Son absence aux 6 Nations, son rêve de Coupe du monde en Australie, sa remise en question et le travail entrepris pour revenir à son meilleur niveau, sa saison et son avenir avec La Rochelle…. Le troisième ligne du Stade rochelais et du XV de France (58 sélections) Grégory Alldritt se livre cette semaine dans un entretien accordé à Midi Olympique et RMC.
Grégory, vous aviez repris une célèbre déclaration de Franck Ribéry avant le passage en 2026 : « la routourne va tourner. » Est-ce pour maintenant pour La Rochelle ?
Je ne sais pas mais… écoutez, on a signé une belle victoire contre Bordeaux. Outre l’élimination en quart de finale de Challenge Cup, on était quand même sur une belle victoire à Castres puis une belle contre Pau, et il y avait eu ce petit écart à Bayonne où on était sortis frustrés car c’était un match à notre portée. Contre l’UBB, on voulait retrouver du plaisir. Du jeu, aussi. On était nombreux à ne pas avoir joué depuis longtemps. Un bel après-midi ensoleillé, des essais marqués… Lundi matin, il y avait des sourires au club.
Ce plaisir était enfin flagrant depuis les tribunes…
C’était l’objectif, au-delà de notre stratégie, de jouer un peu à l’instinct, avec notre ressenti du moment, de ne pas avoir cette peur de perdre des matchs. C’est ce qu’on a montré. Face à une équipe de Bordeaux bien sûr remaniée. On a été à leur place, on sait, quand tu as des échéances comme les leurs (une demi-finale de Coupe des Champions, NDLR), que tu ne peux pas tout jouer. Mais ça aurait pu être un match piège et on l’a quand même bien abordé.
Le groupe rochelais a pris l’habitude ces dernières saisons de finir en trombe, au printemps. A quoi l’attribuez-vous ?
Dur à dire… ça m’énerve un peu, quand on voit tous les points laissés en route. Ça a été une saison compliquée – elle n’est pas finie – mais on sort d’une période où dès qu’on sortait un peu la tête de l’eau, on se la remettait sous l’eau tout seul. Notamment en raison des blessures. Là, on a un groupe qui a de la qualité, quasiment au complet, il nous reste quelques blessés mais on a retrouvé du monde, on prend du plaisir à s’entraîner, du coup ça se voit le week-end.
Personnellement, vous êtes apparu tranchant samedi dernier au centre d’une troisième ligne de luxe Jegou-Alldritt-Boudehent qui n’avait plus été alignée depuis mars 2025…
Je me sentais bien. Je vous avoue qu’au regard de nos blessures, de ce qui s’est passé cette saison, on a traversé par moment des périodes marathons. Ma blessure au visage (en mars, contre Pau) m’a permis de couper quatre week-ends et de régénérer au maximum. C’était l’objectif avec les prépas physiques. Je trouve que j’ai retrouvé du gaz, je suis content. Maintenant sur le rythme, c’était compliqué avec cette coupure et les premières chaleurs. Il va falloir encore élever le niveau sur les semaines à venir, et notamment ce week-end face à Perpignan. A mes yeux, c’est très, très costaud, c’est l’une des équipes qui tape le plus. Sacré challenge. On a hâte.
Votre manager Ronan O’Gara glissait lors de l’avant-match de l’UBB qu’il ne vous avait jamais trouvé « aussi fit que maintenant » …
Que maintenant et que cette saison. J’avais perdu pas mal de poids l’été dernier, j’ai maintenu ça sur la saison. Je me sens bien. Dans mon corps, dans ma tête, maintenant j’ai envie d’attaquer le week-end sans trop réfléchir.
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Est-ce que je ne m’étais pas perdu à vouloir changer quelque chose ?
Qu’indique votre balance ?
Ça ne paraît pas grand chose – j’avais tendance à jouer autour des 115 kilos, là je suis plutôt autour des 112 kilos – mais trois kilos sur mon gabarit, ça peut être… C’est toujours ça de pris. Au niveau de la course, je me sens plutôt à l’aise. Ce qui me manquait peut-être sur les dernières semaines, c’était ce petit coup de jus pour attaquer mes contacts, gagner des mètres ballon en main.
