L’arrière international Thomas Ramos (31 ans) va quitter le Stade toulousain à l’issue de la saison à venir, pour s’engager trois ans en faveur du Racing 92. Un séisme à l’échelle du rugby français, lequel paraissait hautement improbable, voire même impossible, il y a encore quelques semaines. Voici les coulisses d’un des transferts les plus marquants des dix dernières années…
« Et ce n’est pas fini… » Croisé moins de trois heures après l’épilogue de la dernière finale de Top 14 remportée par le Stade toulousain contre Montpellier le 27 juin, synonyme de quadruplé historique, Thomas Ramos nous a lâché cette petite phrase avec un sourire en coin. Il faisait alors référence à d’autres titres à venir pour cette génération dorée, aux côtés de Dupont, Marchand, Mauvaka, Cros et consorts, déjà auréolée de six Boucliers de Brennus et de deux Champions Cup depuis 2019.
Pouvait-il imaginer, à cet instant, que son futur allait finir par s’écrire un jour ailleurs qu’à Ernest-Wallon ? C’est peu probable. Pourtant, quatre jours plus tard, l’arrière international (52 sélections) allait entrer dans sa dernière année de contrat, laissant aux autres clubs le droit de le contacter officiellement à partir du 1er juillet. De ce que l’on sait, son portable a chauffé et Ramos a alors compris ce que signifiait la présence d’un joueur de son envergure sur le marché…
Les choses ont-elles basculé à ce moment-là ? En partie, sûrement. Mais ce serait trop réducteur de le présenter ainsi. Si l’intéressé a envisagé l’idée de terminer sa carrière sous de nouvelles couleurs, ce qui était absolument impensable quelques mois (ou même semaines) auparavant, cela découle d’une situation qui s’est enlisée. Dont l’issue paraissait de plus en plus inéluctable ces derniers jours : alors que les premiers contacts ont été révélés dans nos colonnes le 22 juillet, Ramos va rejoindre les rangs du Racing 92 après la Coupe du monde 2027. Mais comment en est-on arrivé là ?
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Une histoire de plus de quinze ans
Seul joueur (avec François Cros) présent sur toutes les feuilles de match des finales gagnées depuis sept ans, Thomas Ramos est un monument du Stade toulousain. Plus encore de cette génération dirigée par Ugo Mola, et considérée comme l’une des plus belles (ou la plus belle ?) de l’immense histoire de ce club. Une institution qu’il a rejointe à l’âge de 15 ans, en provenance de Mazamet, là où il est né et a commencé le rugby.
Voilà donc plus de quinze ans que le garçon évolue sous les couleurs des Rouge et Noir, exceptée une saison en prêt à Colomiers en 2016-2017, qui lui a permis d’être élu meilleur joueur de Pro D2 et de mettre un coup de fouet à sa carrière. À son retour à Ernest-Wallon, il est devenu le buteur attitré et l’un des patrons de cette équipe qui allait tout rafler. En avril 2022, quelques mois pourtant avant l’arrivée de Melvyn Jaminet à son poste, Ramos avait même choisi de prolonger l’aventure jusqu’en juin 2027. Une décision heureuse, puisqu’il avait poursuivi sa progression, jusqu’à s’imposer comme le numéro 15 et l’artilleur indispensable du XV de France.
Surtout, par son esprit de compétiteur hors normes et sa science d’un rugby fait d’adaptation permanente, qui en ont fait un pion essentiel du fameux trident Dupont-Ntamack-Ramos pour mener le jeu rouge et noir, le Tarnais incarnait plus que nul autre l’ADN du Stade toulousain. Conscient qu’il signerait certainement ensuite son ultime contrat, Ramos se voyait finir dans la ville rose. Pour des raisons autant sportives que familiales. Un souhait qui était aussi et évidemment celui de son club.
La politique du Stade toulousain
Les premières discussions concrètes entre les deux parties auraient eu lieu à la sortie de l’été 2025, voilà presque un an. À cette époque, l’idée était forcément d’évoquer un avenir commun, même celle d’intégrer possiblement le staff à terme si le projet pouvait intéresser Ramos. A priori, lui n’y était pas insensible et tout portait à croire que les négociations allaient avancer de manière positive. La politique salariale du club aurait également été présentée, à savoir une baisse des émoluments pour les trentenaires, comme cela est fait depuis longtemps en interne.
