugée abusive.
« Quand on donne une dérogation, elle n’est accordable que dans certaines conditions pour des risques exceptionnels, que l’on ne peut pas prévoir, répond François Veillerette, le porte-parole de Générations Futures. Or, le fait de désherber des cultures n’équivaut pas à un risque exceptionnel, puisqu’on désherbe chaque année ».
Un avis que ne partage pas Cédric Santucci, agriculteur et vice-président de la chambre d’Agriculture du Gard. Déjà contraint de diversifier ses cultures, il estime que la dérogation est arrivée trop tard. Comme en témoignent des mauvaises herbes devenues résistantes aux autres molécules. Elles réduisent les rendements.
« Il pourrait y avoir une production rizicole sans Avanza, mais elle serait de plus en plus amoindrie, estime-t-il. C’est-à-dire que déjà qu’on a perdu pas mal d’hectares, si on continue comme ça petit à petit, mais assez rapidement quand même, on se dirigera vers la fin de la riziculture camarguaise ».
Chaque année, en Camargue, 70 000 tonnes de riz sont récoltées.