Ce qui faisait en partie votre force par le passé, dans un registre frontal…
Est-ce que je ne m’étais pas perdu à vouloir changer quelque chose ? Là où je prends du plaisir, c’est en répétant les tâches sur le terrain, qu’elles soient ingrates ou pas, et le contact aussi j’aime bien, donc il faut que je retrouve ça.
Déjà, en décembre 2024, au soir d’un match européen, dans une période de votre carrière où vous cherchiez à faire évoluer votre jeu, vous disiez « je me suis perdu par moments à vouloir trop travailler mes points faibles » …
C’est toujours pareil : quand tu es dans des périodes difficiles, il faut se raccrocher à ses points forts. C’est certainement ce que j’avais fait en 2024 et c’est certainement ce que je fais maintenant.
O’Gara confiait aussi que vous avez « changé » votre hygiène de vie, que vous avez « remis beaucoup de choses en question » ces derniers temps. Concrètement ?
Quand tu as des périodes difficiles, soit tu remets les autres en question, soit tu te remets toi-même en question. Moi, j’ai été éduqué de la deuxième façon. J’ai travaillé, bien sûr, physiquement, j’ai travaillé aussi rugbystiquement, pour mettre justement le focus sur gagner des mètres, que ce soit en défense, en attaque. Essayer de retrouver mes points forts, quoi.
Et sur l’aspect « hygiène de vie » ? Est-ce lié à des petits plaisirs coupables, par exemple ? C’est relativement vague…
Non, j’imagine qu’il dit ça par rapport à ma perte de poids parce que je n’ai pas forcément changé sur beaucoup de choses. Je fais attention, oui, à certaines choses, c’est sûr, mais j’ai surtout aussi travaillé un petit peu plus. Je trouve qu’on court plus, qu’on s’entraîne peut-être un peu plus dur que les années précédentes. Donc ça fait aussi évoluer les corps des uns et des autres.
D’aucuns vous trouvent surutilisé au regard de votre jeu énergivore. Il convient aussi de préciser que vous-même demandez parfois à jouer pour enchainer…
Oui, j’ai besoin de jouer. Mais j’ai aussi besoin de me reposer, on ne va pas se leurrer. Mais tout le monde en est conscient, le staff à La Rochelle le sait très bien aussi. Sauf que le problème, c’est que quand il y a plus de monde à l’infirmerie que sur le terrain d’entraînement, comment on fait ? On dit au club « non, je ne joue pas » ? Et ça, ce n’est pas du tout dans ma mentalité. Je me suis toujours battu pour le club et je continuerai à me battre pour le club. Je sais qu’il me le rendra.
Y-a-t-il une idée reçue à votre sujet, qui soit vous agace soit vous fait rire ?
Vous savez… Je suis très content de faire partie des joueurs dont on parle dans la presse ou en tribune, d’avoir mon statut, de m’être battu pour ça. Il faut aussi accepter que ça puisse parler sur toi dans les médias. Et quand tout est beau, tout est rose et que tout le monde te complimente, ça fait plaisir aussi. C’est un peu donnant-donnant. Comme « ROG » m’a dit, il faut laisser passer l’orage et continuer à travailler. Et quand ce sera fini, j’en sortirai plus fort.
Revenons sur cette période de remise en question, à une échelle plus large. Que suscite chez un compétiteur comme vous le fait de regarder à la télévision le dernier 6 Nations et les quatre derniers duels Bordeaux-Toulouse en phase finale ?