Une ligne de conduite à laquelle ne voulaient pas déroger les dirigeants toulousains et qui ne répondaient d’ailleurs pas spécialement aux soubresauts connus ces dernières saisons concernant le salary cap. Plusieurs exemples récents, parmi lesquels Pita Ahki, Joe Tekori, Charlie Faumuina ou Maxime Médard, avaient suivi cette logique lors de leurs ultimes prolongations. Là, il fallait aussi s’adapter aux évolutions du salary cap qui ont été votées ces derniers mois, avec notamment la réduction des crédits internationaux. Dans un premier temps, cela ne semblait pas être un obstacle insurmontable malgré la stature internationale de Ramos, lauréat notamment de l’Oscar d’or Midi Olympique en 2025.
Des positions figées
Que s’est-il donc passé par la suite ? Difficile à dire. Toujours est-il que les échanges ont été moins réguliers ou moins prolifiques en tout cas, ce qui a retardé la matérialisation de l’offre. Il faut aussi souligner que le Stade toulousain avait de nombreux dossiers à gérer, dont ceux concernant les joueurs en fin de contrat en juin 2026 que le club voulait conserver (Flament, Mallia, Neti, etc.). Sans oublier une actualité extra-sportive brûlante avec les révélations autour des contrats d’image d’Anthony Jelonch et d’Antoine Dupont, ou les nouvelles accusations d’infraction au salary cap, qui ont conduit le quadruple champion de France en titre à être condamné à une nouvelle amende de 2,88 millions d’euros (Toulouse a fait appel).
Dans le camp de Ramos, cette attente n’aurait pas été très bien vécue. L’a-t-il reçu comme un manque de considération ? Du côté des décideurs stadistes, on se voulait néanmoins rassurant, considérant qu’une solution serait trouvée au vu du passé commun. N’empêche, les positions se sont peu à peu figées. Et les relations auraient globalement été moins fluides en interne après le Tournoi des 6 Nations 2026 remporté par les Bleus, dont Ramos a été un grand artisan. Aussi, la fin de saison a été un peu frustrante, et l’arrière a même raté la demi-finale en raison d’une blessure au mollet survenue deux semaines plus tôt, lors de l’échauffement au… Racing 92. Il avait fait son retour pour la finale mais s’était contenté d’un rôle de remplaçant.
L’offre offensive du Racing 92
Puis, tout s’est accéléré. Au club, on a alors compris que la prolongation de Ramos allait devenir complexe et qu’en l’état, le dossier était à l’arrêt. Surtout, la volonté était de se tenir à la règle édictée (on parle de baisse d’environ 25 %) concernant les joueurs d’au moins 30 ans. Dans le même temps, et même si plusieurs écuries se sont renseignées et ont avancé leurs pions, le Racing 92 s’est très vite montré offensif, avec une offre ferme de trois ans jugée importante, voire même agressive.
Aussi, les Ciel et Blanc auraient présenté un projet ambitieux à Ramos, dans lequel il tiendrait une place prépondérante, avec une possibilité d’un replacement à l’ouverture. Son poste de formation, auquel il apprécie d’évoluer et qui correspondra peut-être davantage à ses qualités de stratège quand il débarquera au Plessis-Robinson à 32 ans. Lui aurait été séduit.
Selon nos informations, il aurait surtout fait savoir à ses représentants qu’il voulait absolument être fixé avant la fin de l’été, pour se concentrer pleinement sur une saison décisive qui le mènera jusqu’à la Coupe du monde en Australie. Voilà qui renforçait l’éventualité du départ du joueur. Là, ce qui était impossible à première vue s’est avéré inéluctable, tant les conditions entre les différentes parties étaient éloignées. Ramos a donc donné son accord au Racing 92, comme évoqué par L’Equipe ce lundi, et va s’engager pour trois saisons. Il en a informé le Stade toulousain et l’officialisation est imminente. Premier coup de tonnerre. Le deuxième interviendra quand il quittera en juin 2027 un Stade toulousain dont il est le meilleur réalisateur de l’histoire (2 321 points). Avec ou sans titre supplémentaire, cette fois, ce sera vraiment fini…
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