L’Institut national polytechnique de Toulouse au bord de la crise de nerf

Malgré une très forte opposition, la présidente de l’Institut national polytechnique de Toulouse veut le rattachement de l’INP au Groupe des Écoles Centrale (GEC). A bout de souffle et pris d’un profond malaise selon un collectif, le personnel de l’établissement a voté vendredi 13 mai la grève pour la semaine prochaine

Attitude condescendante de la présidence, pressions sur les représentants des personnels, dénigrement des opposants, inquiétude des personnels qui craquent régulièrement en réunion, multiplication des signalements santé et sécurité au travail. Le climat décrit au sein de l’Institut national polytechnique (INP) de Toulouse par le Comité d’Action contre le Projet Centrale Toulouse (CAPCT), dans un communiqué de presse, serait des plus « délétère« . 

L’annonce le 7 décembre dernier de la présidente de l’INP, Catherine Xuereb, d’un projet de rattachement de Toulouse INP au Groupe des Écoles Centrale (GEC) est à l’origine de cette situation. « Ce projet vient d’une sollicitation du groupe Central, assure Catherine Xuereb. C’est une vraie opportunité dont il était intéressant de se saisir pour les étudiants, qui deviennent ainsi acteurs de leurs formations, et d’insuffler dans nos formations des composantes culturelles environnementales très fortes.« 

Un projet vu également d’un bon oeil par la Région et Toulouse Métropole qui militent depuis plusieurs mois localement pour que les établissements d’enseignement supérieur toulousains gagnent en visibilité sur la scène internationale, notamment dans les classements internationaux.

Problème. Au fil des semaines, l’opposition en interne n’a cessé de se renforcer.

« Cette opposition existe majoritairement du côté des enseignants, explique Clément Varenne du syndicat UNSA ITRF-BIO. Du côté de notre organisation et des personnels administratifs, nous sommes dans l’attente. Centrale, c’est une culture particulière. Beaucoup de questions restent à lever sur ce projet même si nous participons aux groupes de travail. »

« La méthode utilisée, l’urgence imposée, l’absence d’arguments sérieux et les conséquences potentielles pour l’établissement sont telles qu’une majorité des personnels de Toulouse INP est en effet aujourd’hui ouvertement opposée à ce projet d’après des sondages » estime de son côté le Comité d’Action contre le Projet Centrale Toulouse.

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La présidente s’entêterait « à essayer de faire passer ce projet coûte que coûte et à étouffer toute voix discordante« . Catherine Xuereb refuserait ainsi la mise en place d’une consultation des personnels sur ce dossier. 

« Le projet Centrale Toulouse et son urgence, ne font qu’accentuer la souffrance de personnels à bout de souffle et porte atteinte à sa santé mentale et physique (les stigmates sont déjà présents comme le montre une récente enquête). Un label coûte que coûte ? A quel prix ? » dénonce le CAPCT.

Des accusations que réfute la présidente de l’INP : « Nous avons ouvert notamment le comité de dialogue (Codial). Aujourd’hui, 35 participants issus de toute la communauté du personnel y sont associés. Nous venons d’ailleurs de relancer un appel. Tout le monde peut venir s’y informer, s’y exprimer, poser des questions. Deux syndicats, n’ont pas souhaité venir travailler au sein de ce Codial. Et c’est l’une de ces organisations syndicales qui nous dit qu’il n’y a pas de concertation. Il y a des contrevérités qui sont véhiculées. Je regrette que ces places aient été laissées vides.« 

Catherine Xuereb assure comprendre les craintes et les bouleversements provoqués par ces éventuels changements mais refuse que soient « agités des chiffons rouges sans être au fait de l’information d’un projet« .

Les opposants au projet mettent en avant les 90% d’étudiants de l’INP, aujourd’hui, embauchés trois mois après l’obtention de leur diplôme et les écoles et laboratoires sont reconnus nationalement et internationalement pour expliquer leur positionnement.

La plupart craignent les conséquences que pourrait entraîner le label Central : la formation non plus d’ingénieur mais de managers, la baisse de 25% du nombre d’élèves, la multiplication par quatre des frais d’inscriptions (2500 euros par an), la baisse de diversité des étudiants dans le recrutement et la main mise des personnalité extérieures au sein des conseils d’administration. 

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« Certains sont restés sur des visions caricaturales.  » Ils sont restés, notamment sur l’ingénieur manager, sur des images des écoles Centrales, qui datent des années 80 ou 90, où la finance étaient à la mode. Ce sont des visions qui sont bien dépassées. Aujourd’hui un ingénieur centralien, c’est un ingénieur qui a un haut niveau scientifique et technique » se défend Catherine Xuereb qui précise également que toutes les formations d’ingénieurs de l’INP ne seront pas transformées en une formation école Centrale. 

Concernant l’augmentation des frais d’inscriptions, elle se voudra être « un modèle de contribution lissé et évolutif » qui servirait à » accompagner socialement les étudiants qui en auront le plus besoin. »

« La présidence, de plus en plus isolée, justifie le projet uniquement par le prestige que représenterait une labellisation Centrale. Mais comment croire qu’un logo et un nom changeraient tout ? » déplorent le Comité d’Action contre le Projet Centrale Toulouse. 

Des interrogations renforcées par la crise secouant le milieu de l’enseignement supérieur local depuis plusieurs mois.

Vendredi 13 mai, en début d’après-midi, 80% du personnel de l’Institut national polytechnique de Toulouse (INP) présent en assemblée générale a voté la grève à partir du 20 mai (précision : le syndicat UNSA ITRF-BIO n’appelle pas à la grève). 

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