C’est dur, on ne va pas se mentir. C’est frustrant de ne pas disputer de phases finales. Même si on avait fait un match contre le Munster la saison dernière, perdu à Deflandre (en 8e de finale), ça va faire deux ans qu’on n’a quasiment pas de phase finale de Coupe d’Europe… On est à la course pour être dans les 6, en Top 14. Alors, on aimerait se rendre à la tâche plus facile mais je me dis aussi que j’ai 29 ans, que j’ai été mal habitué parce que je n’ai connu que des saisons quasiment extraordinaires par le passé, que là c’est une période difficile, mais qu’il m’en reste aussi pas mal devant. Je ne suis pas encore un vieux schnock à la retraite. Je pense que je travaille dur pour revivre des saisons comme ça. Dans une carrière, il y a des exceptions, mais on a tous des passages ou des saisons compliqués en club. Nous, à La Rochelle, c’était la saison dernière, et j’ai l’impression qu’on se rapproche de la fin, qu’on voit le bout du tunnel.
Ma non-sélection, je l’ai totalement acceptée. Je n’ai pas senti ça comme une injustice, loin de là
Et personnellement, ce Tournoi en dehors du groupe France, alors?
Beaucoup de déception de ne pas y être, mais tellement d’échéances, tellement d’événements avec le club, entre la non-qualification pour les phases finales de la Coupe d’Europe, l’épisode de Uini en suivant (l’accident cardiaque et la brutale fin de carrière d’Atonio, fin janvier, NDLR), les deux grosses défaites à domicile contre Lyon (24-44) et Montpellier (33-43)… Ça a fait qu’au final, je n’ai pas eu le temps de tergiverser. Mais bien sûr, il y avait beaucoup de déception. J’étais très content de voir mes copains soulever le trophée mais aussi frustré de ne pas pouvoir être avec eux sur la pelouse. C’est ça aussi qui renforce une motivation, une détermination, et ça te pousse à aller travailler aussi. Je suis déçu, mais pas abattu, loin de là.
Vous étiez en effet bien « occupé » en club…
Le groupé était ensemble, soudé. Ça a été des trucs compliqués à vivre. Je pense que j’aurais fait différemment (à distance, depuis Marcoussis) mais c’est vrai que d’être avec le groupe et d’être au club, c’était bien pour moi et pour le groupe, c’est là que j’avais envie d’être sur le moment.
On vous prête un sourire permanent, qu’importe les déceptions personnelles…
Je pense qu’on a tous nos problèmes persos. C’est à chacun de faire un peu d’effort pour les laisser de côté par moment, ne pas oublier qu’on joue au rugby, qu’on se lève pour aller s’entraîner, pour aller sur un terrain. Quand je vois ce stade Marcel-Deflandre plein tous les week-ends, je me dis que je suis un privilégié. Même si on ne gagne pas un match un week-end, on reste des privilégiés. Il ne faut pas l’oublier, ça.
Au sujet de votre avenir en sélection, Ronan O’Gara, encore, disait la semaine passée : « Le match, ce n’est pas Greg contre Jelonch ou Matiu, c’est Greg contre Greg. Si on voit sa meilleure version, c’est difficile de le laisser hors des 23. » Vous souscrivez ?
C’est ma philosophie aussi. Je me dis que ça ne sert à rien d’essayer de… Que ce soit en club, en équipe de France, j’ai toujours fonctionné comme ça. La concurrence, elle est envers toi-même. J’ai un minimum de confiance en moi pour ça, mais ce n’est pas quelque chose de malsain où je me dis qu’il faut que je sois meilleur qu’untel ou untel. Fais le max, sois là où tu dois être, et après si tu es sélectionné, félicitations. Si tu n’es pas sélectionné, c’est que tu n’as pas le niveau. Ce n’est pas très grave, en soi. Ce qui est dur, c’est quand tu n’es pas au niveau auquel tu espères être et que tu n’es pas sélectionné.
Les louanges d’anciens joueurs, de techniciens pleuvent à votre égard. A l’image de votre premier manager à La Rochelle Patrice Collazo qui glissait en novembre n’avoir aucun doute sur votre capacité à vous remobiliser. « On n’est pas sur un joueur fini ». On sent beaucoup d’estime voire d’amour autour de votre personne…
Ça fait toujours plaisir. Mais le seul qui sait, le seul qui a les clés pour réussir, c’est moi. C’est à moi de me bouger du lundi au vendredi et ensuite le samedi sur le terrain.
