« Ça nous met en grande difficulté », pas d’accès au service de paie, la cyberattaque continue de semer la zizanie dans les écoles

La coupure numérique qui impacte l’Académie de Toulouse suite à la cyberattaque des services du ministère de l’Éducation nationale n’est toujours pas résolue. Faute d’accès à certaines applications indispensables à la gestion des personnels, certains établissements s’inquiètent des conséquences financières et d’une charge administrative qui s’accumule pour les personnels.

La coupure numérique découverte le 19 août n’est toujours pas terminée. Le piratage des services du ministère de l’Éducation nationale, révélé par l’institution dès le 31 juillet, puis revendiqué par des cyberattaquants dans une ampleur bien supérieure à la mi-août, paralyse toujours les infrastructures numériques de 2200 écoles et 367 établissements publics gérés par l’Académie de Toulouse (Haute-Garonne).

La galère se poursuit pour les personnels comme pour les parents des établissements scolaires, toujours privés d’environnement numérique de travail (ENT). « On a encore aujourd’hui un certain nombre de familles qui n’ont pas accès au réseau d’établissement, c’est-à-dire que leurs enfants ne peuvent pas consulter le cahier de textes, ne peuvent pas consulter nos outils de vie scolaire. Finalement, le seul moyen de contact, c’est le téléphone », témoigne Yvon Manac’h, proviseur du lycée Clémence-Royer de Fonsorbes, près de Toulouse (Haute-Garonne) et secrétaire académique du SNPDEN, syndicat majoritaire des chefs d’établissement. Impossible aussi de travailler sur la base élève où sont entrées toutes les inscriptions.

Près d’un mois après la rentrée, les établissements fonctionnent en interne. Mais la charge de travail des personnels de direction et des personnels administratifs commence à s’accumuler.  » Ça commence à devenir très inquiétant et ça nous met en grande difficulté. Des dossiers qu’on devrait déjà avoir traités ou certains qu’on devrait être en train de traiter, vont prendre énormément de retard et avoir un impact », souligne le proviseur. Les applications nécessaires à la gestion des personnels, pour le traitement des salaires ou le paiement des heures supplémentaires des enseignants ne sont toujours pas accessibles. ce qui pourrait entraîner un surcoût financier.

Depuis le mois de juillet, on n’honore pas nos factures. Donc on va se retrouver maintenant avec des pénalités, des intérêts moratoires qui vont avoir un impact assez important pour certains établissements et qui vont mettre les établissements en difficulté

Yvon Manac’h, proviseur du lycée Clémence-Royer de Fonsorbes, secrétaire académique du SNPDEN

La facture sera-t-elle assumée par l’Etat ou par ces collectivités territoriales ? « Pour l’instant, on n’a pas de réponse, mais on est très inquiets pour la santé financière de certains établissements », abonde le proviseur.

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Cette lente remise en route des serveurs entraîne d’autres dommages collatéraux. Dans le Tarn, des enseignants contractuels qui ne travaillent pas actuellement ne peuvent pas toucher leur allocation de retour à l’emploi. « Le rectorat est dans l’impossibilité de leur transmettre une attestation d’employeur réclamée par France Travail. À la place, le rectorat leur fournit une attestation provisoire en prévenant qu »il n’était pas en mesure d’éditer le document attendu. Mais l’agence de France Travail d’Albi ne la reconnaît pas », pose Bérengère Basset, représentante syndicale à SUD éducation Solidaires Tarn. Un problème que son syndicat a pointé auprès du Ministère. « On nous a répondu qu’il y avait un traitement propre à chaque agence France Travail et cela pose de gros soucis. Il faut absolument régler cette question », insiste la syndicaliste.

Pour cette enseignante du collège Saint-Juéry, la situation reste encore très chaotique. « Certaines applications relatives à nos droits comme celle du registre de santé et sécurité ou encore celle pour s’inscrire à des formations professionnelles ne fonctionnent toujours pas ». Impossible aussi de consulter les certificats d’honorabilité des enseignants remplaçants ou même des parents agréés pour accompagner les classes à la piscine. Ce qui entraîne des reports ou des annulations des séances d’apprentissage prévues dans le cadre de l’école de l’eau.

Avec ces retards, les charges de travail vont s’accumuler et mettre le personnel administratif sous pression. « Évidemment, notre souhait, c’est que ça revienne le plus vite possible, mais aussi que soit pris en compte par notre institution le fait qu’on va devoir gérer les priorités », insiste Yvon Manac’h. La Fédération syndicale unitaire (FSU) pointe du doigt un manque de budget sur la sécurité informatique.

Il paraît évident que si des moyens suffisants avaient été mis en place et avaient été anticipés, ces attaques informatiques auraient pu être évitées. Elles n’arrivent pas partout dans tous les États et dans toutes les administrations

Rémi Lasfargues, Co-secrétaire FSU SNUipp

L’Agence nationale de sécurité informatique a pris la main pour résoudre le problème. Le rectorat vient de recevoir 30 ordinateurs du ministère pour dans un premier temps gérer les salaires. 400 de plus doivent arriver pour au plus vite rétablir la situation. Aucune date de retour à la normale n’est pour l’instant avancée.

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Écrit avec Bertrand Pelletier

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