C’est alors que le citoyen Jean Moulin s’enfonce dans le sol et disparaît. Littéralement. Son corps physique se couvre d’un long manteau. Une écharpe rouge dissimule la cicatrice de son cou, un chapeau achève de dissimuler son regard. Un jour, il s’appelle Régis, un autre Jacques Martel. Sur son passeport, c’est Joseph Mercier. Il est un Français. Il est tous les Français. Dans les gares, sa silhouette élégante frôle le cuir de la Gestapo. De Gaulle, le chef de la France libre, en a fait son bras droit. C’est Jean Moulin qui organise et unifie les réseaux de la Résistance. Les années passent. Des années de rafles, de torture, d’humiliation. Puis le retournement. L’Allemagne sent le souffle de la défaite. Elle veut saisir l’insaisissable, Max, l’invincible spectre partout et nulle part à la fois. Toutes les polices, toutes les milices du régime corrompu de Vichy sont à ses trousses. Jean Moulin entame alors une course contre la montre. Sa course contre la mort. Plus longtemps il vit, plus la France reprend des forces. Fatalement, les nazis parviennent à le capturer. Le 21 juin 1943, à Caluire, Jean Moulin est aux mains des monstres. Ils peuvent bien lui écraser les doigts, lui arracher les ongles, le tabasser toute la nuit. Cela ne sert à rien. Il ne dira rien. Il ne livrera personne. Le corps de Jean Moulin est devenu une ruine d’organes broyés, une flaque rouge sang où apparaissent quelques centimètres de chemise blanche et de peau bleue. Mais sa mission est accomplie.
GS
https://www.lepetitjournal.net/34-herault/2026/06/03/__trashed-1376/
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