Après une saison 2024-2025 laborieuse tant avec son club qu’avec le XV de France, Léo Barré, très discret médiatiquement au cours de la saison en cours, a finalement accepté de revenir en longueur sur ces vingt-quatre derniers mois. Avec beaucoup de lucidité et de transparence, il a posé ici un diagnostic individuel et collectif. Pour l’arrière parisien, ce match de barrage face à La Rochelle ne doit être qu’une étape dans la reconstruction du club et dans son parcours personnel.
Après la saison difficile de l’an passé où le club a longtemps lutté pour ne pas disputer l’access-match, est-ce une libération d’être aujourd’hui en phase finale ?
Non, ce n’est pas une libération. La saison n’est pas encore terminée et j’espère qu’elle va durer le plus longtemps possible. Cette année, on a pris les matchs les uns après les autres. On n’a pas davantage mis le paquet sur une rencontre plutôt qu’une autre. Et ça nous a plutôt bien réussi. On a atteint un premier objectif, mais on en veut toujours plus.
Comment expliquez-vous qu’avec le même effectif, à quelques joueurs près, vous soyez passés de la 12e à la 3e place de la phase régulière ?
L’an passé, je crois qu’on a subi un petit contrecoup de la demi-finale perdue contre l’UBB (22-20, le 22 juin 2024). On a aussi eu moins de temps pour notre préparation. On a dû également se familiariser avec un nouveau centre d’entraînement, ce qui a changé nos habitudes. Ensuite, on a quand même eu pas mal de casse sur les premières journées du Top 14, ce qui nous a conduits à plusieurs défaites d’affilée et à une perte totale de confiance. À titre personnel, quand je suis revenu de la tournée en Argentine (juin 2024), je me suis peut-être dit que ce n’était pas forcément la peine d’en faire beaucoup plus puisque cela avait bien fonctionné jusque-là. C’était une erreur, le sport de haut niveau ne tolère pas ce genre de comportement. Cette année, on a bien marché parce qu’on a réussi à enchaîner deux, trois victoires importantes, et on a su monter dans le bon wagon pour la suite de la saison.
Vous êtes-vous nourris de toutes les galères de la saison dernière ?
On avait une revanche à prendre sur nous-mêmes, c’est une certitude. À titre personnel, quand je suis rentré de la tournée en Nouvelle-Zélande avec le XV de France, je n’avais envie que d’une chose, c’était de vite retourner en club pour pouvoir préparer cette nouvelle saison et remettre le club à sa juste place. On sait que le Stade français n’est pas aimé par tout le monde. On le voit bien, on le ressent. L’an dernier, certains se sont réjouis de nous voir en galère. D’autres auraient même aimé nous voir descendre. On s’est donc nourris de ça pour être là où nous sommes. Mais pour l’avenir, il va falloir aussi qu’on continue sur cette lancée, que le club continue à grandir. Ça passe par des étapes. Mais cette saison doit nous servir de tremplin.
Mais qu’est-ce qui a changé concrètement cette saison au Stade français ?
La confiance ! On a pris conscience des qualités de notre groupe. Ici, il n’y a pas un mec qui triche. Nous ne sommes pas seulement une bonne bande de potes, nous faisons partie d’un grand club. Et puis, on s’est bien parlé cet été, on s’est dit nos quatre vérités, ce qui nous a permis de bien lancer notre saison.
Y avait-il des non-dits la saison dernière ?
Non, car il y a toujours eu beaucoup de sincérité dans le groupe. Évidemment, il nous arrive des fois de nous embrouiller à l’entraînement, de nous embrouiller sur le terrain, mais c’est parce qu’on est tous des compétiteurs et qu’on a tous envie d’une chose : que le club soit en haut de l’affiche. Contrairement à d’autres clubs ou à ce qui pouvait se faire par le passé au Stade français, il n’y a pas de vraies stars dans notre effectif. Quand on tape sur un joueur, comme l’année dernière par exemple, on tape sur tout le groupe. Et si on avait au fond de nous ce sentiment de revanche, c’était justement pour éviter que ces mecs se fassent taper dessus.
Le staff de Paul Gustard ne vous a-t-il pas aussi apporté une plus grande stabilité ?
C’est une certitude ! L’an passé, le staff ne parlait pas d’une seule voix. Chacun avait sa vision. Or, ça n’a pas été le cas cette saison. C’est capital en termes de stabilité et pour notre confiance. Rory (Kockott) a apporté de la rigueur dans les entraînements. Sincèrement, même s’il est casse-couilles – je ne vais rien apprendre à personne –, il est hyperimportant dans le staff. Il y a des jours où tu es un peu plus fatigué que d’autres, et l’entendre gueuler derrière toi, ça te motive encore plus. Ce qui est bien, c’est qu’il est derrière tous les mecs comme ça, que tu sois un ancien, un jeune ou un international. Et ça, c’est ultra-important. Il n’y a aucun privilège. Lui et Morgan (Parra), qui connaît maintenant bien le club, ont été précieux.
À plusieurs reprises, vous avez décliné au cours de la saison nos propositions d’entretien, au même titre que d’autres de vos partenaires. Pour quelles raisons ?
On s’est dit en début de saison que la priorité, c’était le terrain, qu’il fallait rester focus, ne pas se disperser et ne pas faire l’erreur de dire une connerie qui aurait pu alimenter encore plus ceux qui n’aiment pas le club.
Sur le plan humain, comment avez-vous vécu la saison dernière ?
