Des brutes vous crient dessus, vous bousculent, détruisent tout ce qui leur tombe sous la main. En une seconde, votre existence est en miettes. On vous transforme en animal. On vous jette dans un wagon qui sent l’urine. On vous enlève, on vous arrache votre dignité. Dans un train de marchandises, le bétail humain roule vers une destination inconnue. L’odeur et la promiscuité sont insupportables, les enfants pleurent, chacun est prostré. C’est l’horreur administrative, l’inhumanité revendiquée. Le meurtre pensé, organisé, planifié. Le reste dépasse l’entendement. C’est l’arrivée dans un pays aussi noir que glacé. Une sorte d’usine de la mort. Une Babel démoniaque où toute sorte de langues fusent autour de vous avec, en toile de fond, des aboiements en allemand. Et puis, le pire arrive. Le pire, c’est le tri. On arrache une femme à son mari, un enfant de trois ans à sa maman. Certains seront gazés dans l’heure, d’autres deviendront les esclaves du Reich, d’autres encore subiront les expériences de savants totalement fous. Les couples ont échangé un dernier regard. Une fillette appelle sa mère, supplie son père avant de recevoir un coup de crosse ou d’être mordue par le chien d’un SS.
GS
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