Santé : ras-le-bol et coup de gueule des infirmiers libéraux

Se sentant incompris et méprisés par le gouvernement, croulant sous une tâche difficile et des rythmes de travail exténuants, infirmières et infirmiers libéraux montent au créneau. À Valras-Plage, Julien Belou est le porte-parole du mouvement national « Infirmiers libéraux en colère » qui a recueilli plus de 26 000 signataires chez ses pairs.  

Des journées intenses de parfois plus de 15 heures de labeur, un réveil qui sonne bien souvent à l’aube et un retour à la maison trop de fois après 20 h, un travail rude physiquement et mentalement mais surtout, le sentiment de ne pas être entendu par le gouvernement : les infirmières et les infirmiers libéraux en ont assez et veulent le faire savoir. Ils ont donc décidé de créer le mouvement « Infirmiers libéraux en colère ». C’était en décembre 2022.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase de leur ras-le-bol est tombée lors de l’émission télé Cash investigation sur le thème « Hold-up sur la Sécu, à qui profite la fraude ? ». Certains de leurs pairs, peu scrupuleux, étaient alors, à juste titre, mis au pilori. Dans la foulée, le gouvernement a pris des mesures pour sanctionner les éventuels fraudeurs. Sauf que c’est toute une profession qui a été prise pour cible : « En cas, par exemple, d’erreur administrative, il peut y avoir une extrapolation des indus sur une période de trois ans, regrette Julien Beloun, infirmier à Valras-Plage et représentant du mouvement. Nous sommes présumés coupables et non innocents. » 

Aujourd’hui, la grogne s’intensifie d’ailleurs de plus en plus dans le milieu. Beaucoup montent au créneau pour dénoncer des conditions de travail devenues infernales. 5 000 infirmiers ont rejoint le mouvement, dont 1 900 en Occitanie. Une pétition circule sur les réseaux sociaux. Elle a recueilli 26 000 signatures à l’échelle de l’Hexagone et des Dom-Tom.

Un mouvement asyndical

 « Ce mouvement est dirigé par un groupe de pilotage de 25 personnes, explique Julien Belou. Notre objectif est de faire remonter les idées de la base et de faire redescendre toutes les décisions qui sont prises. C’est un mouvement qui n’est pas du tout syndical. Il est simplement issu de la colère et de la frustration des infirmiers libéraux. Nous avons été mis à l’écart par le gouvernement. Il règne vraiment, chez la majorité d’entre nous, un sentiment de mépris et d’humiliation. »

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Les infirmiers libéraux ont aussi peu digéré l’après Covid. Si leurs pairs travaillant en milieu hospitalier ont reçu une prime, ils ont, eux, été laissés sur le bord de la touche : « Nous avons dû nous débrouiller pour tout, déplore Fiona Lerussi, une des fondatrices du mouvement qui a débuté dans les Bouches-du-Rhône. Nous avons, par exemple, eu beaucoup de difficultés à trouver le matériel pour nous protéger. » En sachant que pendant le pic de la pandémie, des infirmiers libéraux ont enchaîné les jours de travail sans compter. Avec des prestations tarifaires toujours bloquées : « Nous demandons de rattraper notre pouvoir d’achat et d’acquérir une réelle reconnaissance, annonce Julien Belou. Nos tarifs n’ont pas été revalorisés depuis 2009, soit depuis 14 ans, alors que notre pouvoir d’achat a baissé de 25%. Pour faire un pansement à un patient, nous sommes rémunérés 6,30 € brut (moins de 5€ net). Pour une toilette, le forfait journalier est de 6 € net. Il comprend, aussi, le fait de donner les médicaments à la personne et ce, que l’on y aille une ou plusieurs fois dans la journée. »

Dix lettres au président de la République

Chaque jour et ce pour une durée de dix jours, les  responsables du mouvement envoient un courrier au président de la République avec une revendication quotidienne. Une lettre expliquant leur mal-être a également été envoyée aux 577 députés de l’Assemblée nationale.

Le niveau d’étude d’un infirmier est de Bac plus trois, un étudiant voulant devenir infirmier libéral devant, en plus, afficher deux années d’expérience en milieu hospitalier : « Nous avons choisi ce métier, assume Julien Belou, en souriant amèrement. Mais nous ne savions pas que nous en arriverions là. Je n’ai pas fait tout cela pour être humilié… »

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https://www.midilibre.fr/2023/02/08/sante-ras-le-bol-et-coup-de-gueule-des-infirmiers-liberaux-10981594.php

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