Maël le Lagadec est un jeune alpiniste de 18 ans. Il vient de réaliser un pari fou : reconstruire et installer une croix sur le plus haut sommet des Pyrénées. La croix du Pic d’Aneto avait été volée en avril dernier. « Je suis fier d’avoir réussi à accomplir ce projet ». C’était la première fois qu’il gravissait ce sommet jusqu’au bout.
La passion n’attend pas les âges. À 18 ans, Maël le Lagadec est jeune artisan paysagiste passionné de végétaux et de nature, ce qui l’a amené au dépassement vers un autre sommet : l’alpinisme. Pour sa première ascension complète du Pic d’Aneto, il n’était pas tout seul. Il portait une croix tout en bois de 35 kg pour remplacer celle qui avait été dérobée en avril.
C’est le toit des Pyrénées et il a été victime d’une grosse tuile. Une croix trônait à 3400 mètres d’altitude, sur le pic d’Aneto depuis 1951. Cet emblème de l’alpinisme a été dérobé à la mi-avril cette année.
« Il y a quelques semaines on a découvert que la croix de l’Aneto avait disparu. Avec un pote on s’est lancé le projet un peu fou de la reconstruire. » Le jeune homme publie alors sur les réseaux son intention : rendre une croix aux Pyrénées. « Le 11 avril, trois jours avant cette annonce, on avait essayé de faire l’ascension de l’Aneto. La météo était dégradée et on a fait demi-tour. »
Maël en parle à son copain Julien qui travaille dans la maintenance électrique. Première épreuve : trouver le bois qui permettra de réaliser l’objet. Il se trouve qu’en 2022, son frère avait coupé un noyer pour faire une table ou des meubles. Direction Montbeton dans le Tarn-et-Garonne. Le bois est beau, avec de belles nervures, une belle pièce permettant de faire la croix d’un seul bloc. Un mètre dix de hauteur, plus de 70 cm de large, 11 cm d’épaisseur.
Seul problème : le noyer est peu résistant aux intempéries. Il faudra donc mettre un vernis marin pour la protéger. « Je suis paysagiste mais j’ai voulu créer cette croix de mes mains et la hisser au sommet. »
Le jeune paysagiste va tout réaliser et poste l’avancée du projet sur les réseaux. Début mai, l’œuvre prend forme. Il a fallu dessiner la croix, la tailler d’un seul bloc, la poncer et la sculpter. L’ancienne croix dérobée était en métal, sectionnée à la meuleuse. « Je pense qu’elle a été découpée et jetée dans la face ouest de la montagne. Elle est recouverte par la neige et on la retrouvera sans doute à la fonte de la neige ».
Maël réalise lui-même la touche personnelle : 4 fleurs de lys aux 4 sommets de la croix. « Elles n’y étaient pas sur l’autre croix qui a été volée. La fleur de lys est un symbole fort de royauté, de loyauté pour la France et pour l’Espagne. J’ai fait les détours, le dessin au fer à souder puis j’ai sculpté avec un Dremel. Les 4 fleurs sont reliées par une gorge. La croix est un symbole montagnard. C’est comme un phare en pleine mer. Elle montre la réussite, le sommet. »
En quelques jours, l’œuvre est terminée, vernie et prête à partir. Le week-end dernier avec un jour férié, le moment semble tout trouvé. La météo s’annonce bonne. Avec son pote Julien, ils se garent au parking de l’hospital, tout en bas du sommet de l’Aneto.
Habituellement, l’ascension de l’Aneto se fait en 2 jours mais là, il faut aller vite. Les deux copains partent dans la nuit du vendredi 8 mai au samedi, à minuit. Ils portent la croix (35 kg) et le sac avec le matériel nécessaire pour l’installer (15 kg). L’effort est intense et c’est la première fois que Maël fait cette ascension. À quelques mètres du sommet, Julien ne se sent pas bien. Il va devoir continuer tout seul. Il reste au « Pas de Mahomet ». Il reste quatre mètres mais ce sont les plus durs.
En montagne, la météo change très vite et on ne voit plus le pic. Un brouillard épais a envahi la montagne. Maël est épuisé d’avoir gravi la montagne en si peu de temps. « Le refuge était complet. Nous n’avons pas eu le choix. »
14h40, enfin l’objectif est atteint. « J’arrive tout en haut. Après tant d’efforts, je m’agenouille et je pleure. L’effort a été très intense. Je n’arrive pas encore à réaliser. C’est la fierté d’avoir réussi. »
Maël n’est pas un alpiniste chevronné. C’est seulement en septembre dernier qu’il cherche à se changer les idées. Course à pied, vélo, il s’adonne au sport. Il tombe alors sur une vidéo du lac d’Oô (Loudenvielle Hautes-Pyrénées) publiée sur les réseaux. « C’était en octobre 2025. Avec un ami, on décide dès le lendemain d’aller là-bas. C’est ma première ascension, elle est très dure. Mais je suis tombé amoureux de l’alpinisme. C’est l’occasion de s’échapper et de faire de belles rencontres ».
Puis il y a eu l’Aneto en avril 2026 sans aller jusqu’au bout. Cette fois, c’est la bonne. Il est le dernier à arriver au sommet mais il croise d’autres alpinistes. « Ils sont une bonne cinquantaine à être passés avant moi. Ils m’ont ouvert la voix. Beaucoup d’Espagnols et de Français. Ils m’ont donné des informations sur l’enquête en cours et m’ont conseillé de ne pas installer la nouvelle croix au même endroit que l’ancienne pour que les recherches avancent. «
Côté gauche, face au sommet, à quatre mètres de la statue de la vierge Marie, ce sera là. « J’arrive en tout en haut, après tant d’efforts, je m’agenouille et je pleure. Je l’ai orientée face au « Pas de Mahomet ». Il y a beaucoup de neige et de glace que j’ai dû briser avec mon piolet. Il fallait se dépêcher pour ne pas redescendre trop tard. »
Maël fait un trou comme il peut pour y glisser la croix. Tout au fond, il met des pitons, des tendeurs, des câbles qui serviront à la fixation définitive quand la neige aura fondu. « Elle sera fixée comme l’ancienne, par haubanage, avec 4 fils tressés pour l’accrocher. »
Vers 15h, il est temps de redescendre, en priant très fort pour que personne ne commette un nouvel acte de vandalisme. « J’appelle les gens à respecter les monuments présents. Ils font partie de l’histoire de l’alpinisme et des deux pays. Je voulais montrer un symbole fort pour que les gens arrêtent de dégrader ce patrimoine »
En redescendant, le brouillard est toujours là, avec une énorme fatigue en plus. Un automobiliste les ramène au parking leur évitant une heure de marche supplémentaire. Au bout de leurs forces, ils sont trop épuisés pour repartir et dormiront sur place.
Sur les réseaux, l’exploit est viral. Plus de 875 000 vues pour l’une de ses vidéos. « Je suis fier d’avoir réussi à accomplir ce projet. Je suis content que les randonneurs puissent à nouveau profiter de la croix. Beaucoup de gens ont réagi et m’ont envoyé des messages. Ils m’ont tous touché et beaucoup ému. Le lendemain, je suis allé voir ma grand-mère qui est très croyante. Elle a énormément pleuré, fière de moi que j’ai pu accomplir ça ».
