Le 5 août 2025, dans le massif des Corbières, démarrait l’un des plus grands feux de l’histoire de France. Les flammes ont parcouru 17.000 hectares. Un an après, l’Etat, les collectivités et les organismes publics ont signé ce mercredi une charte d’engagements pour l’avenir.
Il y a un an, « l’Ogre des Corbières » frappait 16 communes de l’Aude. Ce feu hors normes a détruit 36 maisons et causé la mort d’une femme de 65 ans. Un an après, jour pour jour, les autorités ont officiellement signé mercredi le « Plan Corbières 2030 », une charte d’engagements pour reconstruire le massif et limiter les risques à l’avenir. Ce plan prévoit une vingtaine de mesures.
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Sécuriser la ressource en eau
L’eau reste l’une des principales préoccupations, dans un département touché par une sécheresse intense avant et pendant l’incendie. Le plan prévoit de balayer toutes les solutions envisageables pour trouver de l’eau et pour éviter d’utiliser de l’eau potable en cas de crise. « Que peut-on trouver en sous-sol ? Où peut-on imaginer des retenues d’eau ? Que prévoir pour la réutilisation des eaux usées ? Il faut voir », énumère le préfet de l’Aude Alain Bucquet.
Aucun projet précis n’est lancé pour le moment. Mais les collectivités ont déjà imaginé des pistes, comme c’est le cas du Département de l’Aude. « Nous venons de décider de nous engager sur la maitrise d’ouvrage de retenues collinaires, annonce la présidente Hélène Sandragné. Ce sont des choses très concrètes qui verront le jour rapidement. »
« On ne pourra pas attendre dix ans pour recevoir l’eau du Rhône ! »
De même, la Communauté de communes de Lézignan-Corbières-Minervois a réalisé deux forages. « Et nous avons trouvé de l’eau en profondeur, confirme le président André Hernandez. On va voir combien d’hectares on peut irriguer avec ça. C’est à ce prix que nous arriverons à sauver notre territoire. Car sans eau, on ne fera rien pousser. » Ces deux dernières années, à cause de la sécheresse et de l’incendie de Ribaute, plus de 10.000 hectares de vignes ont été arrachés, selon les chiffres de la Chambre d’agriculture.
Dans le même temps, des voix s’élèvent pour réclamer l’accélération du projet Aqua Domitia. Cette immense canalisation doit bientôt permettre d’acheminer l’eau du Rhône jusque dans l’Aude et les Pyrénées-Orientales. En début d’année, une seconde phase d’études devait démarrer pour connaître le tracé du tuyau et la durée exacte du chantier. Mais la procédure est jugée trop lente par les élus locaux, comme André Hernandez. « Les viticulteurs sont aux abois, c’est un drame. Beaucoup ont mis la clé sous la porte. Et les anciennes vignes deviennent des friches, donc des incendies potentiels pour demain. Alors il faut faire venir l’eau du Rhône le plus vite possible. On ne pourra pas attendre dix ans ! »
Miser sur le pastoralisme
Selon la Chambre d’agriculture, environ 80% de l’élevage audois est pastoral. Cette pratique, qui consiste à faire pâturer les troupeaux sur des terrains naturels et non-entretenus, apparait comme une aubaine. « Les herbivores mangent le combustible qui alimente les feux de forêt, résume Thimoléon Resneau, le vice-président de la Chambre d’agriculture, chargé de l’élevage. Donc il y a un enjeu majeur. Il faut sécuriser et aider les éleveurs déjà installés, les rediriger vers des zones en friche. Les mairies, par exemple, pourraient cartographier les zones sensibles. Il y aurait alors des troupeaux de vaches, de moutons ou de chèvres autour de certains villages. »
Jean-Louis Cazaubon, le vice-président de la Région Occitanie chargé de la souveraineté alimentaire et de la viticulture, propose même d’attirer de nouveaux éleveurs dans l’Aude. « On pourrait installer des jeunes pour protéger les communes encerclées de broussailles. Car c’est peut-être l’un des départements leaders en arrachage de vignes. Mais si on laisse la broussaille gagner du terrain, on prend des risques. »
Sécuriser les pistes réservées aux pompiers
En un an, le bois brûlé a été récupéré sur les 17.000 hectares parcourus par les flammes, pour être ensuite commercialisé. Des travaux de déblaiement doivent ensuite démarrer en septembre sur les 23.000 parcelles traversées par l’incendie. Et pas question de replanter des arbres. « Ce serait trop cher, explique le directeur de l’Office national des forêts dans l’Aude, l’Ariège et les Pyrénées-Orientales, Stéphane Villarubias. Coûteux, et peu fructueux puisque les conditions climatiques rendraient la croissance des arbres difficile. »
Les agents de l’Office national des forêts vont plutôt s’atteler à entretenir les abords des pistes forestières empruntées par les camions de pompiers. « Nous allons préparer des bandes de sécurité pour les pompiers, en s’assurant que la végétation qui repousse naturellement soit plus feuillue et mélangée. »
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