Interrogé dans le podcast « The Air Show », le président de la compagnie aérienne Emirates, Tim Clark, a exprimé sa théorie sur l’échec commercial de l’A380. Le Britannique est persuadé que les compagnies américaines ont boudé le fleuron technologique d’Airbus pour causer du tort à son groupe. Explications.
Mis en service en 2007, l’A380, symbole du savoir-faire d’Airbus au XXIe siècle, a cessé d’être produit en 2021. Boudé par de nombreuses compagnies, l’une fait exception : Emirates.
La compagnie émiratie a fait, au fil des ans, de l’A380 son principal atout et sa signature. Basée à Dubaï, elle a commandé plus d’appareils que ses concurrents réunis, avec 116 exemplaires à sa disposition.
Son président, l’homme d’affaires britannique Tim Clark, n’a visiblement pas digéré l’arrêt de la production de son avion favori. Interrogé au micro du podcast « The Air Show », le dirigeant a développé sa théorie sur l’échec commercial de l’A380, provoqué selon lui par les compagnies concurrentes.
Tim Clark, président d’Emirates, assure que l’échec commercial de l’A380 est dû à une stratégie de nuisance de ses concurrents. • © Christian Charisius / dpa
« Les compagnies américaines ne voulaient de toute façon rien avoir à faire avec cet avion, car à cette époque, c’était l’arme maîtresse d’Emirates, explique Tim Clark. Il fallait donc empêcher Emirates de continuer à en acheter, car cela permettait à Airbus d’en construire de plus en plus. C’est pour cela qu’aucune d’entre elles n’a acheté l’appareil. »
Dans le viseur du Britannique, le groupement de compagnies aériennes « Star Alliance », composé de Air Canada, Lufthansa, Scandinavian Airlines System, Thai Airways International et United Airlines.
Il aurait selon lui saboté le marché de l’A380 : « Il y avait un mandat clair au sein du groupe Star : ne pas acheter l’A380, car cela donnerait un immense pouvoir à Emirates. Ils se disaient « Si nous ne l’achetons pas, le programme finira par disparaître ». Et en vérité, c’est ce qu’il s’est passé. »
Basée à Dubaï, la compagnie Emirates a profité ces dernières décennies de son « super hub ». Dans la ville des Emirats-Arabes-Unis, elle a pu développer l’activité de ses A380, particulièrement adaptés aux transits entre des destinations européennes (Francfort, Londres, Milan, Paris et Zurich) et asiatiques (Bangkok, Hong Kong, Kuala Lumpur, Singapour…).
L’aéroport international de Dubaï, un « super hub » parfaitement adapté aux Airbus A380. • © imageBROKER/dad fotos / imageBROKER.com
À ce sujet, là encore Tim Clark pointe du doigt ses concurrents : « Les autres compagnies n’ont tout simplement pas commandé assez d’appareils pour développer leurs réseaux à grande échelle. Un super hub comme Dubaï permet réellement à l’avion d’exprimer tout son potentiel « .
Blogueur spécialisé dans l’aéronautique et l’A380, Ben Schlappig analyse la prise de parole du patron d’Emirates.
Sur son site One mile at a time, il remet en question l’analyse de Tim Clark, en s’appuyant sur cet argument du « super hub » : « Les autres compagnies espéraient-elles l’échec de l’A380 ? Probablement. Mais est-ce que cela a vraiment motivé American, Delta ou United à ne pas en commander ? Certainement pas. […] Il faut un super hub comme Dubaï (pour que l’A380 soit exploitable, ndlr), et un réseau qui permette à un passager de prendre un A380 pour enchaîner sur un autre A380. »
L’Airbus A380 n’était pas adapté aux stratégies commerciales des compagnies américaines. • © imageBROKER/Hans Blossey / imageBROKER.com/15363139
Ben Schlappig rappelle que la stratégie des compagnies américaines est différente de celle d’Emirates « simplement parce qu’elles préfèrent exploiter des avions long-courriers plus petits, avec une approche de capacité disciplinée, afin de maintenir des rendements élevés ». Dans ce contexte, un porteur de la taille de l’A380 n’est pas adapté, ce qui peut expliquer le manque d’engouement pour l’avion d’Airbus.
« En dehors du contexte particulier du Golfe, il n’est pas surprenant que cet avion n’ait jamais vraiment trouvé sa place ailleurs« , conclut le blogueur.
