Le 8 juillet dernier, un important incendie a ravagé 400 hectares aux alentours de Castelnau-de-Guers, dans l’Hérault. Plusieurs domaines ont été impactés, alors que les vendanges ont commencé depuis la mi-août.
Pour eux aussi, les vendanges ont commencé encore plus tôt cette année. Comme tous les viticulteurs de la région, la chaleur de l’été a provoqué la récolte du raisin dès la mi-août, au domaine de Bridau et au Mas Epic, à Montagnac. Mais contrairement à leurs collègues, plusieurs hectares de leurs vignes, majoritairement du Picpoul de Pinet, ont été ravagés par l’incendie de Castelnau-de-Guers. Que ce soit directement ou indirectement.
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Comme le prouve le magnifique mais multicolore paysage, en cette belle matinée de début septembre : tout autour du vert des vignes, des arbres noirs ou orangés peinent à tenir debout. La faute à un feu rendu incontrôlable par le vent, le 8 juillet dernier, et qui a détruit 400 hectares de végétations sur son passage.
« Mon grand-père avait acheté ce domaine, je suis né ici, et je n’avais jamais vu un incendie pareil, raconte Michel Pagès, 78 ans et propriétaire du domaine de Bridau. On a eu une sacrée peur, il y avait des flammes de plus de 20 mètres, j’en tremblais de partout. »
« On passe tous les jours devant nos vignes avec ces arbres morts, et c’est évidemment désolant, souffle son frère, Christian, 66 ans, du Mas Epic voisin. Il y a cet aspect du paysage meurtri mais il y a aussi toute une biodiversité autour des vignes qui a été détruite. »
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De la fumée jusqu’à l’intérieur du raisin
Presque deux mois après ce maudit jour de juillet, ces agriculteurs, et leurs enfants qui ont repris le flambeau, ne connaissent toujours pas l’étendue des dégâts. Quelques rangées ont été touchées par les flammes, d’autres ont vu la chaleur détruire les feuilles des vignes, et certaines n’ont rien. Seulement en apparence.
« Dans chaque grain, il y a une espèce de pellicule, la pruine, qui protège le fruit et retient les levures, qui ensuite se transforment en sucre puis alcool, explique Christian Pagès. Mais ça retient aussi les grosses fumées qu’il y a eu, et donc ça peut modifier le goût du vin, évidemment. »
Pour ne prendre aucun risque, la production du Mas Epic sera vinifiée de manière séparée à la cave coopérative, avec d’un côté les parcelles touchées par les fumées, puis les autres.
Vinification séparée et analyses en laboratoire
« Nous avons envoyé des échantillons à un laboratoire spécialisé, à Narbonne, pour savoir s’il y a effectivement des traces de fumées à l’intérieur du raisin, informe, de son côté, Michel Pagès. Si jamais c’est le cas, l’assurance nous remboursera la perte d’exploitation. »
Voilà le gros point positif dans la mésaventure du 8 juillet, pour le viticulteur de Montagnac qui a tout de même perdu plusieurs centaines de plantiers à cause de l’incendie. « Mon fils avait changé les assurances il y a deux ans, et tout est pris en charge, se satisfait-il. Ils ont été super, il faut le dire. On a envoyé les relevés de récolte des dernières années et notre perte d’exploitation sera remboursée. On va juste perdre du temps, mais pas de l’argent. »
Un avant et un après le 8 juillet
Pour autant, il y aura un avant et un après pour les vignes de Castelnau-de-Guers. Suite au feu ravageur, une importante réflexion a été menée par tous les sinistrés, réunis en mairie pour faire le point. Même si les vignes ont également été préservées grâce à leur bon entretien, il va falloir aller encore plus loin. Notamment en ce qui concerne la garrigue et les sous-bois qui entourent les champs de raisins.
« On a contacté des forestiers pour faire de grands travaux, développe Christian Pagès, du Mas Epic. Il va falloir tout nettoyer parce que, si on laisse la nature reprendre ses droits, on va avoir un pin qui repousse tous les 50 centimètres. Les pompiers ne pourront plus passer parce que ce sera trop épais et on n’aura plus de thym, de romarin ou des bruyères tout autour. On réfléchit à planter des chênes, qui sont plus résistants aux incendies, comme il y en avait en majorité, il y a une centaine d’années sur ces terres. »
Avant cela, tous les arbres morts seront abattus et achetés par les forestiers qui ne laisseront qu’un pin sur deux, afin de créer des zones coupe-feu, tout autour des vignes. Afin que le 8 juillet ne soit plus qu’un lointain souvenir.
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