Crèmes solaires, produits antimoustiques, piétinement des berges… les professionnels déconseillent fortement la baignade dans les lacs de montagne fragilisés par le changement climatique. Dans certains secteurs, elle est même interdite.
Après une longue randonnée sous un soleil de plomb, nombreux sont les marcheurs tentés de plonger dans l’eau transparente des lacs d’altitude des Pyrénées. Pourtant, il est fortement déconseillé de s’y baigner, pour des raisons environnementales.
« Les milieux sont déjà fortement impactés et fragmentés par le changement climatique : leur composition chimique change, l’eau est plus chaude et plus acide. La baignade rajoute des perturbations supplémentaires », détaille Franck Reisdorffer, chargé de mission faune et interactions pour le Parc national des Pyrénées.
Lors d’une baignade, les perturbations sont d’abord chimiques. « Tous les produits que l’on porte sur notre peau, comme la crème solaire ou l’antimoustique, sont potentiellement problématiques pour les systèmes lagunaires », explique Virginie Gaszynski, chargée de communication du Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises. La crème solaire, par exemple, forme un film anti-UV à la surface de l’eau, qui modifie la capacité des végétaux à réaliser la photosynthèse. Elle se dépose également sur la peau des amphibiens, dont beaucoup d’espèces sont protégées, et perturbe leurs échanges avec le milieu extérieur.
« Il y a également le volet sanitaire : notre corps transfère des éléments pathogènes dans les lacs, qui peuvent mettre en danger certaines espèces animales et végétales », complète Franck Reisdorffer. Les conséquences ne concernent pas qu’un seul type d’espèce : elles touchent toute la chaîne alimentaire de l’écosystème. À cela s’ajoutent des effets mécaniques : le fait de piétiner dans un lac perturbe le milieu et peut entraîner un écrasement des berges.
Si les professionnels déconseillent fortement la baignade dans l’ensemble des Pyrénées, la réglementation varie selon les secteurs. Dans le cœur du Parc national des Pyrénées, toute baignade est interdite dans les lacs d’altitude depuis un arrêté du 2 juin 2026. C’est également le cas dans la réserve naturelle du Néouvielle depuis 2025. Les nageurs s’exposent à une amende de 135 euros. « Pour l’instant, on privilégie la pédagogie en cas d’infraction, mais il devient de plus en plus difficile de passer à côté de l’information », estime Franck Reisdorffer.
Dans le Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises, seuls trois lacs sont interdits à la baignade : Bethmale, Artax et Ayès.
Très peu répandue il y a encore quelques années, la baignade en altitude s’est nettement démocratisée. En cause : la hausse de la fréquentation de la montagne et l’augmentation de la température de l’eau liée au changement climatique. « Il y a quinze ans, on se baignait peu, car c’était très désagréable, voire dangereux. Aujourd’hui, certains arrivent sur place avec la serviette sur l’épaule, ils viennent exprès pour ça« , observe le chargé de mission faune et interactions.
Pour les personnes en quête de fraîcheur, il recommande d’éviter les milieux stagnants et de privilégier les cours d’eau. De même, il conseille les lieux stables, entourés de rochers plutôt que de berges sableuses ou fragiles. En cas de baignade, il insiste sur l’importance d’anticiper : « On ne met pas de crème solaire ni de produit chimique, et on porte des vêtements anti-UV, qui permettent également de limiter les contaminations », précise-t-il. Pour les randonneurs en itinérance, la « douche » devra avoir lieu hors des lacs, à l’aide d’un récipient.
