À Montouliers, une propriétaire et une association unissent leurs forces pour préserver un pin d’Alep majestueux, quasi centenaire, au nom de la biodiversité et de l’adaptation au changement climatique.
Sa silhouette élancée et altière, quoiqu’un peu de guingois, domine le petit village typique de Montouliers, niché sur une colline au pied d’un ancien château ayant appartenu, autrefois, aux archevêques de Narbonne.
Sa présence vient même parfaire l’image très carte postale de cette commune entre Minervois et Saint-Chinian, fameuse pour ses calades (ruelles en pente constituées de galets).
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Une protection de 99 ans
Lui, c’est le pin d’Alep de Camille Heussler, affable et joyeuse propriétaire de 88 ans qui vient de signer, devant notaire, avec l’association Agir pour les arbres et la faune Occitanie, une ORE (Obligation réelle environnementale) qui protège l’arbre (ainsi qu’un cyprès de Provence voisin) de toute tentative d’abattage… pour 99 ans !
« Il faut dire que Camille a reçu, si ce n’est des pressions, du moins des sollicitations répétées et insistantes pour se défaire de son pin d’Alep, jugé gênant », relève Nicole Bartoli, coprésidente, avec Quentin Grand, de l’association.
Certes, ce grand gaillard de près de 12 mètres de haut, perd parfois ses aiguilles et ses cônes et, gauchis avec l’âge, il penche d’un côté à la recherche de la lumière. « Mais il est en très bonne santé, se défend Camille Heussler. Depuis 26 ans que je vis ici, je le fais suivre par un arboriste-élagueur. »
Les ravages de la tempête Nils
D’ailleurs, une expertise officielle est parvenue aux mêmes conclusions : l’arbre ne présente pas de danger, ni pour les fondations du château par ses racines, ni pour les maisons environnantes. Peut-être faudrait-il lui tailler un peu le houppier, a concédé l’expert.
« La meilleure preuve, poursuit Nicole Bartoli, c’est que lors des tempêtes Nils, puis Pedro, avec des vents à 150 km/h, parfois plus à certains endroits, il n’a pas bougé d’un pouce », quand tout autour, des arbres sont tombés comme des mouches. À 5 km de là, en effet, sur la RD 36, aux alentours du château de Sériège, c’est un spectacle de désolation qui s’offre aux promeneurs : arbres déracinés en pagaille, troncs couchés et bois mort qui jonchent le sol… Une hécatombe.
Un enjeu de santé publique
« Protéger les arbres actuels est un enjeu environnemental fort pour préserver la biodiversité, reprend Quentin Grand, le coprésident de l’association et lui-même arboriste-élagueur. Mais c’est aussi un enjeu de santé publique et de confort thermique face au réchauffement climatique. Les arbres apportent de l’ombre et de la fraîcheur par évapotranspiration. »
« La défense des arbres est compatible avec la sécurité publique : il faut les protéger, les entretenir, les surveiller et intervenir si un risque objectif apparaît, poursuit Nicole Bartoli. D’ailleurs, lorsqu’on a établi l’ORE de Camille, on a mentionné que le cyprès de Provence, lui, a été bousculé par la tempête Nils et s’est un peu affaissé. On l’a encordé, on le maintient avec un treuil et surtout, on le surveille. »
Car le message de l’association Agir pour les arbres et la faune Occitanie n’est pas de délivrer un blanc-seing pour protéger tout et n’importe quoi, sans suivi rigoureux et régulier.
« Le robuste chanceux »
« Protéger le vivant est un devoir, indique Nicole Bartoli. Cette ORE rappelle que les arbres remarquables, sains et entretenus, doivent être considérés comme des éléments essentiels du paysage et non comme des obstacles ».
En attendant, le pin d’Alep de Camille, surnommé « Le robuste chanceux », « assuré » avec la méthode du barème de l’arbre pour 10 670 € via l’ORE, peut couler des jours heureux. « Puisque mon arbre est protégé jusqu’en 2125, j’ai décidé que le jour où il ne le sera plus, je partirai », conclut Camille Heussler dans un rire.
L’ORE, comment ça marche ?
L’obligation réelle environnementale est une disposition juridique apparue avec la loi pour la reconquête de la biodiversité du 8 août 2016. Quand elle est signée, elle permet à un propriétaire foncier de mettre en place une protection environnementale attachée à son bien – arbres, prairies, écosystèmes remarquables et même bâtiments qui abritent des hirondelles ou chauve-souris –, pour une durée pouvant aller jusqu’à 99 ans. Ces ORE perdurent, même en cas de vente (changement de propriétaire) ou de décès (elle s’impose aux héritiers). Acte authentique, généralement signé devant notaire, l’ORE doit être enregistrée au service de la publicité foncière. Si elle est dispensée de la plupart des taxes et frais, elle présente néanmoins un certain coût, voire un coût certain car il faut inclure l’expertise du ou des arbres (ceux-ci doivent être examinés par un professionnel et déclarés en bonne santé), soit 400 €/ arbre, plus les frais de notaires, ainsi que les heures que peuvent facturer les associations car la procédure peut se révéler longue.
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