Transferts de légende – « Si les Wasps n’avaient pas fait banqueroute, j’y aurais probablement passé toute ma carrière » : Jack Willis à Toulouse, du coup dur au coup de cœur

C’est sûrement un des transferts les plus impactants de la décennie. Un des plus imprévisibles, aussi : à l’automne 2022, Jack Willis est contraint de quitter les Wasps et même l’Angleterre. Le troisième ligne atterrit à Toulouse où sa carrière a depuis pris encore plus d’ampleur.

17 octobre 2022 : les Wasps, doubles vainqueurs de Coupe d’Europe, finalistes de Premiership deux ans plus tôt, disparaissent du jour au lendemain de la carte rugbystique de l’Angleterre en raison d’une situation financière intenable. Jack Willis n’oubliera jamais ce moment : « Imaginez, nous sommes arrivés le lundi. Et un inconnu nous a dit que nous avions perdu notre travail et que nous ne jouerions plus ensemble, même pas une minute, avec certains de mes meilleurs amis avec qui j’avais grandi et avec mon frère. Cela laisse une cicatrice. » Pour Jack Willis, il y aura un avant et un après 17 octobre 2022. Et cette annonce qui a tout changé : « Je pense sincèrement que, si les Wasps n’avaient pas connu cette banqueroute, j’y serais encore et j’y aurais probablement passé toute ma carrière », nous avait-il confié en juin 2023. Devant ce coup du sort, il lui avait bien fallu rebondir.

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Talentueux et relativement jeune, le troisième ligne de 25 ans ne voit pas pour autant les candidats se bousculer. La presse anglaise rapporte alors qu’aucun club de Premiership ne dispose des fonds nécessaires pour proposer les 250 000 £ sterling par an auxquels il émargeait à Coventry. De l’autre côté de la Manche, où de nombreux Wasps s’exilent (son frère Tom, Brad Shields, Alistair Crossdale, Dan Robson…), le profil de Willis suscite de l’intérêt. Mais, tout compte fait, l’intéressé ne se retrouve qu’avec une porte de sortie véritablement sérieuse : « En Angleterre, il n’y avait pas grand-chose, a-t-il récemment raconté dans un podcast. Le seul club qui s’est intéressé à moi est Toulouse. Quand on m’a proposé la France, j’ai dit « OK, allons-y. »

Jack Willis, ici sous le maillot des Wasps lors d’un match de Challenge Cup face à Lyon en 2022. Icon Sport – Hugo Pfeiffer

Du côté de Toulouse, l’occasion avait des allures d’aubaine : au-delà de ses qualités intrinsèques, largement étalées en Champions Cup, l’Anglais correspondait au profil recherché – un joueur avec un abattage notable, de l’impact et une appétence pour le défi physique – en vue de la fin de contrat de Rynhardt Elstadt. En quelques jours, l’affaire est bouclée. Le 24 novembre 2022, le natif de Reading, fraîchement libéré par Eddie Jones en pleine tournée d’automne, débarque dans la Ville rose. « C’était une opportunité de marché par rapport à des clubs anglais qui ont été malheureusement contraints à arrêter leurs activités, des joueurs qui se sont retrouvés du jour au lendemain sans rien, évoque Jérôme Cazalbou, manager du haut niveau. On savait également qu’on avait de la place pour un joueur non-Jiff. Et on était tendu à ce poste avec des blessures, ce qui nous obligeait à utiliser la polyvalence deuxième ligne-troisième ligne. »

« De grandes chances d’être heureux »

Le 27 novembre, dès sa première sortie, à Lyon, la recrue justifie les attentes et la confiance placées en lui : « C’est un gros récupérateur sur tout ce qui est zones de combat, d’affrontement. Il a cette capacité à pouvoir récupérer et gratter des ballons, à être très agressif défensivement », vante Ugo Mola depuis le Rhône. Une semaine plus tard, pour sa première à domicile, face à l’Usap, l’Anglais marque et s’offre sa première salve d’applaudissements. « À quel moment j’ai compris que Toulouse était le bon endroit pour rebondir ? C’est lors de mon premier match à domicile contre Perpignan. Il y avait une telle atmosphère au stade, je n’avais jamais vu ça… En Angleterre, ce n’est pas du tout la même ambiance autour des matchs. Je n’en croyais pas mes yeux, je n’en revenais pas à quel point c’était cool. J’en ai parlé avec ma femme, qui m’a dit : « C’est extraordinaire. » Nous étions tous deux séduits. On a compris que ça pouvait marcher pour nous, qu’on avait de grandes chances d’être heureux dans les semaines et les mois suivants. Cela m’avait convaincu de faire de mon mieux pour rester ici. »

Initialement lié par un contrat de courte durée, Jack Willis décide de s’engager pour trois saisons supplémentaires (dont deux en option). Et ce malgré l’intérêt de Bordeaux-Bègles et l’éloignement du XV de la Rose… « J’ai eu besoin de quelques semaines pour être au clair sur la décision que je devais prendre, racontait-il en suivant. Mais, entre l’accueil ici, le sentiment d’être meilleur chaque jour et l’avis de ma petite amie, je sais que je suis à ma place pour les trois prochaines années. La sélection ? S’il y a bien un facteur qui a rendu la décision plus difficile à prendre, c’est celui-là. Mais, dans mon esprit, il fallait que je donne la priorité au club dans lequel je joue tous les jours. » Des mots prononcés quelques jours avant une finale de Top 14 où il avait été titanesque face à La Rochelle, compensant au mieux l’absence d’Anthony Jelonch. Un niveau qu’il a su maintenir et même élever sur les trois saisons suivantes. Jusqu’à s’imposer comme un des nouveaux capitaines du club le plus titré de France et d’Europe…

PLUS INFO  France – Angleterre – Steve Borthwick comparé au Premier ministre anglais, une liste de successeurs déjà sur la table : la revue de presse britannique avant le Crunch

https://www.rugbyrama.fr/2026/05/12/transferts-de-legende-si-les-wasps-navaient-pas-fait-banqueroute-jy-aurais-probablement-passe-toute-ma-carriere-jack-willis-a-toulouse-du-coup-dur-au-13366166.php

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