Affaire Aramburu – « Je joue au coq, j’ai voulu gagner » : Le Priol raconte sa version des faits

Lors de son audition, Loïk Le Priol est ce lundi matin revenu sur la nuit du 19 mars 2022. De la bagarre du Mabillon aux six coups de feu, l’accusé a raconté son engrenage, ses choix et ce qu’il décrit comme un « réflexe militaire » .

Cette fois, Loïk Le Priol entre dans le dur. À la barre, il parle clairement, militairement serait-on tenté de dire, avec un recul sur lui-même qu’il revendique en préambule : « Ce procès est une vraie psychanalyse. Ce n’est pas rien d’avoir enlevé un père à ses enfants, un époux, un fils. On porte ça. » Puis : « J’ai peut-être un rapport particulier à la violence. Il m’arrivait de sortir armé. Mon rapport aux armes était totalement décomplexé parce que, jusqu’aux faits de mars 2022, je ne côtoyais que des anciens militaires ou policiers qui, eux aussi, ne lâchaient jamais leur arme. J’étais matrixé »  Au fil de l’interrogatoire, réalisé sous les yeux de plusieurs coéquipiers de Federico Martin-Aramburu (Dimitri Yachvili, Imanol Harinordoquy, Damien Traille, David Couzinet), l’accusé semble faire amende honorable, quitte à parfois en faire trop vis-à-vis de la cour. « Vous avez totalement raison, monsieur le président. Totalement raison. Quand on fait une bêtise une fois, cela peut s’entendre. Quand on la répète, c’est qu’on est con. Avant, je disais souvent : “Dieu vomit les tièdes. Chez moi, c’est donc tout ou rien.” Je ne fonctionnais que comme ça et je le regrette. »

Même mouvement lorsqu’il est interrogé sur sa relation au Gud. Le Priol, visiblement très bien préparé par ses conseils, parle d’un « engagement de circonstance » : « J’avais 16 ans et je ne comprenais rien. J’avais des copains et je les ai suivis parce que j’avais l’impression de faire partie d’un truc. J’étais perdu, l’armée m’a sauvé. » Parfois, cette autocritique semble presque épouser tous les reproches qui lui sont adressés. Une vidéo le montre dans un stand de tir avec Romain Bouvier et Antony Sorrentino, sur fond de rap. Le Priol tranche lui-même : « C’est de la virilité toxique, monsieur le président. C’en est même ridicule : du gros rap en fond sonore, la chanson Tripoli de Kaaris, il y a tout, quoi. » Une autre image, trouvée dans son téléphone, est plus embarrassante encore : un montage de Marine Le Pen accompagné d’une pancarte portant ce message : « Bon Ramadan, les bougnoules ».

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Le Priol : « Les deux rugbymen sont face à moi, je ne fais pas le poids »

Puis vient enfin la nuit du 19 mars. Avant le Mabillon, Le Priol dîne au Bizetro avec Bouvier et un ami policier. « On prenait un dernier verre avant de rentrer. On était dans une bonne ambiance, on rigolait. M. Hegarty et M. Aramburu arrivent. On sympathise. Il y a eu des échanges pendant trente minutes entre nos deux tables. » Selon lui, tout bascule lorsque Jérémy Lambert, l’avocat lourdingue assis à une table voisine, tente d’accoster Lyson Rochemir. Le Priol affirme lui avoir demandé plusieurs fois d’arrêter, avant que Hegarty ne l’invective à son tour. « Je suis blessé dans mon ego, humilié devant ma copine et je réagis. Je m’approche de Shaun Hegarty et lui tapote la joue. » Federico Martin-Aramburu intervient ensuite en le tirant par la capuche. « Je crie : “Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu fais ça ?” Je n’ai pas compris. » La bagarre éclate. « Les deux rugbymen sont face à moi, je ne fais pas le poids. Je me fais éclater, clairement. Je suis en difficulté mais je ne sors jamais mon arme. » Lorsqu’ils s’éloignent, pourtant, Le Priol décide de les suivre. Et, cette fois, il ne cherche guère à embellir sa décision : « Je veux avoir une explication, quitte à ce qu’elle soit physique. Je suis bourré, en mode bagarre et je prends la décision de poursuivre les rugbymen. Je joue au coq. Je ne veux pas perdre. C’est risible, certes. Mais ce n’est pas une volonté d’homicide ».

