Né dans les marécages, sans eau ni électricité, le camping Oltra, qui célèbre ses 70 ans, est devenu un empire du naturisme

Le naturisme au Cap-d’Agde a vu le jour sur une piste sablonneuse en 1954. Des frères visionnaires y ont bâti un camping devenu cité hélio-marine, accueillant aujourd’hui 8 000 vacanciers venus du monde entier.

Il faut imaginer une longue piste cabossée, qui serpentait entre les vignes et les marécages depuis Maraval. Un lieu à l’écart de tout, que seuls quelques aventuriers allemands, qui n’aimaient rien de mieux que bronzer dans le plus simple appareil, investissaient à la belle saison. En toute quiétude, sans déranger les vignerons agathois qui venaient faire péniblement pisser quelques arpents de ceps, sur ces terres rongées de sable et de sel.

Découvrir La Tenue des Pros

Pas d’eau, pas d’électricité ni de tout à l’égout

Visionnaire, il fallait l’être pour envisager de développer des infrastructures touristiques dans ces landes infestées de moustiques, où seuls quelques tamarins rachitiques et torturés par les vents offraient un semblant d’ombre aux “culs-nus” de passage. Mais dans ces années d’après-guerre, sans le sou mais pas sans idées, deux frères, René et Paul Oltra, allaient littéralement révolutionner le visage de la cité doublement millénaire où disons-le, avant le lancement de la mission Racine en 1963 par le Général de Gaulle, pas grand monde ne croyait au tourisme et son essor.

PLUS INFO  À vendre : château du XIIe siècle, dominant la vallée de l’Hérault… 118 000 euros

Peupliers et piscine à eau de mer

Vaillants au possible, avec leurs mains en or et une bonne dose de jugeote en complément, ce qui ne gâche rien, les frangins Oltra aménagent le premier camping naturiste en 1954. Ici, à l’écart de tout. Sans eau ni électricité, encore moins de tout à l’égout. « L’eau était saumâtre », rappelle Richard Oltra, le propriétaire du camping éponyme. « Mon père et mon oncle ont donc commencé par installer des citernes. »

Le côté “roots” des débuts a indéniablement participé à la légende du camping. On venait poser sa tente, goûter à des semaines de liberté, nus, à deux pas de l’une des plus belles plages du Languedoc. Le bouche à oreille a rapidement produit ses effets. Dans les années soixante, les peupliers cultivés sur place ont commencé à protéger les allées d’une ombre salutaire. La création des voiries, le raccordement aux réseaux ont fait basculer l’établissement dans une vraie dimension touristique, avec la construction d’une piscine à eau de mer. Et toujours, l’étendard naturiste fièrement brandi. « Vous ne pouvez même pas imaginer les efforts de mon père René pour que le naturisme soit autorisé ici », rappelle Richard Oltra, qui a commencé à donner un coup de main en vendant des fruits et des légumes à l’entrée du camping.

Le village naturiste, émanation du camping

Très vite, l’idée de développer un véritable quartier naturiste prend d’ailleurs de l’épaisseur, y compris au plus haut sommet de l’État. Là encore, les Oltra sont dans le coup, avec la construction du bâtiment d’Ambonne, qui préfigure l’agencement et surtout l’architecture innovante que l’on connaît aujourd’hui, avec du soleil pour tous dans les appartements, du levant au ponant. Le temps des libertins n’est pas encore venu – il faudra attendre les années 2000 pour cela – et au “natu”, on prône avant tout « le respect, la bienveillance, le partage de valeurs communes », énumère Richard Oltra, qui applique toujours ces préceptes au sein de la Cité naturiste hélio-marine René Oltra, la dénomination du camping aujourd’hui.

PLUS INFO  "Son pronostic vital est engagé" : il percute un jeune à trottinette et prend la fuite le laissant inconscient sur la route à Pézenas

8 000 clients cohabitent au cœur de l’été

Tout ne fut pas un long fleuve tranquille évidemment, sur ce littoral languedocien longtemps courtisé par les promoteurs et autres porteurs de projets plus ou moins loufoques. On pense notamment à Vernet Land, immense parc à thème qui visait les terres de l’actuelle réserve du Bagnas. Mais la levée de boucliers, y compris parmi la clientèle du camping, fit heureusement capoter le dossier.

Aujourd’hui, sur 38 hectares, près de 8 000 clients cohabitent au cœur de l’été. Les tentes se font plus rares, supplées par des préfabriqués de luxe. Avec son agora et sa scène couverte qui permettent d’organiser de grands concerts, sa paillote située à deux pas de la si décriée baie des Cochons et sa salle de sport ultramoderne, le camping continue d’avancer, de se moderniser. « Ici, 50 % de la clientèle est étrangère », rappelle Richard Oltra, comme pour justifier ces importants investissements. Que n’auraient sans doute pas renié les pères fondateurs.

https://www.midilibre.fr/2026/06/20/ne-dans-les-marecages-sans-eau-ni-electricite-le-camping-oltra-qui-celebre-ses-70-ans-est-devenu-un-empire-du-naturisme-13429206.php

.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

S'inscrire

spot_imgspot_img

A découvrir aussi
Toute l'info à Béziers

Un cadavre découvert dans un canal à Toulouse : une enquête ouverte pour déterminer les causes de la mort

Macabre découverte, ce samedi 20 juin 2026 au matin à Toulouse (Haute-Garonne). Un cadavre en décomposition, flottant dans le canal de Brienne, a été repêché par les pompiers.

Demi-finales Top 14 – « Continuer à gagner, c’est ce qui nous anime » : encore une fois, Toulouse répond avec la manière

Alors que beaucoup le croyaient moribond, après deux mois branché sur courant alternatif, le Stade toulousain a livré un exceptionnel récital vendredi soir. Là même où cette génération avait déjà marqué les esprits en...

« Et si vous preniez le café avec les policiers municipaux de Pézenas ? » : la ville organise une rencontre samedi

La ville de Pézenas organise ce samedi 20 juin, un moment de rencontre entre les habitants et sa police municipale. Un moment convivial et informel pour aborder les préoccupations du quotidien.

Les Arcs en Scène, La Chorale Plaisirs de Chœur

Dans la fraîcheur de la cathédrale, dans la verdure du Plateau ou sur une place, une douce soirée avec des scènes un peu partout pour se régaler de toutes les musiques. De l’orgue à la techno en passant par la chorale ou un bon blues rouillé, vos oreil...