Très mal ! Comme tout le groupe. Je me rappelle encore de la semaine avant le dernier match contre Castres. Je n’arrivais pas à dormir. Quand j’en parlais avec certains mecs, c’était pareil pour eux. On était stressés, on ne se sentait pas bien de voir le club dans cet état-là. Je n’arrêtais pas de penser que je pouvais peut-être faire partie de l’équipe qui allait envoyer le club en Pro D2. Mon équipe de cœur que j’ai vue pendant des années tout en haut de l’affiche. C’était impensable pour moi et pour plein d’autres mecs.
Vous sentiez-vous responsable ?
Oui, je suis sûrement passé à côté de certains matchs l’année dernière. Je pense avoir mal géré la pression. J’en ai pleinement conscience. Ça m’a aussi permis de me remettre en question, de changer ma façon de fonctionner. Désormais, j’arrive plus tôt au stade, je passe plus de temps avec les kinés. Et je ne suis pas le seul. Désormais, quand j’arrive le matin à 8 heures pour mettre en place ma routine, on est une quinzaine, quand l’an passé il n’y avait que deux ou trois mecs.
Jusqu’où peut aller ce Stade français-là cette saison ?
On verra bien, mais on a quelques atouts. Nous sommes la deuxième équipe qui marque le plus de points en Top 14 cette année derrière Toulouse. Morgan (Parra) a su trouver les mots justes pour nous donner de la confiance. Nous sommes aussi l’équipe qui a marqué le plus de points de bonus (17). Ça veut quand même dire quelque chose : on ne lâche rien. Mais au-delà de ça, je crois qu’on propose un jeu séduisant. Nos supporters, cette année, ont pris du plaisir à venir nous voir jouer. On ne veut surtout pas changer notre style sur cette phase finale, tout en gardant en tête qu’à ce stade de la compétition la moindre erreur se paie cash.
Qu’est-ce qui vous rend le plus fier après ces deux saisons diamétralement différentes ?
C’est de rendre ma famille fière et heureuse. Voir mon père et ma mère heureux, il n’y a rien de plus beau. L’année dernière, c’était très dur pour eux aussi. Et sur le plan sportif, la victoire à Toulon m’a fait comprendre qu’on était sur la bonne voie. À partir de ce moment-là, je me suis dit : « Ah ouais, là, l’équipe est prête. On est prêts à aller loin, on est tous connectés. » Et pourtant, le staff avait aligné une équipe avec des joueurs qui jouaient peut-être un peu moins, mais ils ont tous répondu présents. J’ai senti, ce jour-là, un réel plaisir commun.
À titre personnel, vous réalisez une saison pleine alors que vous sortiez d’une tournée laborieuse avec le XV de France en Nouvelle-Zélande. Que s’est-il passé ?
D’abord, je suis très heureux à chaque fois d’aller à Marcoussis. C’est vraiment un réel plaisir même si je fais partie de ceux qui font des allers-retours. Je prends un maximum d’expérience. Et puis, sincèrement, préparer des matchs internationaux et aider l’équipe à performer le week-end, c’est top. Même si on en veut plus, si on aimerait rester plus longtemps, on se sent investi. Après, en Nouvelle-Zélande, je ne fais pas du tout une belle tournée. On me l’a fait comprendre aussi. À juste titre. À part le match de l’Italie dans le Tournoi des 6 Nations (2025), j’ai complètement loupé cette saison-là avec l’équipe de France, tout comme la saison 2024-2025 avec mon club. L’été dernier a donc été l’occasion d’une grosse remise en cause. Je me suis fixé un cadre à l’aide des préparateurs physiques du Stade français, qui m’ont pas mal encadré pendant toute cette période de vacances. Mon entourage familial m’a permis de couper. Et quand je suis revenu, je me suis senti en forme. Je me suis senti prêt aussi pour la nouvelle saison. J’étais très excité. Alors que si je n’avais rien changé, je serais peut-être arrivé encore dans le « mood » de cette tournée.
Espérez-vous prendre part au championnat des Nations qui débute le 4 juillet contre la Nouvelle-Zélande ?
D’abord, je veux aller le plus loin possible avec le club. Et si je fais de bonnes performances, si le staff de l’équipe de France et le sélectionneur sont contents de moi, peut-être m’appelleront-ils ?
Êtes-vous prêt physiquement à répondre favorablement à une convocation pour rejoindre le XV de France ?
J’ai eu un petit pépin au niveau des cervicales pendant quelques semaines, mais rien de grave. Du coup, là, tout va bien. Et si le sélectionneur m’appelle, j’y vais en courant. L’équipe de France, ça ne se refuse pas. En plus, c’est une nouvelle compétition très alléchante. Mais pour l’instant, je suis 100 % focus sur le club.
Est-ce compliqué d’affronter La Rochelle, qui vient de vous battre lors de la dernière journée de la phase qualificative, en match de barrage ?
C’est vrai que ça fait bizarre. Mais je pense qu’on est prêts pour ce match. On va jouer devant notre public, ce qui peut changer beaucoup de choses. Certes, les Rochelais sont dans une dynamique positive, mais nous sommes aussi en confiance, sûrs de nos forces.
Était-ce important de terminer troisièmes pour éviter éventuellement le Stade toulousain en demi-finale ?
Ça n’a jamais été un élément de réflexion. Certes, Toulouse est un grand club avec de l’expérience, mais Montpellier réalise une grande saison et est très solide. De toute façon, je n’ai pas envie de me projeter si loin. Pensons d’abord à gagner ce match de barrage.
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