« J’avais pris une vie, je devais donner la mienne »

Le récit, qui contredit étrangement celui de la dizaine de témoins entendus jusqu’ici, change de nature lorsqu’il entend dans sa course les premières détonations, attribuées à Romain Bouvier. « Là, tout bascule. Ce n’est plus une simple altercation de bistrot. Je pense ma meuf et mon pote en danger. Je les rejoins pour les défendre, plus rien ne compte. C’est la limite entre le courage et la connerie. » Le Priol affirme dépasser les deux rugbymen en les ignorant avant de poursuivre vers le Mabillon. Selon son récit, Martin-Aramburu se jette alors sur lui. « Il y a un déferlement de coups. Je suis au bout de mes capacités, en claires difficultés. Si je sors mon flingue, dans un pur réflexe militaire, c’est parce que je suis en danger. J’appuie jusqu’à ce que ça s’arrête. » Puis assure aussitôt ne pas vouloir charger celui qu’il a tué : « J’essaie de dire la vérité mais à aucun moment je ne veux écorner la victime, qui n’est plus là pour s’expliquer, ou faire du mal à sa famille. Je ne peux rien lui reprocher : quand il se jette sur moi, il s’est déjà fait tirer dessus par M. Bouvier et je comprends qu’il ait peur. Mais moi, je ne demande rien sur ce coup. » Le président intervient alors pour ramener l’ancien commando à la réalité de cette nuit parisienne : « Mais vous n’êtes pas au combat, M. Le Priol ! Vous êtes un samedi soir dans les rues de Paris ! «  L’accusé ne lutte pas : « Vous avez raison, monsieur le président. C’est du pur délire. »

Reste sa fuite vers l’Est, au lendemain des faits, et cette volonté affichée de rejoindre l’Ukraine. Le Priol, désormais emphatique, donne aujourd’hui une dimension sacrificielle : « J’avais pris une vie, il fallait que je donne la mienne. » Au front, il raconte avoir soigné ses blessures avec l’aide d’un ami ukrainien, dormi quelques heures puis découvert les articles relatant les recherches lancées contre lui. Mais c’est, assure-t-il, l’incarcération de Lyson Rochemir qui aurait provoqué son demi-tour : « Je ne l’ai pas supporté. J’ai décidé de me rendre. Lyson, c’était juste une petite bourgeoise parisienne qui n’avait rien demandé à personne. » Sur les écrans de la salle Voltaire repassent enfin les images du Mabillon. Loïk Le Priol les regarde encore. On y voit des hommes rire, discuter, boire autour de deux tables. Il désigne l’écran : « Regardez, on rigole. Tout se passe bien. C’est terrible de se dire que… » La phrase reste suspendue. « Je dis juste que je me suis défendu, monsieur le président, même si tout ça ne justifie en rien la mort de M. Aramburu ». Le président intervient encore. « Je vois où vous voulez en venir mais pour qu’il y ait légitime défense, M. Le Priol, il faut que l’attaque et la défense soient proportionnés…Comment expliquer les tirs dans le dos, d’ailleurs ? » La réponse de l’accusé fuse: « M. Aramburu m’agrippe à la chemise et alors, il y a un mouvement rotatif. Il tourne sur lui-même, je tire et ça finit dans le dos. Isabelle Sec, la médecin légiste, a d’ailleurs dit que ma version était plausible ». Nouvelle intervention de Franck Zientara : « M. Aramburu se décale et recule, monsieur Le Priol ! Pourquoi continuez-vous donc à tirer ? Pourquoi n’avez-vous pas fait de tirs de sommation ? » Réponse de l’ancien commando : « Je ne peux vous répondre. Mon esprit était embrouillé par le stress et l’alcool. Je ne peux justifier l’injustifiable ». Le dernier mot à l’homme en robe : « Oui, mais vider son chargeur sur une personne, c’est une exécution, monsieur Le Priol ».

https://www.rugbyrama.fr/2026/09/21/affaire-aramburu-je-joue-au-coq-jai-voulu-gagner-le-priol-raconte-sa-version-des-faits-13561498.php

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