Les surveillants pénitentiaires bloquent, ce lundi 27 avril 2026, des prisons et des maisons d’arrêt pour demander des mesures d’urgence contre la surpopulation carcérale et les sous-effectifs. Un mouvement national lancé par le syndicat majoritaire Ufap-Unsa Justice.
Les personnels des prisons alertent depuis des années sur la dégradation de leurs conditions de travail. Le 16 avril, le personnel de Béziers avait débrayé à la suite de dix agressions simultanées, pour dénoncer les sous-effectifs et la surpopulation carcérale. Cette fois, il s’agit d’un mouvement national qui fait suite à la publication des postes liés à la mobilité géographique des personnels dans toute la France. L’Ufap Unsa justice dénonce des sous-effectifs chroniques de surveillants, avec 5 000 postes non pourvus en France. Au niveau régional, il manque 400 personnels tous corps confondus, dont 250 surveillants. Cette année, seuls 12 postes seront disponibles à la rentrée de septembre en Occitanie.
Certains grévistes sont mobilisés depuis 4h ce lundi 27 avril 2026 devant la maison d’arrêt de Nîmes. • © L Platet FTV
Le personnel doit composer avec des prisons surpeuplées, où des détenus sont contraints de dormir sur des matelas posés au sol, tout en faisant face à une réduction des effectifs chaque année. Au 1er mars, le taux moyen d’occupation des établissements pénitentiaires en France était de 137,5 %. Une situation particulièrement critique en Occitanie : selon le syndicat, le taux d’occupation moyen y atteint 180 %, avec plus de 640 matelas au sol. Il s’agit de la région la plus touchée de France.
À Perpignan, l’établissement est bloqué : aucune entrée ni sortie. Depuis trois semaines, la prison pratique le » stop écrou », c’est-à-dire que les détenus sont redirigés vers d’autres centres pénitentiaires faute de place. La maison d’arrêt affiche un taux d’occupation de plus de 250 % tous secteurs confondus, et dépasse les 300 % dans le secteur des hommes. Ce dernier, prévu pour 132 places, accueille aujourd’hui 344 détenus, dont 102 dorment sur des matelas au sol. Tous secteurs confondus, y compris ceux des femmes et des mineurs, on compte 117 matelas au sol faute de lits suffisants.
En plus de la surpopulation carcérale, les syndicats dénoncent l’absence d’ouverture de postes au sein de la maison d’arrêt pour le prochain exercice. Aujourd’hui, 39 postes restent non pourvus. « Il manque 20 % de postes non couverts par l’administration« , précise le syndicat local.
Le manque de personnel et la surpopulation nous mettent en danger tous les jours. On joue notre sécurité : on entasse les détenus et les surveillants deviennent une denrée rare.
Pierre GroussetSecrétaire local UFAP UNSA à Perpignan.
À Nîmes, aucun mouvement et blocage total. Les détenus restent en cellule toute la journée et aucune nouvelle entrée n’est autorisée. La maison d’arrêt frôle les 250 % de taux d’occupation, avec 779 détenus pour 341 places, et compte 170 matelas au sol. Pourtant, en août 2025, l’ouverture d’une extension de 150 places de l’actuelle maison d’arrêt n’a pas permis d’absorber la surpopulation existante.
Cela fait des années que l’on alerte. À Nîmes, en août dernier, un nouveau bâtiment a été construit, mais depuis son ouverture, il a entraîné une hausse des incarcérations. La situation est pire qu’avant : il y a plus de détenus et moins d’agents, le tout dans une infrastructure vieillissante et inadaptée.
Mathilde CarrilloSecrétaire locale UFAP-UNSA-Justice à Nîmes
Le 20 février 2026, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a fait l’annonce d’une construction d’une nouvelle maison d’arrêt dans le Gard. Elle pourra accueillir 700 détenus à l’horizon 2029-2030.
En début de mois, le personnel bloquait déjà l’établissement pour dénoncer une violente agression au sein du centre pénitentiaire. Confrontée à la surpopulation et au manque de 25 surveillants, la maison d’arrêt fait face à des agressions fréquentes. Prévu pour accueillir 587 détenus, l’établissement en compte aujourd’hui 987. Au total, 133 matelas sont installés au sol, faute de lits, soit un taux de surpopulation de 175 %.
La surpopulation entraîne une augmentation des violences dans les centres de détention : les effets de groupe se multiplient et la gestion humaine devient très conflictuelle.
Syndicat UFAP-UNSADans un communiqué de presse
À la maison d’arrêt de Béziers, le personnel bloquait également l’établissement, comme dix jours auparavant. Les syndicats dénoncent un manque d’effectifs : environ 30 postes sont vacants à ce jour, sans compter les départs à la retraite, alors qu’un seul poste doit être attribué en septembre prochain. Le taux de surpopulation dépasse les 190 %. L’établissement, prévu pour 389 personnes, héberge actuellement plus de 750 détenus, dont 184 dorment sur des matelas à même le sol.
Le parc immobilier pénitentiaire n’a pas évolué avec l’augmentation de la démographie, tandis que la délinquance explose. Nous n’avons ni les places ni les moyens de mener des actions de réinsertion, pourtant au cœur de nos missions.
Xavier ParmentierSecrétaire UFAP-UNSA à Béziers
Le syndicat national prévoit une hausse hebdomadaire de 200 détenus. Sans mesures d’urgence, le nombre d’incarcérés pourrait prochainement dépasser les 90 000 en France.