Cette flamme intérieure s’était-elle estompée ?
Non, je l’ai toujours eue. Après, tu as forcément un inconscient. Tu as des moments où c’est un peu plus dur, d’autres où tu as la dalle. Je me suis peut-être trompé sur ce que je devais travailler ou viser. C’est ça aussi qui me remplit d’espoir et qui me motive à fond pour la suite. Oui, il y a eu cette non-sélection du Tournoi, mais j’ai les pieds sur terre et je sais que quand il y a eu cette non-sélection, je n’étais pas à mon top niveau. Je l’ai totalement acceptée. Je n’ai pas senti ça comme une injustice, loin de là. Il (Fabien Galthié, le sélectionneur) m’a signalé que je n’étais pas à mon niveau. Je ne me mens pas à moi-même : quand je vois mes prestations de cet hiver, de décembre, je n’étais pas satisfait.
Bien sûr que le mondial 2027 est un objectif qui clignote dans la tête
Vous avez souvent répété votre désir de jouer la Coupe du Monde 2027, notamment pour solder l’amertume de 2023. Qui de cette carotte ?
Tant que la liste ne sera pas donnée, je m’accrocherai et je me battrai pour être en Australie. Maintenant, il faut faire échéance par échéance. Ça paraît comme si c’était demain, mais c’est aussi très long. Quand on est joueur de rugby, il peut se passer beaucoup de choses. Il y a déjà une saison à terminer ici, quelque chose à accrocher, que ce soit le top 8 ou le top 6. Semaine après semaine, on va découvrir où on va avec la Rochelle. Il y a une potentielle échéance cet été, où il va falloir se battre aussi pour pouvoir postuler.
Cette Coupe des Nations vous fait de l’œil ?
C’est une compétition qu’on va découvrir. On verra ça, j’espère. Et ensuite, la saison suivante, on rattaquera échéance après échéance. La route est longue mais bien sûr que c’est (le mondial 2027) mon objectif qui clignote dans la tête.
Vous fêterez en 2027 vos dix ans au Stade Rochelais. Votre actuel contrat court jusqu’en 2029. Pourriez-vous être l’homme d’un seul club ?
On ne sait pas parce que c’est le sport de haut niveau et tout peut se passer. Mais ma volonté… Je suis complètement amoureux de ce club et je ne me vois pas jouer pour d’autres couleurs en Top 14. Pour ça, il faut que je reste performant, il faut que je reste au bon niveau. Comme partout. Je ne veux pas rester dans un club parce que j’y ai joué dix ans. Je veux, si jamais je dois resigner dans ce club, que le club me fasse resigner parce qu’il compte sur moi et qu’il me trouve performant. A moi de me bouger. Je ne vais pas trahir de secret, mon rêve, c’est de finir ici. Mais si ça doit se faire, ça se fera parce que je suis performant. Et pas parce que le club me fait un cadeau.
Il y a une effervescence en ce moment autour du mercato estival de la Rochelle, qui actera une nouvelle étape de la reconstruction…
Il n’y a pas une semaine où, dans la rue, on ne me pose pas des questions sur le recrutement. Mais nous, les joueurs, on n’est au courant de rien. Je pense que le club fait ça pour nous protéger et nous garder focus sur les échéances actuelles. Mais bien sûr qu’il faut du recrutement, parce qu’il y a des départs. Et on voit que le recrutement qui a été fait, par exemple les années précédentes, notamment cette année, nous fait énormément de bien. Je pense à Nolann (Le Garrec) et à « Nini » (Davit Niniashvili). J’ai confiance en notre direction, en notre staff. Ils vont faire les bons choix. Et on va continuer à monter. C’est ça aussi qui m’a boosté cet hiver. C’est que je n’ai pas senti un club abattu, qui baissait les bras. Mais, au contraire, surmotivé et prêt à encore grandir sur les années à venir. Quand on est joueur, ça rebooste.
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