Entretien avec le contrôleur général Sylvain Lledo, commandant les réserves de la police nationale.
Avec près de 13 000 réservistes répartis dans toute la France, la réserve opérationnelle de la police nationale monte en puissance et s’impose progressivement comme un renfort durable pour l’institution. Le contrôleur général Sylvain Lledo présente ce “nouveau” dispositif.
Qu’est-ce que la réserve de la police nationale ?
La réserve de la police nationale est une réserve jeune. Les textes fondateurs datent de 2022. Si on la compare à celles du ministère des Armées ou de la gendarmerie, qui existent depuis des décennies, nous sommes encore en phase de construction. Mais l’idée centrale est claire : développer l’engagement citoyen et renforcer le lien entre la police et la population. Avec un objectif affiché de 40 000 réservistes d’ici 2030.
Qui peut devenir réserviste ?
Toute personne âgée de 18 à 67 ans peut candidater, sous certaines conditions. Parmi lesquelles, être de nationalité française, être en règle avec les obligations du service national, ne pas avoir été condamné… Le recrutement a été pensé pour être simple. Le candidat s’inscrit en ligne, transmet plusieurs documents, puis une enquête administrative est menée avant un entretien et une visite médicale.
En 2025, les réservistes ont réalisé près de 500 000 vacations
Ensuite vient le temps de la formation. Les futurs réservistes suivent deux semaines de formation non rémunérées en internat. Ils y apprennent notamment le cadre juridique, les techniques d’intervention, la déontologie, l’accueil du public ou encore le contrôle d’identité. Mais aussi et surtout, une habilitation au port d’arme est également délivrée. À l’issue de cette première phase, le réserviste signe un contrat de cinq ans renouvelable, puis poursuit avec deux semaines de formation rémunérées sur le terrain. Au programme, procédure radio, patrouille pédestre, techniques de défense et d’intervention, secourisme…
Quelles sont les missions d’un réserviste ?
Le réserviste opérationnel exerce les mêmes missions qu’un policier généraliste. Cela peut être de l’accueil dans un commissariat, de la surveillance de garde à vue, des patrouilles pédestres ou embarquées, de la sécurisation d’événements ou encore des missions dans les aéroports et sur les axes autoroutiers. Les vacations durent entre sept et douze heures. Les réservistes peuvent en effectuer jusqu’à 90 par an. Ils disposent d’une tenue et d’une arme fournies par l’administration. Ils touchent une indemnité journalière de 74 € à 276 € de (80 € à 286 € à Paris) selon une grille indiciaire qui va de policier adjoint à commissaire général.
Qui sont ces réservistes ?
La réserve opérationnelle est composée à 85 % d’hommes et 15 % de femmes, avec une moyenne d’âge d’environ 50 ans. On y retrouve des profils très variés : policiers municipaux, agents pénitentiaires, douaniers, mais aussi des personnes totalement extérieures au monde de la sécurité. Aujourd’hui, environ 60 % des réservistes viennent de la société civile et 40 % sont d’anciens policiers retraités. L’objectif est d’atteindre 70 % de civils à l’horizon 2030 (Ndlr, Montpellier en compte 228 soit 124 civils et 104 policiers retraités).
Pourquoi la police développe-t-elle autant cette réserve ?
Il y a un enjeu de ressources humaines. La police vieillit, comme l’ensemble de la population française. La réserve permet d’avoir une ressource complémentaire et plus souple qu’un engagement de carrière. En 2025, les réservistes ont réalisé près de 500 000 vacations sur le territoire national. Cela représente quasiment l’équivalent de 2 000 policiers à temps plein. Aujourd’hui, la direction générale ne raisonne plus seulement avec les 150 000 policiers actifs, mais avec l’ensemble formé par les actifs et les réservistes soit 162 700 personnes.
Existe-t-il d’autres formes de réserve ?
Oui. En plus de la réserve opérationnelle, la police développe une réserve dite “spécialiste”. Elle permet à des professionnels d’apporter leurs compétences à l’institution. Il peut s’agir de médecins, d’avocats, de comptables, de spécialistes des ressources humaines ou encore de pilotes de ligne. Ces réservistes restent en tenue civile. Ils n’ont pas de formation à suivre car ils ne portent pas d’arme mais mettent leur expertise au service de la “maison police”. Ils peuvent exercer jusqu’à 72 ans.
Il existe également une réserve citoyenne, entièrement bénévole celle-ci, destinée aux personnes souhaitant contribuer au rayonnement et à la réflexion autour de la sécurité intérieure. Pour elle, il n’y a pas de limite d’âge.
Peut-on concilier réserve et vie professionnelle ?
Oui tout à fait. Le fonctionnement est très souple. Le réserviste choisit ses disponibilités : un jour par semaine, certains week-ends ou uniquement de nuit, par exemple. La police adapte ensuite les missions. Le dispositif de la Garde nationale favorise aussi les partenariats avec les entreprises et collectivités. Certaines acceptent de libérer leurs salariés plusieurs jours par an pour effectuer leurs missions de réserve, tout en maintenant leur salaire.
Un réserviste peut-il faire de la police judiciaire ?
À l’heure actuelle non. Mais c’est une réflexion qui est en cours. Une expérimentation est menée avec l’Académie de police et la direction nationale de la police judiciaire pour permettre à certains profils issus du monde juridique, tels que des étudiants en droit, des avocats, des notaires ou docteurs en droit, de participer à certaines missions judiciaires, dans un cadre strictement encadré. L’objectif est d’attirer de nouveaux profils et d’enrichir les compétences de la réserve.
Où se renseigner si on est intéressé ?
Aujourd’hui tout est dématérialisé. Il faut aller sur le site de la police nationale “Devenir réserviste”. L’inscription est gratuite et sans engagement. Et sachez que même après la signature du contrat, le réserviste peut décider d’arrêter à tout moment. Nous avons également lancé une page LinkedIn, intitulée “Commandement des réserves de la police nationale”, avec des informations pratiques, des actualités et une foire aux questions.
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