Un message d’avertissement en cas de manifestation lycéenne, posté avec le compte du nouveau maire de Carcassonne Christophe Barthès (RN) dans une discussion privée entre élèves sur Instagram, suscite la controverse. Lycéens et enseignants jugent la méthode inadaptée bien qu’il n’y ait rien d’illégal.
Résultats des élections municipales 2026
À peine quatre jours de mandat, et déjà trois polémiques à la clé. Depuis son élection officielle par le conseil municipal de Carcassonne (Aude), ce dimanche 29 mars 2026, le nouveau maire RN de la cité médiévale ne cesse d’attirer les regards… et la controverse.
Après avoir décroché les drapeaux de l’Union Européenne de sa mairie, puis signé un arrêté anti-mendicité dans le centre-ville, dans une mise en scène à la Donald Trump, Christophe Barthès est désormais accusé d’avoir intimidé des lycéens, qui souhaitaient manifester le mardi 31 mars 2026. Le tout, via un message envoyé dans un groupe de discussion privé de lycéens engagés, sur Instagram.
« Cette histoire a commencé le week-end dernier. Au vu des résultats des élections, on a souhaité faire une manifestation pour expliquer qu’on n’était pas forcément d’accord avec les premiers actes de Monsieur Barthès« , raconte Louise*, une lycéenne de 17 ans. Elle faisait partie de la petite cinquantaine de personnes présentes dans cette discussion privée, créée à l’origine pour la mobilisation « Bloquons tout » du 10 septembre dernier. « Le groupe a servi par la suite à échanger quand on n’était pas en accord politiquement entre lycéens« , explique l’élève.
Lundi 30 mars, alors que les lycéens prévoient une action le lendemain devant le lycée Paul-Sabatier en parallèle de la mobilisation des enseignants ce jour-là, « quelqu’un a ajouté Monsieur Barthès dans le groupe« , et « on ne sait pas qui c’est« , assure Louise*.
Le maire nouvellement élu a alors posté un message d’intimidation, indiquant que la mairie avait récupéré « les pseudos de chaque membre du groupe« , et que « les services de police ont été prévenus » dans le cas où la manifestation n’était pas déclarée en préfecture ou que des dégradations étaient commises.
Les lycéens ont transmis à France 3 une capture d’écran de ce message, ainsi qu’une vidéo démontrant qu’il s’agissait bien du vrai compte Instagram de Christophe Barthès.
Le message envoyé par le compte de Christophe Barthès, dans un groupe privé « de manifestation » lycéenne. • © Capture d’écran transmise à France 3 Occitanie par des lycéens.
« J’ai été un peu choquée« , admet Louise*. « Arriver comme ça dans un groupe de quarante jeunes et dire que la police est prévenue, et gare à vous si vous osez manifester… ce n’est pas la manière adaptée de le dire« , estime la jeune lycéenne. Suite à ce message, les lycéens ont préféré calmer le jeu mardi, en ne faisant qu’une petite manifestation. « Ce n’était pas de la peur« , assure-t-elle, « je pense que c’était plus une réflexion, en se disant qu’on a quand même eu un message du maire« .
Si cette histoire – révélée par nos confrères de l’Humanité – fait parler, c’est parce que les enseignants du lycée Paul-Sabatier ont souhaité la médiatiser dès lors qu’ils en ont pris connaissance. « Lundi dans la journée, on a compris que les élèves voulaient faire une manifestation. Un collègue en lien avec les lycéens a reçu une capture d’écran avec le message de Monsieur Barthès« , explique la cosecrétaire départementale du SNES-FSU de l’Aude, Magali Nappez, enseignante dans cet établissement.
« Nous, on a trouvé ce message intimidant pour des élèves lycéens« , rapporte la syndicaliste. « On peut en faire plusieurs lectures, et il n’y a rien d’illégal à envoyer ce message. Mais quand c’est le maire de la commune qui s’adresse à des enfants, en disant que les services de police sont prévenus, ça crée chez les élèves, très certainement, une sorte de peur qui fait qu’ils renoncent à faire leur manifestation« , estime-t-elle.
Elle estime que c’est aux enseignants que revient le rôle de former « des citoyens éclairés » notamment via les cours d’éducation morale et civique, « où on apprend ce qu’est une élection, la démocratie, ou encore la liberté d’expression et ses limites« . Mardi, les enseignants ont donc proposé à certains élèves de se joindre à leur mouvement, « car nous avions une manifestation légale déposée en préfecture« .
Alors après avoir posté ce message dans ce groupe privé, qu’en dit le principal concerné, Christophe Barthès. Sollicités par France 3 Occitanie, ni le nouveau maire Rassemblement national, ni son deuxième adjoint Florent Ghisi, ni le service communication de la municipalité n’ont donné suite à nos tentatives d’échanges, à l’heure où cet article est publié.
La défense de la mairie au quotidien La Dépêche est assez floue : nos confrères disent n’avoir reçu du maire de Carcassonne qu’un SMS indiquant que le message controversé avait été envoyé par un « faux compte« . Une défense mise à mal par son deuxième adjoint, qui assure, lui, qu’il s’agit bien du compte du maire, comme le prouve la vidéo des lycéens que France 3 a pu consulter.
Reste que le nouveau maire tente semble-t-il de calmer les tensions. Mercredi 1er avril, il a posté sur son compte Facebook une photo de sa rencontre, quelques heures plus tôt, avec des lycéens « pour écouter leurs revendications« . « Ils ont le droit de manifester mais en respectant la loi et en ne commettant aucune dégradation« , écrit l’élu.
Louise*, la jeune lycéenne de 17 ans, dit connaître au moins l’une des personnes reçues par l’élu. Selon elle, l’échange a duré un peu moins d’une demi-heure, durant laquelle Christophe Barthès aurait de nouveau réfuté être à l’origine du message controversé.
« Il a quand même le mérite d’avoir pris le temps d’échanger avec des jeunes« , reconnaît l’élève, « même si je pense que c’était plus une opération de communication« . Selon elle, les lycéens reçus n’ont pas été prévenus qu’ils allaient être pris en photo, et postés sur les réseaux sociaux.
*Le prénom a été modifié pour garantir l’anonymat.
